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lion, d'allée et de retour, d'aaaljse et de synthèse qai constitue la vie* Chacun de nos actes moraux va donc en définitive vers ou contre notre destination , et ainsi cou-* tribue pour sa part à notre perfectionnement ou & notre d^radation, à notre bonheur ou à notre malheur. On n'y pense point la plupart du temps , et les paroles légères on les actions inconvenantes qui échappent, pour satisfaire un désir ou même un caprice , ne laissent point d^ trace dans la conscience ni dans le souvenir : on les croit évanouies, parce que le temps ou Toubli ont passé par-dessus. Mais on accumule ainsi des difficultés que Ton retrouve plus tard ; on élève contre soi-même des d^tacles qui arrêtent au moment où. Ton y «pense le moins , et quand il s'agit de combattre le mal , on se trouve garrotté par une multitude de fils inaperçus , qui , tout minces qu'ils sont , ont encore assez de force pour entraver et même enchaîner la volonté. Enfin , un acte posé dans le monde y imprime; nécessairement une certaine impulsion. Il n'y a pas plus de vide moral que de vide physique ; et ^ si tout est plein, on ne peut opérer un mouvanent sans amener un déplacement, lequel reflue sur ce qui Favoisine, et ainsi de suite indéfiniment : c'est le flot qui pousse le flot, et le dernier vient se briser au rivage. Mais où est le rivage dans le monde moral , et qui imposera des limites à cette mer de la civilisation , plus orageuse et plus perfide que l'Océan ? £lle confine à l'éternité , et c'est aussi dans l'éternité que le dernier flot de nos actes se brise et que l'écume de notre vie va rejaillir. Puis, quand on pense que la société est une trame serrée , où chaque volonté met son fil et fait
passer sa navette, que ces fils s^imj^liquent Tun dans l'autre et se mêlent incessamment de manière à tenir ou à rompre ensemble; quand on songe que nous ne pouvons rien faire ou dire qui n'ait du retentissemeut en ceux qui nous entourent , et que notre acte et notre parole sont des semences emportées par le vent qui vont s*impl8inter et se reproduire dans Tâme des autres ; quand Ton réfléchit que nous sommes pour notre part dans tout ce que cette semence peut enfanter de bien et de mal sur la terre, et jusqu'à la consommation des temps; et qu'ainsi plus on a d'influence sur ses semblables , plus s'élargit le cercle de la responsabilité, et plus le poids s'en augmente; plein de frayeur alors devant ces immenses conséquences, et ne pouvant mesurer la portée d'un acte ou d'un mot , on dit au fond du cœur avec l'Homme- Dieu : Seigneur, que votre volonté se fasse et non la mienne! Que la mienne ne soit que l'instrument de la vô* tre , afin que ma responsabilité disparaisse dans Tordre de votre divine Providence. On s'écrie avec le roi-prophète : Ei 06 atienis parce servo fuo. Epargnez-moi les feitttes d'aatrui. Car tout le mal que commettent les autres sous TinflaoïGe ou par la complication de mon acte^ aggrave ma soUdarilé et augmente le compte que je dois ran^ un jour.
Il y a dans Texistenoe de chacun un premier acte iibre^ qui est comme le principe de sa vie mo* raie ^ la prémisse de son développement et de ses actes subséquents. Qu'est-ce qui porte la volonté
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vierge à céder à telle influence plutôt qu'à telle autre? Qu'est-ce qui la fait pencher à droite ou à gauche ? Qu'est-ce qui la détermine dans son premier choix entre le bien et le mal ? Ce qui l'incline naturellement vers le mal, c'est régoïsme inné à l'homme , l'amour de soi ; c'est la prétention à l'indépendance qui se déclare dès le bas âge. Ce qui appelle la volonté au bien , c'est la parole d'autorité qui le lui révèle, c'est le commandement de la loi. Enfin ce qui détermine la volonté pour ou contre la loi, c'est l'action du moteur qui excite sa réaction , et que la réflexion transforme en motif. Le moteur est toujours un agent objectif, organe du bien ou du mal.
En tonte chose, le commencement a une grande impor<tance ; il pose la base, le point de départ, Tantécédent. La direction est donnée , la roate tracée. Les premite'es im-* pressions ne s'effacent jamais, et elles décident {«esque toujours de la manière de sentir et ainsi de la manière de voir, de penser et d*agir pendant le reste de la vie. Noos n'oublions point les premières choses que nous avons apprises ; rien ne peut teor ôter la place fonda«mentale qu'elles occupent dans notre esprit, et au bout de la vie, quand tout ce qui a été mis ensuite dans l'entendement est <d>litéré on au moins obscurd , ce qn'on a su dans l'rafance reparait , et souvent avec toute la fraîcheur de la nouveauté. C'est beaucoup dans le monde du temps que d'arriver en première ligne. Le fait do premier occopant constitue la plupart des droits de la.
