PARTIE rrRÉORIQUB. — CHAP. III
voir discrétionnaire dont Thomme est comptable. Ayant la facalté de oonoaltre la loi, de lobserver ou de l'enfreindre, il répond de ce qn'il fait envers ou contre elle, et personne ne peat en répondre à sa place, parce que personne ne peut vouloir et agir poor lui. C'est encore une application de la loi générale de la justice. Ce qui Tient de nous est plus nôtre que ce qui nous est uni par «ne appropriation extérieure ; car ce qui sort de nous est l'expression même de notre nature, de notre substance, de notre volonté, de notre esprit ; aussi est-il écrit que nos œuvres nous suivront au-delà de cette vie , et que BOUS serons jugés par elles. Le jugement futur, complément nécessaire de la justice, est l'application dernière de la responsabilité^ ou la responsabilité pleinement réalisée : sans le jugement, elle n* aurait ni sanction, ni but.
La responsabilité s'étend aussi loin que nos actes; elle est déterminée par la loi imposée et par la puissance concédée. Chacun répond moralement de ses actes, et sera jugé par ce qu'il aura fait sciemment et libre* ment. Mais cela ne veut pas dire que nous ne puissions être compris dans la sphère des actions d'autrai et participer à leurs conséquences. Tout se tient dans ce monde ; chaque existence est plas ou moins affec-* tée par ce qui se passe dans les autres, et surtout en celles qui lui sont plus unies ou plus prochaines. Il y a là Une fatalité de bien et de mal qui saisit à l'entrée de la vie, et on ne peut pas plus s'y soustraire qu'à l'air qu'on respire en naissant sur un point du globe. De là ce qu'on appelle la solidarité des êtres qui, participant aux mêmes conditions d'existence, mêlent pour ainsi dire leur vie,
!>8G paiLOSOl»HIB MOILAI4E.
et souffrent ou jouissent ensemble de ce qui les affecte respectivement. Ainsi dans un organisme les membres et les organes , parties da même tout, animés par le même sang, et ressortant du même foyer , vivent en commun , et ^ee qui tronble le centre, on seulement Ikme des parties, retentit dans toutes les antres ; elles sont tontes malades à un certain d^;ré quand Tune d'elles est malade, comme aussi chacune est fortifiée de la force des autres et jodt de leur santé. La main peut-elle dire h ï<xA soi^rant : Pourquoi me fais-tu souffrir ? et l'œil à la main blessée : Pourquoi me donnes4a la fièvre? Ils sont entraînés l'un et l'autre dans le mouvement de l'existence commone. Il en ¥a de même avec les familles et les races ; il 7 a solidarité eiître les générations , qui transmettent le même s«ig , et avec ce sang les qualités bonnes ou mauvaises dont il est chargé. Le péché originel , qui s'étend à tous les onfants d'Adam par la génération, ne se comprend pas aatrement. Si l'humanité a été Tidée dans sa souche , elle doit l'être dans ses rejetons. Les enfants sont solidaires avec les parents ; et bien qu'ils ne soient responsables et coupables que de leurs actes propres , cependant les conséquences des actions de lenrs ascendants retombent sur eux ; et ils les portent parce qu'ils sont les fils de leurs pères , parce qu'ils ont leur sang dans les veines. Ils expient pour ceux qui les ont précédés, et cette expiation Tolontairement acceptée a une grande puissance pour absorber le mal et l'arrêter dans son cours. G^est encore une des grandes vues du christianisme, qui appelle les innocents à pàtir pour les coupables, parce que le mal se reverse comme le bien , déclarant heureux ceux qui souffrent en ce monde
PAatlB 'SHÊOniQUB. — CIIA]>. lit. 2b1
à (Cause de la justice, t'eat^à-dire pour la r^ration de l'iniqaité et la destractkMi des maux qa*elle produit.
Dans ces eas, la solidarité est fatale. Elle provient de liens naturels, que notre tolooté n*a point formés, où elle s^est trouvée prise et comme encbainée, en venant au monde. En d'autres circonstances, la liberté y est pour quelque chose, et alors la solidarité se joint à la responsabilité. Si nous entrons vtdontairement dans une œuvre commune, nous unissons notre activité et notre destinée à odle d'aulmi ; nous nous m^ons à une œuvre gêné* raie , dont noqs porterons les conséquences pour notre part; et ainsi, outre la portton de bien et de mal moral qai nous revi^idra» en raison de nos actes daps cette af* faire, il y aura encore une somme d'avantages ou d'iu'^ eonvénients, de bén^ces ou de pertes, que nous devrons accepter en commun. Ainsi, les membres d'une assemblée prenant une résolution , les associés d'une entreprise agissant de concert, sont plus ou moins solidaires les uns des autres ; ils ne peuvent s'isoler dans l'œuvre commune , ils sont liés par l'action générale et par les conséquences qui en sortiront. Cette solidarité , terrible dans le mal , est un secours pour le bien ; par elle il se fait plus largement , plus solidement ; elle nunfaae et maintient les hommes dans Tunité ; elle établit entre les individus une communauté nécessaire, sans laquelle rien de granfl ni de durable ne s'accomplirait. Elle les intéresse à se surveiller, à se soutenir mutuellement, puisqu'ils partagent la même fortune et paient les uns peur les autres , comme l'indique te sens du mot
288 PHILOSOPHIE MOBALB.
soUdaire. Elle oonstitae réellement la force, la droite et la perpétuité des familles et des péages.
La responsabilité morale est à la solidarité ce qae la liberté est à la fatalité. Des denx eàtéSj après les faits accomplis, il y a'des conséquences à porter. Hais d^une part, on les subit parce qu'on les a produites, et ainsi on est à la fois le patient et le coupable : on souffre pour sou compte et parce qu'on Ta touIu ; de l'autre, on les supporte sans les avoir amenées , on est victime, et c*est justement la souffrance de ce genre qui est la plus agréable à Dieu, parce qu'elle est la plus pure. Celui qui est la victime par excellence, qui pouvait seule expier les pé<diéide8 hommes, n'avait point de péché en lui ; il n'avait point à souffrir pour lui-même. Nul ne peut récuser la solidarité; car tout homme est de son genre , de sa race* , de sa famille, de sa nation, et à tous ces titres, il participe à une vie générale , qui l'enveloppe de son réseau. La liberté lui est donnée pour s'affranchir de ces liens et s'élever au-dessus de ces conséquences fatales, en les arrêtant dans sa personne par une volonté énergique , et surtout en les amortissant par la patience. Mais, dans tous; les cas, il doit toujours commencer par les subir et le9 accepter. Quant à la responsabilité morale, il y a un moyen sûr d'y échapper, c'est d'observer scrupuleusement la loi et de ne rien faire qui n'y soit conforme.
Dans Tordre physique, la série des faits se dé-