‹ Philosophie moraleChapitre 110 sur 224 · PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. IV · texte numérisé non relu

PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. IV

sommes le plus souvent tellement préoccupés de nousmêmes , de ce que nous souffrons et de ce qui pourrait nous soulager, que nous ne pensons qu'à notre état, et ne parlons que de nos maux. Le reste nous laisse indifférents et sans réaction ; notre vie est absorbée par le sentiment du mal, la crainte qu'il n empire et le désir de guérir. Si cet instinct animal est combattu , dominé par une influence religieuse et morale qui, relevant notre Âme, excite en elle des sentiments plus nobles et des vues plus hautes ; la résignation , la confiance en la protection divine et Tespérance qui en résulte remplacent l'inquiétude, la crainte et le découragement; comme aussi à regard de ceux qui nous soignent et nous servent, au lieu d'être exigeants , rudes , capricieux , nous devenons patients, doux, affectueux. Cette réaction morale aide singulièrement la vie dans sa lutte contre le principe morbide. Chez le vieillard, Fégoïsme naturel de l'enfant reparait. Il se sent faible, maladif, menacé de toutes parts, et pour moins s'exposer il se concentre. 11 ne vit plus guère que pour se conserver, s' occupant presque exclusivement de sa santé, de ses souffrances et du moyen de les adoucir. La foi religieuse seule peut l'élever au-dessus de l'instinct vulgaire, et rendre quelque ressort à l'existence qui s'affaisse. Dans les plus extrêmes nécessités de la nature physique, l'égoïsme instinctif reparait avec toute sa crudité, même chez l'homme civilisé ; témoins ces grands désastres où des multitudes d'hommes sont exposés à périr par le iVoid, par la faim, parla pcslc. Alors h sauve qui peut

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se fait entendre , chacon ne poise qu'à scm et à son saint ; on devient insensible , crnel enTen les antres ; et si la crise se prolonge , les traits les [Ans hideox de Taoïsme animal éclatent, en dé^t de la consôenoe, des sentiments d'hnmanité et de tontes les convenances morales et sociales, étouffés par feicès du besoin, par la nature animale qu'exaspère la priTation.

Enfin , dans toute passion il y a de l'^oisme mm rffléchi ; car la fin de la passion est de jouir de son objet en s'unissant à lui, ou en l'absorbant en soi. L'bomme passionné tend à ce but de toute sa f <Nrce ^ il cone»itre ses désirs , ses facultés, ses actes vers ce point , et comme, en définitive, c'est son bien propre , sa jouissanee particulière qu'il cherche dans la possession de ce qu'il aime, à rexdnsion de toute autre diose^ il se pose comme fin à lui-même et n'aime que lui. C'est pourquoi il est incapable de s'intéresser à quoi que ce soit en dehors de la sphère de sa passion. Sa volonté et son esprit sont sous l'empire d'un seul objet, dominœ, fascinés par une idée fixe. En ce sens on a eu raison de dire qu'il y a de la folie dans toute passion.

Mais si à cet entraînement naturel Fbomme ajoute sa réflexion, s'il exécute avec conscience et préméditation ce que r animal fait eu aveugle , si à l'instinct de la nature il joint le calcul de la raison, alors il devient égoïste par système. C'est le caractère le plus contraire à la sociabilité. L égoïste est un homme qui en tout temps et en toute occasion ne pense qu'à lui, ne s occupe que de lui, en sorte que, seul ou associe à d'auti-es, vous êtes sur

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qu'il cherche son intérêt avant tout, et que son moi est le principe dominant ou le ressort caché de ses sentiments, de sa volonté etde ses actes.

On peut être égoïste de plusieurs manières et sous plusieurs formes.

Il y a Tégoïsme par orgueil; c'est encore le plus noble. Il est au moins capable de sacrifier des intérêts inférieurs à un intérêt plus relevé , celi4 de sa gloire. En grand, c'est le stoïcisme; en petit, c'est la vanité. Nous ou parlerons en détail quand nous traiterons de l'orgueil.

Il y a l'égoïsme par intérêt ; intérêt d'argent, ou d'ambition. Le premier cas rentre dans l'avarice , le second dans la passion du pouvoir, dont nous nous occuperons tout-à-l'heure.

n y a enfin Tégoisme par amour de la jouissance, ou l'épicurisme. G*est celui de l'homme sensuel, passionné pour le plaisir et le demandant au ciel et à la terre, à la nature et à la société, et s' exploitant lui, les autres et tout ce qui l'entoure pour l'obtenir. C'est l'homme parfait d'Épicurc, dont la vertu consiste à chercher le bonheur par toutes les voies et a éviter avec soin tout ce qui pourrai! troubler son coeur et l'empêcher de jouir ; car le souverain bonheur, qui est aussi la perfection suprême , consiste dans le calme de l'âme , et plus encore dans l'absence de la douleur que dans le plaisir. La volupté, comme Epicure l'entendait , était à la fois morale et physique; il demandait la jouissance à tous les éléments constitutifs de l'homme, et voulait qu'ite fussent maintenus en harmonie, pour que l'homme en

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retirât le sentiment do bien-être et la douceur de Taeeord. Il y a bien des nuances dans cette espèce d'égoisme, suivant les d^^ de la ciyilisdtion , le tempérament, la position et le développement de cbacun. Néanmoins elles se ressemblent toutes par ce caractère, que l'indi- Tidu cherche en tout et par-dessus tout son plaisir^ et n'a en définitive d'intérêt , de penchant et d'ardeur que pour ce qui le fait jouir. C'est ce qu'on appelle de nos jours un bon vivant , un viveur.

Le désir de la propriété est le premier effet de l'amour de soi. L'homme a besoin de tout ce qui l'entoure pour vivre, et il a naturellement droit à ce qui est nécessaire au soutien de son existence. Hors de la société il possède ce qu'il a occupé le premier, tant qu'un plus fort ne vient pas le lui enlever. Dans l'état social , il s'approprie les choses par le travail, et la société lui en garantit la jouissance, à la condition qu'il se soumette à ses lois. Le désir de la propriété parait dans l'enfant dés l'âge le plus tendre. Bien dirigé, il est un excellent mobile d'action, il excite au travail, produit la richesse, maintient l'homme dans Tordre et perfectionne la société. Poussé à l'excès, il devient avidité, amour du lucre, convoitise du bien d'autrui. S'il tourne on |)assion, il constitue V aisance, la forme la plus hideuse de l'égoïsme.

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