‹ Philosophie moraleChapitre 128 sur 224 · PARTIE PftYCHOLOGIQUB. — CHAP. lY · texte numérisé non relu

PARTIE PftYCHOLOGIQUB. — CHAP. lY

soutienuent point Taspect d*aa auditoire , se troublent à la première phrase > et, ne jouissant plus de leur présence d'esprit, ils s'embarrassent et ne retrouvent point ce qulls veulent dire. Ce n'est pas qu'ils soient incapables de penser , qaand le temps leur est donné et qu'ils sont maîtres d'eux-mêmes et de leurs mouvements. Il y en a même qui, écrivant d'une manière remarquable, ne peuvent point parler, opprimés qu'ils sont par l'appréhension du jugement d'autrui. Chaque homme a une faiblesse de ce genre , sous une forme ou sous une autre, et il ne serait pas sans intérêt de scruter ious ce point de vue la vie des hommes les plus remarquables. On les trouverait presque toujours timides on esclaves par quelque côté, et tel qui régit un empire et commande au monde, ne sait pas résister à une femme, à un enfant, à un valet.

La lâcheté, provenant en grande partie de la constitution physique , est augmentée par toutes les influences débilitantes et morbides , le froid, le chaud, la faim, la soif, la maladie , la privation et les inconvénients de la vie matérielle. Le froid modéré donne du ressort à la fibre et anime le courage ; excessif , il rend la fibre rigide , ralentit le inouvement du sang et dea humeurs, engourdit l'homme, et, lui enlevant la chaleur et la force, il lui été l'envie et le pouvoir de réagir. La chaleur immodérée abat les forces, dilate outre m^ure les tissus, provoque des transpirations et épuise l'ii^tividu, qui n'est plus capable d'entreprendre , ayant à peine la force de se portar lui-même. Ce n'est pas dans les pays très-chauds qu'on trouve le plus de courage; là on aime mieux se débar-

rasser d*uii euuemi par la ruse que par la force. La faim poussée à F excès démoralise F homme; elle le rend à la fois cruel et lâche. La soif est débilitante; elle ôte le nerf et la consistance. Il en est de même de la plupart des maladies. Aussitôt que nous en sentons Finvasion , une inquiétude vague nous saisit ; nous n^avons plus de cœur à rien^ et nous n'aspirons qu'à nous tenir coi et dans le repos, jusqu'à ce que Fordre se rétablisse et que la vigueur nous revienne. Il y a cependant des maladies qui exaltent le courage et font braver les plus grands dangers, mais alors Fesprit participe à Finflammation du corps ^ il y a fièvre chaude , transport au cerveau, dAire, par conséquent ignorance du péril, et en outre une surexcitation extraordinaire du sang ou des nerfs, qui donne à nos mouvements et à nos actions quelque chose de convulsif .

La lâcheté instinctive est un défaut; la lâcheté réfléchie est un vice. Le lâche par système est celui qui dans toute sa conduite est dominé par Famour de sa conservation et par la crainte de la douleur et de la peine ^ si légères qu'elles soient. Il a horreur de tout ce qui peut lui causer du dommage ou même du désagrément. 11 évite jusqu'à Fapparence du danger, il s'abaissera à toutes les condescendances , aux choses 'les plus humbles ou les plus ignobles, pour s'épargner de la souffrance. On nomme la lâcheté poltronnerie quand il s'agit de périls extérieurs qui menacent le corps; ptist/tanimtVé, dans les affaires de Fesprit et de Fàme, dans les choses morales. Il y a dans la société des hommes qui par système n'ont ii'avis sur rien, et qui ne craignent rien tant que d'avoir

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à se prononcer. Ils sont de Favis de tout le monde, pour ne se commettre avec personne , et ils tremblent d'avoir une opinion, parce qu il faudrait la soutenir. Dans les affaires ils n*ont jamais le courage de prendre une ré* solution; ils louvoient entre les partis, tâchant de garder le milieu, ne tenant pas devant les oppositions et cherchant à les accommoder. Auprès de ces hommes, le plus fort a toujours raison ; ils sont ordinairement de Tavis de celui qui parle le dernier. Ils craignent pardessus tout de s'engager, de manière à n'être plus maîtres de leurs mouvements ni de leur avenir. On voit de nos jours une multitude de lâches de cette espèce. Bien ne rétrécit plus le cœur et Fesprit ; Tàme en est rapetissée, diminuée, et c'est ce qu'indique Texpression depusilla* nime, pmilla anima.

La lâcheté dégrade l'homme , parce qu'elle est contraire à sa nature et à sa dignité. La force et le mouvement sont les caractères de la virilité. C'est dans l'homme surtout que la vie doit avoir du ressort et de l'énergie, et rien nexcite plus la pitié ou le mépris qu'un homme faible ou efféminé. Il convient à l'homme de ne pas craindre le danger, de lui tenir tète et quelquefois de le braver. L'audace ne lui messied pas. La résolution et le courage lui sont nécessaires pour remplir ses fonctions naturelles et sociales. Gomme chef de la famille, il doit couvrir de sa protection ceux qui dépendent de lui; dans la société, il a en main la puissance extérieure, il est chargé de gouverner; et dans la lutte des intérêts et des opinions , il doit maintenir son droit. Il a son existence morale à défendre au milieii de ses semblables ; car la loi

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tMkd ne i^ut le protéga* coniplèteiiieBtfiQiiioonppert. A chaque iustent il loi faut soutenir «es convietioiui , tes affections, sa dignité; et c'est par le courage p^nsonnei, et par la manifestation bien ménagée de sa force , qo'il se fait respecter de ceux qui Fentourent. Sinon^ il est Inentit déconsidéré, opprimé, foulé aux pieds.

