‹ Philosophie moraleChapitre 102 sur 224 · PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. IV · texte numérisé non relu

PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. IV

d'un rapport n'ont pas une part égale daus la formation du rapport , chacun sentant et agissant selon sa nature, son individualité et sa position ^ c'est pourquoi l'affection filiale est si différente de l'affection paternelle. Les parents sont placés par la nature au-dessus des enfants, et leulr puissance les domine. Us ont à leur égard l'initiative de la vie, et c'est encore par leur moyen que le développement des enfants s'opère. L'amour filial débute par l'instinct, comme les autres affections naturelles. 11 y a entre les parents et les enfants une communauté d'existence qui rend les membres de la famille membres d'uii même corps, parties d'un même tout. C'est en effet le même sang, la même chair, les mêmes éléments d'organisation, et puisque l'homme et la femme concourent à la reproduction par toutes les parties de leur e|:istence , l'enfant est le produit de ces parties multipliées Tune par l'autre ; il est la résvUtante de leur double vie. Il y a donc entr'euxet lui une sympathie innée , d'où provient ce qu'on appelle la voix du sang, le cri de la na-tare. Telle est la racine naturelle de l'amour filial. Puis, à mesure que l'enfant est nourri , réchauffé , excité par l'action pénétrante de l'amour, il réagit aussi par l'amour, autant qu'il en est capable ; il répond à sa manière par sou regard , par son sourire , par ses cris , en s^ pressant sur le sein maternel, et les premières expressions, de l'affection filiale, cette réaction tendre du nouveauné , ce premier signe de la vie de l'amour est ce qu'il y a de plus doux au cœur de la mère ; c'est la récompense de ses soins , de ses peines et de ses douleurs. Aussitôt que l'enfant acquiert la conscience de lui ,

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quand il se réfléchit , distingue son existence des antres , et oppose son moi aux non-moi qui Tentoorent , un noayd élément entre dans son affection , par le retour qa*il fait sur lui-même, dans son rapport avec ses parents. H sent sa faiblesse , il reconnaît son impuissance et il craint Il s'attache à ses parents comme à ses protecteurs naturels, par la conscience de son besoin et parce qu'ils peuvent le défendre. Le motif intéressé dure dans Fhomme aussi long-temps que sa faiblesse , et cette dépendance où se trouve Tenfant pour obtenir ce qui lui est nécessaire , utile ou agréable, est un des meiUears soutiens de l'autorité paternelle , et la plus sûre garantie de Tobéissance fihale.

Après l'élément d'intérêt propre vient l'élément moral , le sentiment du devoir , qui s'associe à Faffection naturelle , ou la supplée , s'il est possible , quand par malheur elle n'existe pas. Il y a un rapport de justice entre les parents et l'enfant. Ceux-là donnent beaucoup , celui-ci doit rendre, autant qu'il est en lui, ce qu'il reçoit ; et comme il n'a rien à lui , et ne peut donner que lui-même, c'est par sa soumission , par son obéissance, qu'il peut seulement accomplir son devoir ou payer sa dette. La fin de la nature est en même temps admirablement remplie^ car l'enfant n'étant point capable de se soutenir ni de se conduire, son existence est assurée s'il est soumis aux parents qui veillent sur lui et le protègent. Ainsi son devoir fait son salut, il trouve son véritable intérêt dans l'observation de la justice , et déjà à ce degré le bonheur et la vertu se confondent. Quand l'amour n'existe pas, et c'est un grand malheur pour

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