PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. IV
peu de science pour remplir no esprit étroit, et celle qui tient le plus de place est la plus indigeste , la moins élaborée. La vraie science a peu de volume et ne surcharge pas. L'érudition tourne facilement à la pédanterie , parce qu'elle est plutôt un amas de connaissances , qu'une assimilation d'idées ou de pensées. C'est pourquoi elle a souvent plus de mots, d'images et de signes que de sens et d'idées, elle enfle l'esprit sans le nourrir. L'érodit pédant emploie volontiers de^ mots inconnus au vulgaire. Son discours est rempli d'expressions ampoulées et de termes techniques , dont chacun veut une explication , et il est enchanté qu'on la lui demande. Son esprit ne marche qu'avec pompe et ostentation; il s'admire en pariant , et se loue sans pudeur. Molière l'a parfaitement dessiné dans la comédie des femmes sch vantes.
Après les avantages de l'esprit et du corps , il y en a d^utres , moins inhérents à l'individu , moins personnels et qui excitent aussi l'orgueil, quoique, la plupart du temps , ils ne dépendent point de la volonté. Tel est le privilège delà naissance. Certes, il n'est au pouvoir de personne de naître de telle race , ou dans telle condition ; la transmission du sang et du nom par la génération n'emporte avec elle ni mérite , ni vertu , et cependant l'orgueil nobiliaire est un des plus communs , des plus tenaces, et peut être des plus utiles quand il est renfermé dans de justes bornes. Une naissance illustre ou même honorable est assurément un avantage social, puisqu'elle donne une position , des antécédents et de l'influence. Cet avantage ne vient pas de la convention ou
de r usage, mais a son fondement dans la nature. Il y a ea effet nne solidarité natorelle entre les parents et les enfants. G*est la même vie , le même sang , la même chair, et ainsi il doit exister entre eux une eommunauté d'honneur et de gloire , comme il y a communauté de fortoae et de biens : on hérite du nom de ses ancêtres aussi bifia que de leurs richesses, et pour un cœur généreux, un wm pur et glorieux est le plus précieux des héritages. Dans tous les siècles et chez tous les peuples , les desœndants ont été excités à bien faire par la mémoire des actions de leurs aïeux. Les traditions de famille et jusqu'aux images des ancêtres ont partout servi d'aiguillons an eounge et à la yertu. C'est une fierté bien placée, un noUe orgueil que de vouloir conserver et transmettre sans tache le nom recommandable qu'on a reçu. Il en résulte dans la société une propagation d'honneur et de vertn , qui est un des meilleurs gages de la perpétuité des familles et de la consolidation de FÉtat. Cet orgueil a fondé et maintenu partout le patriciat et F aristocratie, inévitables dans un état bien constitué, et qui doivent se justifier par de grands talents et de grands sacrifices. A Rome, le peuple continua de choisir les consuls parmi les patriciens , même quand il put les prendre dans ses rangs. La noblesse moderne, surtout en France, après l'abaissa ment de la féodalité, n'eut plus guère que le privil^ede verser son sang pour la défense du pays et de se ruiner an service du roi. Mais Forgueil nobiliaire tourne au vice quand il s'infatue de la noblesse du sang, au point de la mettre au-dessus de tout , et de croire qu'elle tient lieu de mérite et de vertu. Alors viennent les prétenti(ms exagé-
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rées de oe qu'on appelle la caste privilégiée. En général ee n'est point l'ancienne et bonne noblesse qui s'en targue le plus, mais la plus récente et la moins glorieuse, celle qui s'achète, la noblesse des parvenus. Il en est de même de l'orgueil du pouvoir et de la richesse , avantages encore plus extérieurs que celui de la naissance, qui est au moins dans le sang : car la puissance et la fortune s'acquièrent de mille manières , et souvent par des moyens peu honorables. La société actuelle, bouleversée, refondue , et sans cesse agitée par les révolutions , nous présente bien des exemples de la pédanterie du pouvoir et de l'infatuation de la richesse.
Considérée dans ses effets , cette passion est plus nuisible qu'utile , et elle doit être combattue plutôt qu'en-^ oouragée. Il y a cependant des cas où il est bon de l'exciter, pour secouer la paresse et vaincre l'inertie. On peut retirer d'excellents résultats de l'amour propre; faut il est vrai que tout est* relatif dans ce monde, où les poisons eux-mêmes peuvent servir de remèdes. L'orgueil uni k quelque force d'âme et à un certain talent peut parfois leur donner de l'élan; un grand désir de réussir fait redoubler d'efforts et anime le travail. La crainte de déchoir stimule vivement celui qui a une haute opinion de lui-même. L'orgueil peut faire braver la douleur, l'infortune et la mort. Le sauvage captif supporte les plus cruels tourments sans pousser un gémissement, sans sourciller ; il accable son vainqueur de ses injures ou de son silence, le défiant de lui arracher un signe de douleur, et triomphant de sa barbarie par une apparente impas* sibilité; la mort lui semble mille fois préférable à l'hu-
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mihaiion deranlson ennemi. Il y a certainement dam eet orgueil farouche une grande force morale ; rame, exaltée par Topinion qu'elle a de sa dignité, dominek corpfl , méprise la douleur, et se rit des supplices. Tel encorde Stoïcien antique. Chrétiens, nous blâmons Caton de s Ater la vie parce qu'il préfère la mort à la honte de la défaite , et cependant sa fierté nous inspire da respect. Mucius Scœvola brûle devant Porsenna la main quin*a pas su le frapper; c*est un orgueil tout romain, qui le rend supérieur à une douleur atroce. De nos jours, après tant de catastrophes, que de familles déchues, qne leur orgueil soutient et qui aiment mieux sulnr en silence la misère et ses suites , que de décoaYrir kor dénùmcnt et de s'abaisser à demander ! Ces nobles panrra ne craignent rien tant que de laisser paraître leur besoin; ils niottout leur honneur à cacher leurs nécessités qni 8 augmentent encore par ce qu'ils font pour les dissinuiler. Il y a de la dignité dans cet orgueil : mieux vaudrait siins doute une vertu chrétienne, qui, acceptant aviY ix'siguation rhumiliation extérieure, puiserait dans une imliouco plus humble une dignité moins factice et \\\\ wmraiio plus solide.
I os fuuesli's effets de l'orgueil sont évidents; ils retom- Ih ut sur lon:ueilleu\ comme sur tous ceux qui rapprochent. Il i^t Ia prvuuèr^ victime de sa folie, parce que, pieux de lu\-m<Hno et prviendint se suffire, il ne peut ;i>.uuw wi ^^ ivrtVvtKHUKT. Quut aux autres^ il leur est ux>o)^sMHAhle ; \\ siwxix^' en toutes dioses et à tout pro- \svt. 5^^s |VAu^kt^ $<Mr% ^k^ ^>ric>s. se^ actions infaillibles, ^^ d KnH)\ci^ mi\>o. ;«i nKi»sc< eu quoi que ce soit.