‹ Philosophie moraleChapitre 119 sur 224 · PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. IV · texte numérisé non relu

PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. IV

qu'on plie le genou devant elle. La suffisance signifie que rindividu est lellement rempli de lui-même qu'il eroit n avoir besoin de personne ni de rien ; c'est un homme qui se suffit. De là un contentement de soi, plein de quiétude, un repos de complaisance dans la conviction de ses mérites, qui lui donne l'assurance de trancher sur toutes choses, sans la moindre hésitation, parce qu'il croit avoir en lui la mesure de ce qui est bien , vrai et beau. C'est pourquoi il n'a de confiance quen ses jugements et l'opinion des autres n'a point accès dans son esprit. La suffisance mène à la fatuité , qui en est le dernier degré ou la forme la plus extrême : car l'esprit, à force de s'exalter et de se complaire en lui, devient insensé, vide, fade et fou, fatuus : c'est Narcisse amoureux de son image et consumant sa vie à se contempler. Celui qui est infatué' de lui-même, ne vit aussi qu'en se regardant, se mirant et s'admirant ; et son plus grand soin est de paraître au-debors ce qu'il pense être audedans, un modèle et presqu'un idéal d'esprit, de goût, d'élégance et de bon ton; car, quoiqu'on puisse être fat de bien des manières , c est surtout aux avantages extérieurs que ce vice s'attache, et l'orgueil dans ce cas devient superficiel comme l'objet dont il se prévaut. Enfin la présomption est la conséquence de toutes les nuances de l'orgueil. Celui qui est plein de lui déborde, pour ainsi dire, par une surabondance d'actes ou de paroles. Il ne doute de rien ; aucune difficulté ne l'arrête, il ne se donne pas même la peine de les examiner, et d'ailleurs son aveuglement l'empêcherait de les reconnaître. Il estime sou pouvoir à l'égal de son vouloir ; il tente ce qui dépasse

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tes forces, parce qu'il s*estime au-delà de ce qu'il yaut^ et , dans le fait , il reste toujours au>*dessous de ee qa'il entreprend. L'expérience seule avec ses mÀH>mptes peut lui apprendre à en rabattre et le corriger, ou au moioa le mater. La présomption est le défaut ordinaire de la jeunesse.

L'orgueil prend encore d'autres nuances^ sui* vaut les qualités et les avantages qui le produisent^ Chez le sauvage, chez l'homme ignorant et grossier^ c'est surtout la force et l'adresse du corps qui l'ex-» citent ; chez les hommes civilisés et instruits^ ce sont l'esprit^ le talent^ la science^ et tout ce qui donne influence dans la société , la naissance, le rang, la richesse. L'orgueil peut inspirer à la volonté de l'énergie et du courage. Le plus souvent il rend l'homme insupportable à ses semblables, presque insociable : il le rend ridicule et quelquefois fou. Il exalte tout dans l'individu , jusqu'à son corps qui se dresse, s'étend, se gonfle, s'agrandit et s'élar*git le plus qu'il peut, comme pour occuper une plus grande place dans le monde. Le paon en est le symbole. L'orgueil est plus naturel à l'homme, et la femme est plus sujette à la vanité.

Tout homme s'estime naturellement au-delà de ce qu'il vaut ; car originellement il y a de Vorgueil en tous. Mais il est à remarquer qu'en général les{>etit8 esprits et

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