‹ Philosophie moraleChapitre 115 sur 224 · PARTIE PSYCHOLOGIQUB. — CHAP. IV · texte numérisé non relu

PARTIE PSYCHOLOGIQUB. — CHAP. IV

On n*aime point la richesse pour elle-même, mais comme moyen , à cause de son usage et de ses effets ; ce n*est point V amour pur de T argent. Or tel est le caractère essentiel de ravarice^ et c*est ce qui la rend à la fois absurde et ignoble. Les autres passions veulent jouir de leur objet pour augmenter la vie, la rendre plus intense, plus ardente ou plus agréable. Plusieurs ont une certaine élévation et de la grandeur. L'amour de la gloire, l'am- Intion, r émulation excitent vivement Tâme humaine, la relèvent souvent, et peuvent tourner au profit de sa vie intellectnelle et morale. Les passions les plus grossières , les plus sensuelles , tendent au moins à quelque chose de positif, à nne jouissance du corps, et Ton comprend que le désir soit excité par T espoir de cette jouissance^ Mais dans Favarice, il y a une contradiction continuelle ; les moyens qui devraient procurer la fin l'emportent sur elle et la font oublier ; car la richesse n'est après tout que le signe des biens terrestres , et ces biens n'ont de valeur que relativement aux besoins et par leur satisfaction. Or Tavare ne tient aucun compte de ses.besoins; il les réduit , il leur fait violence le plus qu'il peut, uni^ qaement pour épargner la dépense et ménager son trésor. Il sacrifie donc la fin aux moyens , ce qui est absurde ; sous prétexte de garantir l'avenir, il néglige le présent , et, pour assurer ses vieux jours, il compromet son existence actudle.

Cependant , puisqu'il aime tant l'or et l'argent , il faut

bien qu'il y trouve une jouissance , indépendamment de

celle que lui donnent l'imagination et la réflexion. Il

n'est pas même à croire que cette réflexion domine

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dans Tavare ; elle lui serait odieuse , parce qu'elle supposerait la possibilité d'employer sou argent, et que toute dépense , même imaginaire , lui est en horreur. U doit donc y avoir dans l'objet de sa passion un attrait particulier qui le captive; car il ne se plaît qu'auprès de son or, et il souffre quand il en est séparé. U en esl vraiment amoureux, et sa plus grande joie est de le contempler, de le palper, de le caresser, de irivre avec lui. Il s'y pose tout entier, et le lui prendre , c'est loi ôter la vie. C'est qu'en effet là est la racine la plu» profonde de ce vice; il y a quelque chose de magique, de fascinateur dans l'or et l'argent. Ces métaux , quand ils sont façonnés et surtout monnayés , exercent je ne sais quelle influence mystérieuse , qui éblouit, enchante et subjugue, dès qu'on s'y complaît. Aussi sont-ils les moyens les plus subtils de la tentation , pour séduire la probité ou corrompre la vertu. Jupiter pénétra dans la tour de Danaé sous la forme d'une pluie d'or. L'avare se laisse prendre à cet attrait , et une fois fasciné , il Tit sous le charme. Il devient l'esclave de ce qu'il aime et par conséquent il tombe au-dessous de la matière à laquelle il a donné son âme. Dans les autres passions, l'homme use de la matière en l'appliquant à sa jouissance, il la tourne ou la transforme en sa propre substance. U la relève jusqu'à un certain point en se dégradant. Ici au contraire c'est lui qui s'assimile au métal. Il se fait or, terre, boue, matière autant qu'il est en son pouvoir; c'est le dernier degré de l'abaissement. En outre c'est la prévarication la plus profonde, une espèce d'idolâtrie; car cette àme, faite par Dieu et pour Dieu, l'oublie poar

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