ternp, et quaod la place est prise, le fait subsiste. Ce qui est vrai de la sensibilité et de la conoaissancei l'est à plus forte raison de la liberté, où le moi met plus da siea. Le premier acte libre ouvre T épreuve h laquelle Ihomme eat soumis iei^-bas : la manière dout eUe commeuce influe puissamment sur la manière dont elle finira ; car la fin ressemble au début , et la eimsommatioa est en puis- 1 sauce dans le principe. i
l.a volonté ne pouvant opérer librement sans se donner au bien ou au mal, il s'agit de savoir auquel elle s'a- , nira d*abord, avec qui elle contractera le premier rapport. Celui qui la possédera primitivement aura sans doute plus de chances pour en garder la possession : c'est une position avantageuse dont chacun des deux adversaires cherche à s'emparer avant le combat, et lobtenir est déjà une victoire. Heureuse ïétme qui connaît le bien d*abord et qui lui a donné la virginité de son amour et les prémices de sa volonté ! Heureux celui qui a décidé la première fois en faveur de Dieu et de sa loi, ou qui a fait en commençant un usage légitime de sa liberté ! Attaché au bien dès Torigine , il en conservera la trace profonde , et rien ne pourra détruire ce premier fait , qui a posé le fondement de sa vie morale. Quoi qu'il fasse ensuite, le bien sera toujours par-dessous ; l'étincelle du ciel conve sous h cendre et pourra se rallumer à Tair libre et en secouant k poussière. Dans le premier acte de riutelligence et de la pensée, l'esprit qui adhère à la vérité ou à Terreur, à la parole sincère ou au mensonge, contracte le goût du vrai ou du faux , la prédisposition à la voie droite ou tortueuse. 11 juge plus tard d'après sa première ex pé-
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rience. La mesure est posée, la trace est marquée, le pli se çT&aà 9 et nous Toyons tous les jours des hanunes doQt f esprit est devenu incapaUe de penser droitement sur certaines choses » parce qu'il a été faussé à r<Mrigine par une doctrine erronée. On ne sait jamais bien ce qa'ou a mal appris en commençant. Une mauvaise di* rection , imprimée dès le bas âge , est difficilement re«dressée* Les défauts de la première éducation sont ce qu'il y a de plus tenace; ils persistent toujours au fond, sous le yernis dont on les recouvre plus tard, sous les formes plus ou moins gracieuses qui les masquent. Di«rons-nous les conséquences du premier amour ? Quand l'adolescent éprouve le besoin d'aimer ce qui lui ressemble, non plus dans ses parents et ses condisciples , mais dans un être d'un sexe différent, il est poussé par l'iU'stinct à chercher le complément de sa vie et la jouissance qu'il imagine. S'il a le bonheur de rencontrer un objet qu'il aime par le cœur et l'imagination, plus que par les sens et le corps, s'il éprouve d'abord l'amour humain dans ce qu'il a de généreux, de gracieux et d'idéal , si la flamme d'amour est allumée dans son âme par un rayon du ciel , si surtout il ne cède point à l'attrait sensuel et n'admet rien de grossier dans son rapport avec la per* sonne aimée , union première et délicate des cœurs que le respect et la pudeur embellissent ; alors , quoi qu'il fasse plus tard, dans l'enivrement des sens et l'emportement du désir ou de la jouissance, son premier amour lui reviendra toujours au cœur comme la perfection , comme la fleur de sa .vie ; il regrettera de ne plus savoir aimer de la sorte , et sa vie tout entière en sera profon-
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démeut modifiée ; car le goût des choses honnêtes lai sera resté dans Tàme. Si au contraire les prémices ont été données à la concupiscence, si Ton a aimé par les sens d'abord, et que cette soif d'affection qui dévore le jeune homme se soit étanchée dans les sensations du corps, alors] Tesprit de la chair a le dessus, la virginité de l'âme et du corps ont été prostituées à Tiostinct animal , et le coeur appesanti a peine à concevoir un autre amour que l'amour physique.
Le dernier acte de Uberté que l'homme accomplit sur la terre est encore plus grave que le premier, d'abord parce qu'il résume la période de la vie actuelle et la termine, et ensuite parce que , ouvrant une nouvelle carrière à la volonté , il la prépare pour un autre monde. Heureux, trois fois heureux celui qui pose ce dernier acte avec conscience en faveur du bien , surtout s'il lai en coûte pour désavouer son passé , revenir sur des erreurs ou des fautes, et rejeter courageusement le mal qu'il avait aimé ou préféré jusque là ! Un seul acte de la liberté se déclarant pour la vérité et la justice, pour Dieu et sa parole, au moment de la mort et quand l'épreuve terrestre s'achève, peut réparer toute une vie de désordres et de crimes, non pas en purifiant soudainement l'âme souillée ni en relevant d'un coup celui qui est tombé si bas, mais en détachant son désir du mal et en le retournant vers le bien.
Si le dernier acte de la liberté est si grave, si la dernière décision de notre volonté pour le bien ou pour le mal a tant d'influence sur notre avenir^ c'est un grand bonheur que d'avoir le temps de s'y préparer et de pouvoir