La timidité ne dégrade point la femme ; elle la rend au contraire plus intéressante. La femme trouve son appui dans rhomme. D'une manière ou de l'antre , il la soutient et la protège , il est fort pour die et elle devient forte en s'unissant à lui, à moins qu'elle ne s'attache à celui qui est plus fortque l'homme. Ce n'est pas qu'il ne puisse y avoir des femmes fortes par la volonté , par l'intdligence, et même par le corps; mais ce so&t des exceptions, des espèces d'anomalie. La vraie force morale de la femme est la patience. La force physique et la force intellectoelle ne vont pas à sa nature, et quand elle les possède, c'est ordinairement plus à son détriment qu'à son avantage ; elle ne gagne point à avoir les qualités de l'autre sexe.

La peur a des effets remarquables sur le physique et sur le moral. Quant au physique, elle est en général débilitante. Elle brise les articulations, appesantit les membres, ralentit la circulation du sang et le fait refluer au cœur; d'où la pâleur. Elle diminue la chaleur animale et donne froid par tout le corps. Elle dérange toutes les fonctions, surtout la digestion, elle relâche le système intestinal , les voies urinaires , tous les organes excréteurs ; elle paralyse en partie les nerfs et les muscles, soit en les relâchant avec excès, soit en les contractant outre

FARTiF PSYCaOLO^QUC. — GHAP. IV. 3U

œeftore ; die bérisae les chevevx et peut mftiM leg blanebîr ea quelques oânates. La plupart du temps, elle abat les forces et ôte la possibilité de ia réaction. Dans qudqo€B cas cependant, elle surexcite et donne une vive impulsion pour fuir le danger; pidtbu$ iimor addUil dos. Les animaux timides sont les plus rapides à la course.

La peur trouble les Acuités de Fesprit. Les sens en sont obscurcis , et même oblitérés ; Fesprit n'est plus présent à leurs fonctions; il n'agit point dans leurs mouvements, ne sent point dans leurs impressions, et, quoiqu'il y ait sensation dans l'organe, la perception ne s'en suit pas. Dans ces cas ou a des yeux pour ne point voir et des oreilles pour ne pas entendre. Celui qui est saisi par la peur ne peut plus juger des choses qui l'entourent sur le rapport des sens. Il voit et entend ce qu'il imagine, et son imagination frappée lui présente des chimères , des fantômes, surtout dans l'obscurité oadans un danger subit. Alors la raison n'est plus maîtresse d^^le-méme ; dominé par l'émotion, l'esprit n'a plus la force de réfléchir, c*est-^à-dire de revenir sur Im-mème pour considérer en lui ce qu'il faut faire ou ne pas faire ; puis la volonté , qui se décide ordinairement par la réflexion, ne sait plus que résoudre. Elle flotte entre plusieurs influences , qu'elle n'est plus en état d'apprécier, se donnant tantôt à l'une, tantôt à l'autre, suivant l'impression du moment et sans vue n^te de ee qui convient. Elle s'agite beaucoup sans arrivera rien, s'épuise dans ses incertitudes, ou bien, s' abandonnant tout-à-fait, elle perd avec le courage la présence d'esprit eft le gouveniement d'eUe-méme : c'est le cas du découragement et é« déses-

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poir. En général, il faut bien se garder de praidre une résolotion sous le coup de la peur. Il est presque certain que le parti pris dans ce cas sera cdui de la faiblesse ou du déshonneur, tant Tinstinct naturel de la conserration y domine. Il est heureux d'avoir encore assez d'empire sur soi-même pour s' empêcher de parler, au moins d'agir, jusqu'à ce que l'émotion soit passée et la liberté d'esprit rereDue. La peur, comme la colère, est une mauvaise conseillère.

L^ frayeur a quelque chose de contagieux. Il n'est pas bon d'être au milieu des lâches en un jour de combat. Il y a dans leur atmosphère je ne sais quoi d'amollissant, d'énervant, qui détend le ressort; conmie autour des hommes de cœur, il y a un air vivifiant, qui ranime, excite, et pousse à l'enthousiasme. Les hommes en troupe ont une tendance singulière à se mettre à l'unisson. Dans toute assemblée humaine , il se forme un esprit général qui domine et meut la masse, mens agitât molem; et cet esprit n'est pas seulement la somme, la collection des esprits individuels, c'est quelque chose de un et de vivant, qui s'infuse pour ainsi dire dans tous les membres de ce corps et les remue par intervalles comme un même organisme, comme une seule personne. Ainsi la multitude peut être entraînée à l'héroïsme ou au crime, à la victoire ou à la fuite. Quand la peur la saisit, c'est ce qu'on appelle une panique. Tous semblent frappés en un moment d'aveuglement et de vertige ; chacun ne songe plus qu'à sa conservation, et l'instinct animal est seul écouté. Troublés par la peur, il se jettent d'eux-mêmes dans le danger en voulant le fuir, et se perdent en cherchant à se sauver.

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