‹ Philosophie morale (volume 2)Chapitre 86 sur 199 · PARTIE THÉORIQUE. — CHAP. III · texte numérisé non relu

PARTIE THÉORIQUE. — CHAP. III

envisager la mort d'ayaneOi afin de n'être point surprix ni trooblé par elle. Etres raisonnables, nons devons tontfaire avec int^ligenee et liberté, à plus forte raison l'acte le plus solennel, ou au moins le plus critique de notre existence, celui qui consomme la vie présente et ouvre la vie future. Dieu nous a créés pour le connaître et Faimer ; il veut que nous nous donnions à lui dans la plénitude de notre intdligence et avec toute la liberté de notre cœur ; il veut que nous le préférions à tout, que nous Taimions par-dessus tout. En un mot, il veut posséder notre Ame, il fait ses délices d'y habiter, et il n*y habitera vérita-^^ blement que par notre consentement , si nous lui en ouvrons la porte et si nous voulons le recevoir. La mort la plus belle, la plus heureuse, donc la plus désirable^ est celle du chrétien, l'acceptant avec résignation, avec amour, comme le solde du péché, et rassemblant en ce moment terrible toutes les facultés de son esprit, toutes les puissances de son âme pour se restituer à Dieu, et lui faira librement hommage de tout son être. Cest une inconcevable légèreté que de souhaiter une mort soudaine, pour ne pas souffrir les angoisses de la dissolution et la douleur de quitter ceux qu'on aime. Une telle mort, quelque glorieuse qu'elle puisse être sur les champs de bataille , est toujours un malheur, si elle est imprévue. Nos anciens capitaines, qui n'étaient pas moins braves, ni moins habiles que ceux de notre siècle, se préparaient chrétiennement à la mort avant la bataille, ce qui ne les empêchait point de la gagner. Ils étaient prêts à tout pour la terre et pour le ciel. Que dirait-on d'un homme qui irait légèrement, sans réflexioq, sans préparation , à la discussion

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d'une affaire d'oà dépend sa fortune et sa position ims le monde ? Dans la mort il s'agit de la fortune de l'éternité : il n'est plus question d'une position terrestre qui passera tont-à-4*henre, mais d'une position au-delà de ce monde et qoi ne changera plus ; et cependant c'est à une telle affaire que la plupart des hommes ne yenlent point penser d'aTance. Eux qui sont si jaloux de leur li-berté, ils remettent au hasard des circonstances ce qu'ils feront dans un pareil moment, et le plus souvent ils se laissent aller, se précipitant dans la mort sans se reconnaître et sans oser la regarder. Ainsi le dernier acte de leur liberté est encore pour le monde ; et le mal v le mensonge et la vanité possèdent leur volonté au terme de leur existence, comme ils s'en étaient emparés à son début.

Qu'est-ce qui détermine l'enfant dans son premier dioii entre le bien et le mal ? Qui le dira ? C'est en vérité une pure grâce que Tâme est disposée à recevoir, et qu'elle reçoit effectivement, qaand par le premier acte de sa volonté elle repousse le mal et adhère au bien. Jusque là l'enfant agit comme l'animal, par l'impulsion de l'instinct et sous l'impression du moment ; il n'y a en lui ni division, ni combat ; car ses deux natures et leurs lois ne sont point encore opposées l'une à l'autre. Dès qu'elles se distinguent, elles entrent en lutte ; la volonté se trouve au milieu , et la nécessité de choisir se présente. Chaque nature agit alors snr la volonté avec son instinct et sa loi, et la volonté suit ordinairement celle qui prédomine dans l' unité de la personne. Si la première fois que le désir se trouve en contradiction avec le devoir , l'enfant donne gain de

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cause aa deirair contre le désir » o'est le prwnat pas dans la voie de la, moralilé^ et c*eit «a pai^ inmaMe* C'est one àme qui a plas d'anakigie avec les choses d*eii faant : ex veriiate e$t ( Jean xyiii^ 37 ). 8i au eontraire elle décide poor le plaisir contre la loi» e*6st un être plus terrestre que céleste , où le monde a plus d*aeoès que Dien, dé hoc mtmdû esl (Joan. viu, 33). Chacun se juge par scm inchaatioa dominante et par son choiii ;'j&ais Tacte de'choâsir, propre à la volonté et qui fait son énergie et sa responsabilité, cet acte souverain qui se joue des prédispositions et des motifs, reste toujours insaisissable et mystérieux dans son ressort intérieur et dans son accomplissement. Nous connaissons les influences générales qui le sollicitent : d*an côté Tégoïsme naturel, qui porter individu à s'aimer de préférence, à rapporter tout à lui, à se faire le centre et la mesure de toute chose, au mépris de la justice et de la charité; l'orgueil, qui vise à l'indépendance et s*exalte dans sa propre gloire ; la sensualité ou le moi s'identifiant avec le 'corps et plaçant sa vie et son bonheur dans la jouissance grossière : de l'autre côté, l'inflaence du bien, qui agit sur Tenfent dès qu'il peut comprendre le langage, pour l'instruire, le discipliner et l'élever, d'abord par la parole de ceux qni ont autorité sur lui et qui ont la mission de le soumettre à la loi, puis par tous les moyens graduel qui lui font ccminaitre et hti apprennent à exercer la justice et Famour. Toilà ce que chaque homme trouve devant lui , plus ou moins nettement formulé, dès qu'ail entre en rapport avec ses semUables, dès que sa conscience 8*éveille et qu'il devient capable de juger et de choisir. Mais dans chaque

circonstance, pour chaqae acte de liberté , il y a une canse particalière qui inflae sur la décision de la volonté; il y a un objet quelconque dans leqad la force du bien ou du mal slncarne ou s'individualise momentanément, pour porter Thomme à agir. C'est le véhicule de Tiuspiration bonne ou mauvaise, l'instrument du secours oa de la tentation. Cet objet devient la canse motrice de la volonté, si elle cède à son impulsion, et ainsi en lui est la substance ou l'énergie substantielle du motif y qui nous pousse à agir.

Livré à lui-même pour la détermination actuelle de sa liberté, Tbomme ne se décide que par un motif; car il est une créalure intelligente qui a conscience d'elle-même, et qui doit savoir ce qu'elle veut et pourquoi elle veut. Le motif, objectif par le fond, est de Thomme quant à sa forme, laquelle est le produit complexe du vouloir et de la pensée ; c'est-à-dire que l'agent, sentant la motion imprimée à sa volonté, peut en acquérir la conscience par la réflexion et aussi la penser et la parler. Mais, à proprement dire, ce n'est ni le jugement ni la proposition du motif qui meuvent la volonté , c'est Tobjet et son action. Le motif, considéré en lui-même et abstraction £iite de ce que la pensée de Ihomme y ajoute, est le reflet de l'action motrice dans l'esprit de celui qui la subit.

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