PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. II
semence de réteroité , qui va se reproduire jusque dans Uinfini. Cette \ie du discours, les rhéteurs l'appellent , figurément à leur sens, le mouvement oratoire, le mou-tement du style. C'est par là , disent-ils , qu'on touche , remue , change les auditeurs. Cela est vrai, mais pour mouvoir les autres il faut être ému , mu soi-même , et c'est ce qui n arrive pas à volonté. Cette faculté de recevoir et de communiquer le mouvement spirituel est une des qualités les plus précieuses de celui qui enseigne ; car c'est seulement en exdtant , en remuant l'esprit et l'àme de l'auditeur qu'on le fait entrer en mouvement à son tour, et réagir vers ce qui lui est dit. La pensée du maître éveille celle du disciple , c'est pourquoi l'enseignement improvisé a une si grande puissance. L'esprit de celui qui parle de cette manière est vivement excité; il produit sa pensée au moment même , il la pose instantanément au dehors encore brûlante et avec une expression tout-à-fait opportune et adaptée justement à la circonstance et aux hommes qu il instruit. Il y a dans cette communication quelque chose de vif , d'incisif et de chaud qui pénètre les esprits, les féconde, souvent à leur insu et presque sans que leur volonté s'en mêle. Au contraire, un discours lu ou récité a quelque chose de froid, de languissant, parce que le mouvement générateur de la pensée n'y est plus. Le produit est posé , mais non plus au moment même où il se forme. L'esprit du maître n'a plus la même action sur celui de l'élève ; il y a entre eux^ si l'on peut parler ainsi, la crystallisation d'une parole écrite. Il faut à celui qui écoute un plus grand effort d'attention et de pensée pour comprendre, et c'est ce
dont il est le plus «ouvent incapable en face d'une lecture rapide, qui le laisse froid ou ne le stimule point suffisamment.
L'activité intellectuelle à son tour a sa raison dernière ou son principe dans Factivité morale. L'homme n'est porté à exercer sa pensée que pour avoir ce qu'il aime, obtenir ce qu'il désire , ou éviter ce qu'il craint , fuir ce qui lui déplaît ou le menace , en un mot réaliser ce qu'il veut. Nous ne pensons point uniquement pour penser j car la pensée est un travail , une fatigue , et il nous faut toujours plus ou moins d'effort pour nous y appliquer. Il y a un motif et un but à l'activité de l'esprit, et la volonté détennine l'un et l'autre. L'esprit ne se met en mouvement que par l'impulsion de la volonté ; dans toute opération de la pensée, il y a au fond un acte volontaire, l/activité morale, intimement unie à l'activité intellectuelle, en reste ce[)endant distincte. Les caractères csscdtiels de cette activité sont le désir et l'aversion , l'amour et la haine , le oui et le non, en raison des objets qui agis- Hi*nt sur l'Ame; ses formes sont tous les modes sous lesquels la volonté peut se produire, les désirs, les pasnions , les volitions et leurs nuances. C'est ce que les rli<'*t4'urM ont appelé les passions, relativement au style. Il faut les éprouver jusqu'à un certain point pour les 4*xi*it(*r dans les autres. Le mouvement interne part de l'Ame , ou de la volonté émue par un objet ; il se cornniuni(|U(* ii Ti^Hprit , par l'esprit à la parole , laquelle, 0|{iH)>ant par hii forme et au moven des sens sur l'esprit tle rauditeur , va par son esprit jusqu'à son àme , où elle >riKluit une impression analogue à celle qui a servi de