PARTIE PSTGHOLOaiQUE. — GHAP. IV
les Ignorants se font le plus d'illasion sons ce rapport, et aussi c'est des avantages extérieurs, des qualités purement naturelles, ou des talents futiles que les hommes ^eugouent le plus. L'orgueil s'accroît à proportion de l'ignoranœ ; et en effet il suffit de se connaître quelque peu, pour rabattre de la bonne opinion de soi-même et MDtir sa faiblesse. Qui est plus orgueilleux que le sauvage? A l'entendre personne ne l'égale par la force du corps, par l'agilité des membres , par la subtilité des sens y parles ruses de l'esprit. Écoutez les héros d'Homère, se défiant, s' insultant avant le combat, et surtout Èe vantant à l'envi. C'est l'esprit grossier d'une civilisation peu avancée ; c'est le caractère de la barbarie. Leurs bravades ne ressemblent- elles pas aux foriantenes des honunes d'armes du moyen-âge, qui n'estimaient rien à l'égal d'un coup d'épée, et méprisaient souverainement jusqu'à l'apparence de la science. Dans Itf derniers rangs de la société, dans la boue de notre civilisation se rencontre l'orgueil le plus cru, au point qu'on est quelquefois tenté de s'écrier :X)ù l'orgueil vat-il se nicher P La plus humble condition n'en préserve pas le cœur humain, tant il y est naturellement enclin, ie paysan , qui possède quelques arpents, en est souvent jim fier qu'un potentat ; et, dans la classe des serviteurs, que le besoin oblige de mettre leur personne et leur volonté à la disposition et sous la direction d'autrui, combien y en a-t-il qui sachent supporter un reproche on même accepter une leçon.
L'orgudl de l'artiste est ordinairement en raison inverse de son talrat et de l'importance de son art. Ceux
qui ont du génie sont en général les plos modestes^ ou les moins orgueilleux. Gomme ils sont en rapport avec ridéal, ils jugent mieux ce qui leur manque, et ils se voient à une grande distance de la perfection. Aon ne sont-ils jamais contents d'eux ni de leurs oravres; le sentiment de leur infériorité , en face de Fidéal, les rabaisse à leurs propres yeux. L'artiste sans talent ne comprend ni la nature, ni Fidéal, ni Tart. Mettant tout son travail dans une œuvre , il y met aussi son amour propre^ il Festime eu raison de la peine et des efforts qu'elle loi a coûtés. Il s' infatué de son ouvrage comme de luimême, et, n'ayant aucune idée du parfait , il ne conçoit pas qu'on puisse faire mieux que lui. U n'admet ni conseil, ni critique, parce qu'il se croit le meilleoF juge, et c'est une raison de plus pour qu'il ne sorte jamais de sa médiocrité. Les arts les plus futiles , ceux qui contribuent le moins à la formation de l'esprit et de Tàme, et dont le but est plutôt de plaire ou même d'amuser, que d'instruire ou de perfectionner, sont justement ceux qui exaltent davantage l'orgueil, et donnent lieu aux prétentions les plus exagérées et les plus burlesques. Les petits poètes, les musiciens, les chanteurs, les comédiens, les danseurs , les histrions et les baladins de toute espèce sont communément les hommes les plus convaincus de leur mérite , et ils s'indignent qu'on ose le mettre en doute. De là leur grande susceptibilité , et par suite leurs jalousies et leurs collisions.
L'orgueil chez les savants s'appelle pédanterie. Un pédant est un homme , plein de son savoir, et qui en fait montre à tout propos et hors de propos. Il faut bie»