‹ Philosophie moraleChapitre 118 sur 224 · PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. lY · texte numérisé non relu

PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. lY

purs éprouvent d'abord ce sentiment, qui porte F homme à 8*estimer et à se respecter lui-même , à se faire estimer et respecter par les autres, et qui lui donne en faco de ses semblables une position digne et F assurance nécessaire pour agir avec efficacité. Mais le mal ou le vice commence quand Testime de soi-même s'exagère à un tel point dans un individu, par la réflexion des avantages» des qualités ou des mérites qu*il s'attri^bue, par la supâriorité qu'il s'arroge, qu'il n'y a plus, de proportion entre la réalité et l'opinion qu'il en a connue. Dans ce cas l'homme s'exalte par l'effort de son propre esprit ; il se remplit , se gonfle par la contemplation incessante de lui-même. Son m(H devient l'objet de sa passion ; il y pose son désir, son admiration , son amour, sa vie; et comme dans toute passion le cœur est dominé par ce qu'il aime, dans l'orgueil il se possède lui-même, il jouit de lui^ il croit en lui, iï admire naïvement sa propre excellence et manifeste tout aussi naïvement son admiration et sa joie. En général Forgueilleax est tellement sûr de lui, a une telle conviction de sa perfection, qu'il ne croit pas avoir besoin de l'approbatiou des antres ; il trouve sa gloire en lui-même et non dans leur opinion, et ce lui est une grandeur de plus que de u'ea passer. C'est ce qui distingue l'orgueil de la vanité, comme nous le verrons plus bas.

L'orgueil a plusieurs nuances principales. On peut dire un noble orgueil, une fierté digne ; on ne dira jamais une noble hauteur, une digne arrogance, et encore moins une noble suffisance, une digne fatuité, etc. La fierté ou la fm^rfoi comme disaient nos ancétreS) n'est pas tou*^

jouFS prise en mauvaise part. Il y a des choses contre lesquelles il est bien de s élever, qu'il est convenable de mépriser, telles que le mensonge, le vice, tout ce qui est bas et indigne de Thomme. Le mot superbe^ superbus, super ire, veut dire se mettre au-dessus, aller par-dessas, et c'est un devoir pour tout supérieur, non d'être superbe ou fier, mais de savoir garder son rang et de maintenir son autorilé. On admire encore jusqu'à un certain point l'orgueil bumain aux prises avec la mauvaise fortune, avec la douleur, se raidissant contre la force qui l'opprime, et périssant dans la lutte plutôt que de se laisser dégrader. La /tati(mr implique un mélange de dédain, comme si on ne s'élevait que pour rabaisser les autres, ou se moquer de leur abaissement. Celui qui a de la bauteur jette un regard méprisant sur ses inférieurs; il les regarde de haut en bas et parait se complaire à leur faire sentir sa supériorité. L'arrogant, comme le mot l'indique, ad se rogare, est celui qui s'attribue spontanément la supériorité, ne pensant pas même qu'elle puisse loi être contestée , tant il est sûr de lui-même et de son droit, comme le lion delà fable qui s'adjuge la première part parce qu'il s'appelle lion. Il veut en outre que les autres reconnaissent hautement ce qui lui parait si évident, et de là sa prétention à leurs hommages. Il leur impose sa supériorité et jouit de leur humiliation ; c'est ce qui rend l'arrogance si vexatoire. Elle excite plus d'irritation que la hauteur; car celle-ci se renferme souvent dans le silence ou ne s'exprime que par le regard. L'autre est plus exigeante, plus tracassière; elle demande des actes de soumission ; il faut qu'on se découvre ou

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