PARTIE THBOMQUE. — CHAP. lU
veloppe nécessairement par la loi inflexible de la causalité : c'est le régne du destin» Il n'en est pas ainsi dans l'ordre moral ^ où chaque être n'est pas seulement une forme individuelle et passive, un point dans la ligne, un anneau dans la chaîne, mais une existence personnelle et active, douée d'in« telligence et de volonté, ayant le pouvoir d'accepter ou de refuser le mouvement qui la pousse , et de réagir positivement ou négativement. De là le mé-' rite ou le démérite de l'être moral, suivant qu'il agit volontairement, en conformité ou en opposition avec sa loi. La conscience du mérite moral nait d'un sentiment intime de paix, de bien-être, d'espérance : effets de l'admission du bien par une bonne volonté* La conscience du démérite vient du trouble intérieur, du remords, de la crainte, produits par l'admission du mal dans une volonté pervertie.
ridée du mérite et du démérite moral se déduit immédiatement de la responsabilité, comme la responsabilité est le corollaire le plus prochain de la liberté. L'être responsable a devant lui sa ligue tracée par la loi, il la suit ou s'en écarte. Dans le premier cas, il est dans Tordre, sa volonté participe à la rectitude de la règle, et elle doit en retirer les avantages, puisqu'elle en a supporté les charges. Ces avantages sont de deux sortes. Il y a d'abord le bénéfice moral, qui est la conséquence directe de la loi accomplie, de l'ordre observé. La volonté en devient meilleure, plus ferme dans le bien, plus disposée à le faire, plus forte contre les obstacles. En-exécutant la loi, II. 19
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elle se rapproche cte eelai qui Ta portée » ^e &dl en grâce et en v^tu devant Dieu et les hommes. Tel est le premier mérite qu'elle acquiert , mérite intrinsèque, aobstantiel, et qui provient de son union même avec te bien. Le secondi suite du premier, est plus extérieur. En acceptant la loi, l'homme acquiert un droit à ses bénéfices, et ainsi, dans ce monde ou dans un antre, il reeeyra la récompense due à ceux qui Tobsertent; réoompenw qui ne peut lui manquer, parce que la justice est impreg^ criptible^ Cette consdtence du mérite moral est le fond da bonheur de Vhommc : c'est le sentiment de Tordre, sans lequel il n'y a pas de véritable jouissance. Il prodait r espérance, et une espérance sans bornes, qui oons donne confiance dans l'avenir, avec le pressentiment et comme la certitude du bien infini auquel nous aspirons. Mais il est toujours à craindre que le mot ne fausse ce sentiment, en s'attribuant le bien accompli, ea tirant gloire ou vanité du succès. Alors se produit la justice propre» qui est uoe souveraine injustioe, parce que l'homme , se confiant en sa propre force , et r^iant le secours qui lui vient d'en haut, s'arroge ce qui ne lui a(H partient pas , et ne rend pas à Dieu ce qui lui est dû. C'est ce que l'Évaugile appelle le pharisalsme, et c'est pourquoi saint Paul prévient les Juifs convertis^ toujoan enclins à retomber da))â la vanité et ri^justice derbomme naturel, « que les o&uvres de la loi ne justifient point, et M qu'on ne peut dtre sauvé que par la gràee en Jésus* » Christ. » Là se trouve, sous le rapport moral, la ligne de démarcation entre le païen, le juif et le chrétien. lis chrétien seul comprend la nécessité du secours divin; il
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reoonaatt qae dans le bien qa'il peat faire, il est le midi»tre oa rinstniiBeiit volontaire de TAateur de tout bien : il 6ait qu'il n'a rien qu'il n*ait reçu, qu*ii ne peut pas même ayoir une bonne pensée, Un bon désir sans Finspiration d'en haut (II Cor. oh. 3, f» 5), et c'est pourquoi il rapporte à Dieu tout ee qu'il est d: tout ce qu'il a. C'est le mérite humble, ou le Trai mérite, ne s' attribuant d'autre vertu que celle de suivre ee qui lui est inspiré, d'exéeater ce qu'on lui ordonne, de réaliser les pensées et les impulsions qu'il reçoit. Modeste et sans estime de luimême, il ne se croit pas digne d'une récompense ; il ne la réclame pas comme une dette ; car si Dieu a tout donné , à lui seul en revient la gloire, et ainsi la récompense, si elle est accordée par-dessus, sera une grâce de plus. Il compte plus sur la miséricorde que sur la justice de Dieu, et son espérance vient de son amour plus que de la eonfiance en ses mérites. Puis^ connaissant sa faiblesse, il craint toujours de tomber ^ même quand il parait le plus ferme , ce qui l'empêche de se prévaloir du succès et de s'exalter. 11 fait sou salut dians la crainte et le tremblement, comme dit l'Apôtre. Le païen au contraire sélève^dans sa justice naturelle. S'U fait le bien , il se l'attribue naïvement et s'en glorifie; il jouit de sa force qui maîtrise ses passions, résiste aux séductions et surmonte les obstacles ; il se déclare juste , ami des dieux, et aspire à prendre place parmi eux après avoir fourni sa carrière terrestre. L'apogée de la morale païenne a toujours été l'apothéose de l'homme , par la philosophie ou par la religion. Le stoïcisme et le platonisme y mènent par deux voies différentes , par l'exaltation de la
volonté, ou par celle de Tintelligence. Ces deux voies, qm ont le même point de départ , le moi, vont au même terme, I identification de F humanité avec la divinité. C'est roi^ueil humain au maximum de son paroxisme, qui se termine par une prostration aussi profonde que l'exaltation a été haute. L'esprit finit par la chair, et Torgueil enfante la luxure. Telle fut en effet la fin honteuse de la civilisation païenne. La gloire de ces vertus humaines , qui ont tant occupé le monde , cette philosophie suhlime qui semblait élever l'homme au ciel, sont venues se résoudre dans les orgies et les cruautés de l'empire romain, et jamais corruption pareille n a déshonoré l'humanité, ni épouvanté le monde. Le Juif était plus avancé que le païen, et par cela même plus coupable. Il avait reçu la parole de Dieu, il connaissait la loi divine, non pas seulement par les indications vagues de la nature extérieure , ou par les pensées contradictoires de son esprit ; il l'avait reçue de la main même de Dieu, écrite par son doigt , et lui prescrivant clairement ses commandements. Le Juif recevait encore par ses prophètes les avertissements du Ciel. Seul , entre tons les peuples de la terre, il avait été mis, pour ainsi dire, dans la confidence des dessdns providentiels. U savait tout ce qui devait s'acoompUr pour le salut des hommes , et il en attendait avec foi la réalisation. En outre , il était l'objet de tant d'amour, de tant de sollicitude de la part de Dieu! Dieu avait fait en sa faveur tant de merveilles, et si long-temps « qu'il se croyait privilégié parmi les nations, peuple choisi et enfant chéri du maître de runivers« U letait en effet, son histoire le montre.