‹ Philosophie moraleChapitre 116 sur 224 · PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. lY · texte numérisé non relu

PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. lY

son œuvre là plus infime, et voue une espèce de culte à la matière. Aussi les avares meurent ordinairement de la manière la plus misérable. G* est peut-être la seule passion qui ne soit pas désabusée d'elle-même aux approches de la mort.

Un trait de l'aTarice qui la distingue encore des autres passions et fait ressortir sa monstruosité , c'est qu'elle rend l'homme ennemi de lui-même , et le dénature au point de lui ôter l'amour de soi. L'avare se traite encore plus durement que les autres, et le comble de sa démence est de sacrifier sa vie à une possession qu'il perd avec la vie : c'est le fanatisme de la propriété. L'avarice en outre ne connaît point de terme ; elle ne dit jamais : c'est assez ; et tandis que les autres passions s'affaiblissent avec l'âge , la force ou les organes leur manquant , celle-'là au contraire s'augmente et n'est jamais plus intense que dans l'extrême vieillesse. Gela vient de ce qu'elle est presque toute dans la réflexion et qu'elle procure peu de jouissances matérielles. Elle ressemble sous ce rapport à l'amour idéal , qui ne se désenchante point de lui-même et de son objet par la possession. Puis la crainte de manquer s' accroît avec les années, qui diminuent la possibilité d'acquérir; et enfin, les autres moyens de jouir lui étant ôtés , l'homme matériel s'attache d'au^ tant plus à celui-là , et y concentre avec une espèce de fureur ce qui lui reste de vitalité et d'amour. Il est encore à remarquer que l'avarice a en général plus de prise sur. les fanmeQ que sur les hommes. La raison en est dans la nature spécifique de la femme. Dominée par F attraction, elle est naturellement portée à ramener à soi , à garder

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ea soi et à conceutrer. L'homme au contraire, plus expansif, se jette volontiers audehors pour jouir, commander, briller ; il est plus porté à la profusion , à la prodigalité. La position de la femme dans la famille la lie à la maison , elle doit y poser sa vie , y chercher ses jouissances, et ainsi elle s'en créera facilement de solitaires et de cachées. Ses fonctions de mère de famille et de ménagère T obligeant à mesurer la dépense , à calculer les petites choses, l'habituent à Tépargoe, et enfin sa dépendance et sa faiblesse la portent à s'assurer des ressources pour l'avenir.

Le tempérament a aussi une influence marquée dans la prédisposition à l'avarice. L'homme d'un tempérament sanguin est enclin à la dépense, à la prodigalité, entraîné qu'il est le plus souvent par l'amour de la nouveauté et le désir de s'amuser. Le bilieux est magnifique ; il ne voit dans l'argent qu'un moyen d'ambition, de grandeur, d'ostentation ; il porte ses vues plus haut que la richesse. Le mélancolique est assez disposé à amasser, surtout par prudence humaine, par défiance des hommes, pour se précautionner contre eux ou pouvoir s'en passer, le tempérament lympatbique est le plus analogue à l'aYarice , passion stagnante comme son humeur, et qui ne demande ni force , ni mouvement, ni élévation.

Les hommes réunis en société se comparent les uns aux autres et se mesurent réciproquement. Or l'amour de soi, qui fait que chacun est pour

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