‹ Philosophie moraleChapitre 117 sur 224 · PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. IV · texte numérisé non relu

PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. IV

lui-même ce qu*il a de plus cher et de plus précieux, nous porte en général à nous estimer au-delà de ce que nous valons et à nous croire supérieurs d'une manière ou de Tautre à ceux qui nous entourent. De là une tendance à s'exalter en soi, qui est la racine naturelle de l'orgueil. L'estime de soi à un certain degré, le sentiment de sa dignité, une Hoble fierté sied bien à l'homme. Elle l'empêche de se dégrader et de se laisser dégrader; elle lui donne la confiance nécessaire pour agir et se produire. Portée jusqu'à la passion, quand l'homme est 9 comme on dit, plein de lui-même, elle constitue l'orgueil, lequel suivant les formes de sa manifestation s'appelle y?er/ér' ou superbe f hauteur y ar^^ rogance, suffisance, fatuité, présomption.

Ici se présente cette autre forme de ramoar de sof, qu*on appelle amour propre. C'est la racine naturelle de Toi^eil et de ses nuances, comme le désir de la conservation est au fond de tous les penchants dont notre bien-être est le but. L'homme s'aime naturellement dans toutes les parties de son existence. Pour le corps , il cherche la nourriture , la santé , la force, la jouissance; pour l'esprit la lumière, la science, la vérité; pour l'âme la justice, le bien, la dignité. II a le sentiment instinctif de ce qm convient à sa personne morale, de même qu'il sent ce qui répond à son bien-être organique. 0r il ne peut vivre en société , sans que sa vie morale ne soit garantie autant que sa vie physique. La conscience qu'il acquiert de sa personnalité pap la réflexion

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et la comparaison qu'il fait sans cesse de lai avec les autres, lui donne une certaine opinion de sa Tateur et de son mérite. Cette estime de l'individu pour M** même , malgré son exagératicm habitndle , est cependant très-utile à Thomme civilisé : c'est l'instinct conserva* teur, la sauvegarde habituelle de sa moralité, de sa dignité. Elle le rend sensible à l'honneur, et le préserve de ce qui peut lui porter atteinte, avant même qu'il ne sache ce qu'est l'honneur véritable, comme l'instinot délicat de la pudeur sauve la pureté , avant la çcmnais* sance du mal. Ce sentimenti inné à tout homme qui commence à distinguer ses deux natures, est modifié de mille manières par l'éducation et par l'exemple, suivant les préjugés , les habitudes , Téducation. H participe nécessairement à tous les d^rés de la civilisation , à ses lumières et à ses erreurs, à son bon sens et à ses aberrations. Dans nos sociétés modernes où le raffinement de la civilisation a fini par confondre le bien et le mal, il est devenu ce qu'on appelle le point d'honneur , qui malheureusement est trop souvent contraire à Thoimeur véritable.

Une certaine estime de soi-même, un amour propre bien placé, une fierté digne qui nous rend susceptibles,, irritables même sur tout ce qui touche notre existence morale, et peut nous dégrader dans notre propre opinion et dans celle des autres , est une bonne disposition, très-utile à l'homme moral, jusqu'à ce qu'il ait acquis la pleine conscience, le discernement sûr du bien et du mal, et de ce qui est juste et convenable : c'est la pudeur de la moralité. Les âmes nobles , les cœurs

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