PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. IV
nouveau, le jeune courage est bouillant, impatient, téméraire. Le courage rassis , le yieux courage est calme, prudent et sait attendre. L'habitude émoussant les impressions, on s*émeut moins du danger quand on le rencontre tous las jours. Les vieux soldats de FEmpire, qui avaient sarvÀai à tant de batailles et vu la mort sous tant d*aspécts , conservaient leur sangfroid sous la grêle des boulets et des balles , et marchaient au combat comme à une fête» Cet avantage de Tbabitude est dun grand secours à ceux qui commandent. Ils risquent moins d'être troublés par le bruit, rembarras et le tumulte du moment. Leur imagination, accoutumée à ces excitations, ne s'exalte plus par la peur; ils conservent mieux la liberté du jugement et de la décision. Il arrive quelque chose de semblable dans les temps de terreur et de persécution. A forée de voir la mort , on s'habitue à sa présence ; elle ne parait plus si terrible ; on ne pense presque plus à l'éviter, et ce qui bouleverserait dans des temps ordinaires vous remue à peine à ces époques de sang et de mme. La sensibilité s'use, s'émousse par la répétilion des mêmes impressions, et d ailleurs l'existence parait si incertaine et si misérable, qu'on n'en a ni désir ni regret. Ainsi vécurent les chrétiens plusieurs siècles au milieu de la persécution païenne. Ainsi vivaient les honnêtes gens pendant la révolution française, livrés au despotisme le plus absurde et le plus cruel, celui de la multitude ignorante ou plutôt des misérables qui la mènent , ne craignant plus la mort toujours menaçante, et la cherchant même quelquefois pour échapper aux horreurs de la vie.
Il y a beaucoup de nuances dans le courage. L*homm« brave est celui qui se conduit bien dans le péril , qui sait le subir ou Faffronter. Brate Tient du mot allemand brav , qui Teat dire boti, qui agit bien , qui fait ce qu il doit. La bravoure convient au caradm derhomne. La valeur s'applique plus spécialement an ooorage militaire ; c est la vertu ou la f<mx sur le champ de batailk, ce qui donne du prix ou de l'estime an gaenrier, c'est r^ttribut de Thomme de guerre. La fermeii exprime surtout le courage civil, qui nous empèdie d'être ébranlé, de chanceler, d'être entraîné par la vue d'un danger on par une tentation, en sorte que nous réa^ssinu vivement contre lattaquc et l'obstade, ou que nous sopportons le choc et Tassant sans plier ni reculer. Vinirèpidiié est le maximum de la fermeté , inébranlable et calme. L'audace va au-devant du danger ; elle prend rinitiative, attaque, tente la fortune; elle est pins ou moins aventureuse, comme la jeunesse. C'est elle ordinairement qui ouvre la voie> essaie le passage et fravc la ronte. La témérité est la présomption dans le courage , le courage s'exposaut par bravade plus que par bravoure , compromettant sa vie et celle des autres, sans raison, sans prévision, sans diauces de succès, ou au moins sans les avoir liesées , souvent même malgré toutes les chances contraires. I^ bravoure, la valeur, la fermeté, l'intrépidité, sont des qualités louables: l'audace est bonne ou mauvaise selon le motif : la témérité, même heureuse, est toujours blâmable.