PARTIE PSYCHOLOGIQUE. -* CHAP. IV
: bile, staguaot. La première eondition de l'émulatioa sociale esl l'égalité des citoyens devant la loi. Il n'y a de concurrence possible qu'entre égaux. Partout où les rangs sont tellement fixés qu'on ne peut passer de l'un à l'autre, l'émulation est ôtée avec la possibilité du mouvement, et il arrive aux esprits ce qui a lieu pour la propriété de main-morte : le travail et la production sont entravés, diminués. Là au contraire où toutes les posi* ticms sont accessibles à tous, elles s'offrent sans cesst eomme prix au désir et à l'activité de chacun, et de là on concours qui excite vivement les ambitions et enfante des prodiges. Avec ces prodiges, il est vrai, naissent de graves inconvénients; car l'émulation, devenu le principe domi-» nant de la conduite , exalte singulièrement les hommes, les remplissant d'oi^eil s'ils réussissent, de jalousie et d'envie s'ils restent en arrière. Le défaut de succès ne di^ minue pas l'ambition une fois excitée, et quand elle ne peut plus se satisfaire par la gloire, par la supériorité qui lui échappent ^ ^cUe s'assouvit et se console par le dénigrement et la calomnie. L'état social devient une arène où tous courent pour saisir les prix que peu obtiennent , en sorte qu'il y a quelques heureux et beaucoup de mécontents. G* est une guerre à mort entre les amours propres, et une agitation continuelle pour s'élever : e'jest une fournaise où les ambitions s'enflamment les ânes par les autres et finissent par se dévorer. Et si cette exaltation commence à la plus tendre enfance , si l'on est habitué dès le berceau à n'estimer les choses que par la gloire qu'elles donnent , et à ne vouloir du bien et de la vérité que .leur éclat , si la pensée la plus chère a
3é4 PHILOSOPHIE tfORAU.
éU cdk d'une fiouroane et le «entiment le plus \if la jouttsance du triomirfie et de^ applaudifisements , cobiflBieiit voulez^vous qu*à ua âge {dus avancé y où rambitiouB'acoroit, bous ne soyons pas endiantée, engoués de loaaBgfiB, de grandeurs , et comme enivnéB de gloire et de nousrinâmes. La société deyie&t impuissante à satiifaire les ambitions qu*elle éveille; elle ne saf&t plus am liommes tels qu*elle les fait ; elle est déroi^ par set propres eïifants* fiomment s'étonner après cela d'y venr contrer si peu de désintérefisement, de ebaïUté, «et mêai de justice? On se plaint qu'il n y a plus qu'égfiiism» dans les affaires publiques , et que iceux qui s'en mUmit son* gent plus à eux qu'au pays* En peut-il être autrement chez des hommes habitués dès Tenfance à tout estimer par le profit et la gloire? On leur a sans cesse crié « Sois » le premier ! » ils ont tâché de l'être sur les bancs da collège; ils cherchent maintenant à le devenir dans l'État ; c'est toujours le même principe et la même fin. Dans un tel état de choses que peut T influence chrétienne ? comment prendrait-elle en des âmes toutes préoccupées d'elles-mêmes, et qui ne pensent qu'au sucfi^ès ? Comment le précepte de l'humiUté sera-t-il compris et pratiqué par des enfants , que parents , maîtres et amis poussent sans cesse à la première place, et qqi attendent leur récompense et leurs joies de leurs ei^orts pour l'obtenir ? L'Évangile leur défend de s'exalter ; l'émidation leur en fait un honneur, presqu' un devoir ! dinlvadietion de ions les jours, qui est un grand mal ■ilifiH publique. Alors les paroles du Christ
W tout au plus les conseils im-
PART1£ PSTCHOLOGIQUË. — GHAP. iV. SÏd
praticables d'une perfection imaginaire, qui nest pas de ce inonde.
L'envie est une conséquence ordinaire de Témulatiou malheureuse. Le succès gonfle , exalte ; la défaite attriste et rend jaloux , et comme il arrive dans les affections malveillantes, on est porté à vouloir du mal à celui qu on accuse de sa peine. Un rival vaincu rabaisse volontiers celui qui le surpasse, il se console par le dénigrement, du mérite qu'il jalouse. Il ne se borne pas aux paroles; il fait ce quil peut pour entraver son compétiteur, même quand il n'espère plus le succès pour lui ; il en retire une joie maligne, qui le venge de la supériorité d'autrui. Le mérite éminent excite toujours Tenvie; c'est pouï*quoi il rencontre tant d'obstacles, d'ennemis et de persécutions , ce qui a aussi son avantage ; car d'abord les contradictions l'éprouvent et le mûrissent, et puis elles modèrent l'exaltation si naturelle à la force et rabattent l'orgueil. L'homme sous tous les rapports ne vaut que par la souffrance; il ne devient bon que par une espèce de martyre qui manifeste ce qu'il est et ce qu'il croit , et r envie s'est chargée dans tous les temps de martyriser le talent et le génie. Du reste elle est aussi son propre bournaa; elle se torture elle-même par la pensée du succès 4m antres et de son impuissance ; toute gloire la blesse , tout édat l'offusque; elle se consume dans les tentatives 4'ime ambition toujours trompée, et ses efforts incessants n'aboutiflsent, comme ceux de Tantale au milieu des AliUL, qa'à saisir le vide.
346 PHILOSOPHIE mobàli.
U amour de soi y inné au cœur de rhooinie^ est tempéré, contrebalancé par V amour des autres ^ qui a aussi une racine naturelle dans notre âme. En effets tous les hommes sortant de la même source, appartenant au même genre, possédant une nature, une constitution et une organisation semblables, ayant une communauté d'existence, de loi et de fin au milieu de la diversité de leurs intérêts privés , unis par conséquent par une solidarité foncière dont ils ont plus ou moins le sentiment, il y a entre eux une sympathie naturelle qui est le fond de tous les sentiments d'humanité. Homo sum, et humaninihil a me alienum puto^
Nous passons à l'examen d'une nouvelle espèce de motifs d'action , qui diffèrent des précédents par leur principe et leur tendance. Ceux que nous venons d'exposer sortent du moi , se développent à mesure que le moi ae • quiert la conscience de lui-même, et reviennent au moi comme à leur fin dernière. Ceux que nous allons considérer partent aussi de l'âme humaine , comme tout ce qui est en nous, non de Fâme se repliant sur elle pour se ré*fléchir et s'aimer, mais de Fàme sentant ce qui affecte son semblable et sortant d'elle pour s'intéresser et s'unir à d'autres êtres. L'amour de soi et l'amour des autres, ViHopathie et h sympathie sont deux faits fondamentaux de