PARTIE THEORIQUE. — CHAP. III
nos mouvements externes. L* acte de dehors ne se rattache point à l'acte da dedans ; il y a un salti^s , un hiatiu entre eux , et la liberté , n'étant pour rien dans les effets produits , ne les reconnaît pas comme siens et n'en répond pas. Ils reviennent à celui qui nous a violentés, en se servant de nous comme d'un instrument ; car le corps n'est que cela , et la volonté qui l'emploie est seule responsable. Mais, pour que notre responsabilité soit entièrement sauve 9 il faut que toute la possibilité de résistance ait été épuisée , et que nous ne soyons point de connivence avec Fauteur de la contrainte ; car si notre volonté y participe en quelque chose, y mêlant de sa liberté, elle est responsable d'autant; comme dans les cas où la violence, repoussée d'abord avec énergie , triomphe peu à peu de la résistance et finit par être admise ou au moins tolérée. La force extérieure ne peut pénétrer dans la sphère interne; c'est un sanctuaire où les influences physiques n'entrent point, à moins que la volonté ne les y introduise. Celle-ci ne peut jamais être forcée dans son for intérieur quand elle sait s'y tenir; elle résiste à tout, si elle le veut, même à Dieu. C'est ce qui a produit le mal dans rum?ers, et ce qui le maintient. Le mal fondamental est dans la volonté créée, entrant en opposition avec son Créateur et tournant contre lui le plus précieux de ses dons, la liberté. Non pas, comme nous l'avons montré plus haut, que cet abus du don soit essentiel au don* lui-même , ou que le mauvais usage de la liberté soit une condition inévitable de son existence; mais Tabus est implicitement contenu dans le pouvoir d'user, et puisque la liberté consiste dans la faculté d'ac-
quoi il est écrit : Ne craignez point ceux qui ne peuvent tuer que le corps. Les Stoïciens soutenaient que le sage est libre même dans les fers ; et ils appelaient de ce nom celui qui , comptant le corps pour rien et ne croyant pas à la douleur, ne se laisse détourner de ce qui est juste et bien par aucun obstacle ni par aucune souffrance. Il est certain que l'homme qui ne redoute point les tortures ni la mort, est invincible à la violence; dans les chaînes ou dans les supplices, il triomphe de ses bourreaux par Télévation de son àme et la fermeté de sa volonté ; témoins les martyrs de la foi chrétienne , que la persécation , les prisons , les bûchers , les chevalets , les ongles de fer , les haches et tout Tappareil de la cruaaté ne parent ébranler. C'est ce qui arrive à tout homme profondément convaincu , s'il a le courage de sacrifier sa vie à sa conviction ; et ce courage , mème^quand il est égaré par le fanatisme, est encore admirable, conmie protestation de la liberté contre la force. On le retrouve au plus bas degré , mais toujours grand et énei^que , dans le sauvage bravant son vainqueur au milieu des tourments, tenant son àme haute par l'oi^aeil quand son corps est accablé , et manifestant la liberté de sa volonté et de son esprit par le refoulement de la j^ainte et le dédain de la douleur*
Dès que la conscience du moi est éveillée, l'homme ne peut point ne pas exercer sa liberté. U l'exerce nccèsmirtment tout en choisissant librement , et cet