PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. IV
S'il est puissant, c*est une vexation de tous les instants, une véritable tyrannie ; sans pouvoir, sa faiblesse unie à son exaltation le rend ridicule ; il devient le jouet de ce qui l'entoure, et jouet d'autant plus misérable que la bonne opinion de lui-même et la foi en ses mérites l'empêchent de s'en apercevoir, et lui font prendre la moquerie pour de l'admiration.
A l'orgueil qui exalte l'homme en le remplissant de lui est opposée \ humilité ^ qui l'abaisse à ses yeux et le vide de lui-même : vertu toute chrétienne , fruit d'une grâce spéciale et d'une longue discipline. A un degré inférieur se trouve la modestie , qui consiste^ comme son nom Tindique, dans une modération ou tempérance de l'amour propre^ qui Tempéche de s'élever au-dessus des autres. La modestie a sa racine dans une certaine défiance de soi, qui peut venir du tempérament ou de l'éducation. Unie au talent et au mérite , elle rehausse l'homme et le fait aimer de ses semblables dont il ne choque point les prétentions. Poussée à l'excès, elle nuit à son développement, elle paralyse son activité, le rend timide, et, le concentrant dans son intérieur, elle lui donne quelquefois les apparences de la hauteur et du dédain.
Nous citons Tbu milité en passant, parce qu'un extrême appelle l'autre. C'est la morale proprement dite, et surtout 1. 19
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Il a horreur de se montrer aa grand jour; loin de chercher à paraître devant les autres, il est porté à s'enfoncer pour échapper aux r^ards : ce qui lui donne Tapparence de la modestie, quoiqu'il ait parfois on orgueil excessif, celui d'une âme forte qui se retire en elle pour jouir d'elle et se passer de ce qui l'entoure en se suffisant à elle-même. S'il y a peu de force morale et intellectuelle, le sentiment de la faiblesse dominera^ et il 7 aura une tendance à se mettre à l'écart, à s'effacer pour éviter les collisions, un grand amour de l'obscurité, de la tranquillité , et fort peu de souci de la réputation et de la gloire. Les maladies appelées sédatives produisent quelquefois les mêmes effets ; elles abattent l'orgueil en abattant le reste, principalement dans les affections chroniques du système digestif, qui appesantissent et obscurcissent la vie morale, en retardant la circulation des humoirë , en opprimant la vie physique. La modestie des femmes provient en grande partie de leur constitution. Elles sont naturellement portées à rester au-dedans, à se concentrer. Faibles de corps et soumises à l'autorité, elles s'habituent de bonne heure à se maintenir , à ne marcher qu'avec précaution, à modérer leurs manifestations , pour échapper aux refoulements et éviter les luttes. Il y a en elles une certaine réserve de pudeur, de modestie, de timidité, de prudence ou de tout cela ensemble, qui laisse soupçonner un mystère, une arrière-pensée, un sentiment caché qu'elles ne disent pas et même ne peuvent pas dire, n'en ayant le plus souvent pas la conscience ; car elles agissent plus par sentiment que par léflenon.
Le second motif de la modestie est rationnel et Tolontaire; c*est Thabitude de modérer l'amour profNre, acquise par des efforts répétés; c'est nne application de la tempérance. L'éducation doit discipliner Thomme sons ce rapport comme sous tous les autres, pour le rendre sociable et gouYcmable. Pour cela il n'y a rien au-dessus de l'éducation chrétienne. En [n*éparant les ftmes à l'humilité, elles les forme à la modestie, qui lui ressemble comme la politesse à la charité. Puis elle donne à l'homme la connaissance profonde de lui-même et de sa faiblesse, par comparaison avec Tidéal qu elle lui présente à imiter. Elle le rapproche toujours de Dieu pour lui faire mieux apercevoir et sentir la distance immense qui l'en sépare. Uàme en rapport a\ec 1 idéal par la foi ou par la contemplation s'estime peu de chose ; elle voit, eHe pressent bien au-delà de ce qu'elle est et de ce qu'dle a, et quand par un élan généreux ou une grâce spéciale -^le a pu s'élever jusqu'à la vision de l'infini , elle retombe confase sur elle-même , et voudrait s'abîmer dans l'admiration de son modèle et dans le sentiment de sa propre impuissance. Cette espèce de modestie, qui, est presque de rbumilité, n'appartient qu'aux hommes d'élite; elle est le plus souvent la compagne du vrai génie, qui sachant mieux que personne ce qui lui manque, est porté à estimer les autres plus que lui, et aime à se cacher quand la médiocrité se met en avant. Bien de plus aimable que la vertu, le talent qui se dérobent à la louange, d'abord, parce qu'en agissant ainsi ils tendent directement à leur fin véritable, sans se préoccuper de l'opinion des hommes ; puis, parce qu'en se dissimulant, en obscurcissant pour ainsi dire eux-mêmes