‹ Philosophie moraleChapitre 123 sur 224 · PARTIE P8YGHOLOGIQUB. — CHAP. IV · texte numérisé non relu

PARTIE P8YGHOLOGIQUB. — CHAP. IV

leur gloire, ils risquent moins d* éblouir et d'offenser les yeux faibles et mauvais par un éclat importun.

Cependant l'excès de la modestie , quand elle est un résultat du tempérament , peut avoir des suites fâcheuses. C'est une espèce d'infirmité , moitié morale et moitié physique, qui entrave le développement de l'homme en l'empéd^ant de se produire , en le portant à fuir la lumière et les occasions d'entrer en communication avec ses semblables. Cette timidité, souvent inopportune, le prive des stimulations nécessaires à la manifestation de ses facultés et au déploiement de sa vie% Elle contribuée le tenir dans un état d'abaissement et d'obscurité qui rapetisse son esprit, affaiblit son caractère et le réduit à la condition d'une existence étroite et vulgaire. Gomme elle contracte l'extérieur, refoule au-dedaus, ôte les moyens et jusqua l'envie de parler, celui qui souffre de cette infirmité et qui en est souvent honteux, a quelquefois l'air de Fe<;oncentrer par suffisance , et de dédaigner le commerce et la conversation des autres. Nouvel inconvénient de cette malboireuse timidité, qui paralyse l-homme et indisposer en outre ses semblables contre lui !.

Dés que l'homme a le sentiment de son existence et la conscience de son moi, il est porté naturellement à défendre sa vie et sa personne contre ce qui peut y porter atteinte^ et surtout contre les volontés semblables à la sienne. De là une tendance spontanée à

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rq)0ti8ier les aUaqoes et à reoFener les olKlades^ qui est la racine du courage. Le ooonge pari du cceur ou du foyer même de la ▼ie.U ctt instinctif ou réfléchi. Dans le premier cas, fl est coamimi à rhomme et aux animaux. Il dépend de la constitution organique ^ de ce qui rexcite, ei pent être stimulé et augmenté par des moyens physiq[nes; c'est une réaction aveugle contre ce qui nous menace. IjI) courage réfléchi est, au ccmtraire, uneréactioD ou i^ésislance voulue et combinée. Il sappeseU^? f/*r////<^) qui ne se laisse ni surprendre ni abattre imr lo danger, et le sangfroidon la présence d'esprit i qui rend capable de discerner an milieu du pi^ril los meilleurs moyens de défense ou d^attaque.

\a\ volontt^ , en se constituant y se met par le fait en oppoHitioii avoo los volontés qui Tentourent. Elle n'aime point h HC laisser influencer ni diriger, et elle se débat quand il faut se soumettre. C'est Tinstinct de la conservation appliqué à Texistence morale , laquelle une fois posée tend à se maintenir dans son intégrité, dans son individualité, et croit digne d'elle de ne se laisser entamer ni opprimer par personne. Quand une attaque quelconque nous menace, il s'opère en nous une double réaction par le corps et par Fàme , et nous sommes naturellement portés à repousser le danger par tous les moyens. Tout être vivant éprouve un mouvement analogue, avec cette différence que ceux qui se sentent forts réagissent positivement par la violence, et ceux qui

se sentent faiMes réagissent négativement par la fuite. Cette réaetion positive, partant du foyer même de Féxistence , et qui est comme une détente du cœur ou du ressort principal de la vie, est Vêlement naturel du courage : c*est le courage instinctif, qui dépend en grande partie de la constitution physique. C'est pourquoi ce courage est très- variable et dépend des circonstances. Une maladie, une indisposition, un simple malaise, le froid, le diaud, la faim, la soif, la fatigue , le besoin de sommeil, une mauyaise digestion, un peu trop d'aliments, et enfin toute influence pbysique peut l'affaiblir ou le paralyser. En outre ce courage, qui n'est pas de tous les moments, n*estpas non plus pour tous les dangers. Tel homme s'élance av^ audace au milieu d'une forêt de baïonnettes ou sur une batterie formidable, qui frissonnera dans les ténèbres, dans l'isolement, au milieu de la tempête, au bruit du tonnerre. C'est que dans le courage d'instinct l'homme ne se possède point, ne se dirige point. Il est emporté par une impulsion souvent plus forte que sa volonté^ surtout quand le sang a été enflammé et le système nerveux surexcité. C'est ainsi qu'on donne du courage au soldat en lui varsant du feu dans les veines avec des boissons spiritueuses, qui le poussent au danger et lui enlèvent par une exaltation factice la faculté de l'apprécier. Tel est encore jusqu'à un certain point l'effet de la musique; elle produit une espèce d'étourdissement, qui été la conscience de soi-même et transporte ; elle eicite une fièvre de bataille , qui se rit du péril et le recherche. Sans la musique , il serait bien difficile d'animer au combat des masses d'hommes et de soutenir leur élan. L'en-

thonsiasme de la guerre s'inspire de tous ces moyens, comme la sy bille des exhalaisons de son trépied. Joignes- 7 le bruit , la fumée, la poussière, les cris des blessés et des mourauts , le scintillement et le cliquetis des armes, et par-dessus tout la rue, Fodeur du sang , dont les sapeurs ont quelque chose d'enivrant, et tous conccyrez cette espèce de fureur qui pousse le soldat aa carnage, et lui fait braver la mort.

£e courage réfléchi ne dépend pas de ces causes inférieures, de cet échauffement du cœur par des excitations physiques et animales. Il est plus digne de ThomiiM^, parce que la volonté y a plus de part , et qu'il est tout inspiré par des motifs moraux, à savoir le sentiment'll de sa dignité , le soin de sa gloire ou de sa conservation// L'homme courageux par réflexion et parce qu'il veut Tètre , peut être naturellement timide , même lâche par tempérament , et dans ce cas il a beaucoup à faire poar surmonter sa disposition naturelle. Une àni9 forte est quelquefois unie à un corps faible , à une emstitution malingre ; trahie dans ses effcH'ts par Torganisme , elle parvient à y suppléer par l'énergie de la volonté. Le courage réfléchi est un des exemples les plus remarquables de la puissance de Tètre libre et de la force de l'esprit. Placé devant le danger, il le considère en face, par tous ses côtés et dans toutes les chances de salut ou de mort. Rester calme, froid, intrépide au milieu de eirconstanccs menaçantes qui troublent ordinairement les sens et exaltent T imagination, conserver sa présence d'esprit et la faculté de se résoudre dans la presse du péril , voilà ce qui le distingue, C est la qualité des âmes fortes, de tous

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