‹ Philosophie morale (volume 2)Chapitre 80 sur 199 · PARTIE THEORIQUE. — CHAP. III · texte numérisé non relu

PARTIE THEORIQUE. — CHAP. III

dans cette position. Il doit être soldat du bien contre le mal , dévoué à la cause sainte de la vérité et prêt à donner sa vie pour elle, semblable à ceux qui sont appelés à défendre la patrie, et que leur vocation met sans cesse en face de la mort. La mort se présente sous mille formes SDr un champ de bataille , et cependant le soldat ne doit pas lâcher pied, malgré Finstinct de la conservation et la peur naturelle à ranimai. Il ne peut reculer, il est vrai, sans honte , ou même sans danger, en sorte qu'il est pris le plus souvent entre deui craintes , et que sa liberté doit choisir entre des motifs contraires. Mais s* il y a plus de mérite à se bien conduire devant le péril , s'il y a d3 l'héroïsme à mépriser la violence et la mort pour satisfaire au devoir, réciproquement , quand la crainte remporte surtout dans un danger terrible ou pressant , si rhomme n'a pas eu le temps de se reconnaître , s'il a été entndné par Finstinct naturel , il y a , non pas justification , car il pouvait faire autrement , mais excuse et motif d'indulgence. Une action mauvaise, faite sous Finflnenoe de la peur, est certainement moins coupable que si eUe est commise de sang-firoid , en pleine jouissance des facultés de Fesprit et de la liberté.

Il y a diverses espèces de crainte suivant les causes qui l'inspirent. 11 ne s*agit pas toujours de la mort ou de iriolences physiques. On peut exercer sur un individu des liolences morales par Fascendant de Fautorité, de la parole , de Fopinion , de la passion , du ridicule et du respect humain. C'est par ces voies que le mal se communique le plus souvent, et la plupart de ceux qui manquent à leurs devoirs cèdent à ces influences. Dans ces cas, la.

calpabilité est d'autant moindre que la faiblesse de T individu est plus grande, et la cause extérieure plus forte ; car , comme dans une action il y a toujours deux principes , l'objectif dans le moteur et le subjectif dans la volonté de l'agent, plus la force de l'objet prépondère , plus celle du sujet diminue ; et ainsi , bien que le sujet soit toujours coupable , puisqu'il peut résister à rinfluence mauvaise de l'objet , il Test cependant moins à mesure que cette influence augmente, parce que sa volonté a moins de part à l'effet produit : c'est une circonstance atténuante devant Dieu et devant les hommes. D'un autre côté, si la crainte excuse le mal commis en diminuant l'intention morale, elle atténue aussi les bonnes actions par la part qu'elle y prend; ce qui ne leur ôte pas leur qualité morale et leur justice, en tant qu'elles sont conformes à la loi , comme tout-à-l'heure la peur rendait la faute excusable, sans loi ôter son immoralité. Mais it est clair que l'homme qui s'abstient du mal uniquement pour éviter le châtiment , craint la peine plus qu'il n'aime la loi , et ainsi sa volonté n'est pas donnée foncièrement au bien ; ôtez la loi, ou laissez-lui l'espérance de l'impunité , et elle résistera difficilement à Toccasion. Celui au contraire qui aime le bien est audessus de la loi, et il n'en sent pas plus le joug qu'il u*cn craint les menaces. Les plus avancés sont donc ceux qui aiment la loi plus qu'ils ne la redoutent, et dont la conduite est surtout dirigée par l'amour, qui exclut la crainte.. C'est pourquoi la loi nouvelle, qui résume tous le» commandements, est une loi d'amour ; et Tancienne, qui eu était à la fois la figure et la préparation, était une

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