PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. IV
la communicatloQ des âmes, parce qu'il y a plus de vie en elles , et qu'elles peuvent S3 pénétrer plus intime* ment. Aussi les jouissances du corps n*ont rien de comparable. Le plaisir éprouvé dans ce cas provient surtout de Teitension donnée à notre être, uni à d'autres êtres dont la vie se confond avec la nôtre ; et ainsi tend à se satisfaire le besoin radical de l'âme, de vivre le plus qu'il lui est possible, et pour cela de mnltiplièr ses rapports, afin de recevoir plus abondamment et de se répandre davantage.
Ponr que l'émotion agréable de la sympathie ait lieu, il n'est pas nécessaire que l'objet soit présent et agisse actuellement snr les sens. Le souvenir d'une personne aimée donne aussi de la jouissance , souvent plus que sa présence, parce que la personne s'idéalise dans l'imagination et s'offre à notre affection comme les héros de théâtre à notre admiration, avec prestige de la perspective. Ainsi nos souvenirs ont quelquefois plus de charmes que la réalité. Il y a même des cas où la réminiscence de la personne aimée vient après coup. Le cœur est subitement touché, sans qu'il sache d'abord à quoi rapporter cette émotion ; puis apparaît devant l'esprit une vague image qui nous fait pensera telle personne. D'autres fois l'angoisse nous saisit, et excite en nous un triste pressentiment , et plus tard seulement se dégage le souvenir d'un ami , vers lequel se portent nos appréhensions et l'inquiétude de notre affection. Dans ces circonstances, il y a certainement une action préalable de là personne sur notre âme, non plus physiquement et par la' voie des sensations ordinaires , mais par une communi-^
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cation mystérieuse oa métaphysique. Cette oommonicttioii est d avtant plus facile et plus yive, que les âmes soQt plus pures et plus similaires, et elle devient plus in* tense à mesure que Tàme se dégage du corps el de s^ liens par la mortification spirituelle, par l'approche de la mort naturelle, ou par certains états maladifs qui y préparent.
L*émotion douce de la sympathie lui est tellement inhérente, qu'elle se retrouve dans le partage des grandes peines, et au milieu de la tristesse causée par la douleur d'un ami. C'est la récompense de celui qui sait plenrer avec ceux qui pleurent, et qui correspond à toutes les souffrances. La charité chrétienne a besoin de se mêler aux infortunes ; elle recherche les malheureux , comme Tesprit du monde cherche les heureux. La pitié a ses joies , joies tellement douces que tous les hommes aiment les récits ou les représentations des souffrances réelles ou imaginaires, et goûtent avec avidité les émotions qu'elles excitent. C'est aussi par les sympathies douloureuses que les hommes s'unissent le plus profondément. Le malheur détruit les illusions ; on se montre à nu quand on souffre, et il est certain qu'on ne se connaît, et surtout qu'on ne s'aime bien, qu'après avoir souffert ensemble. L'infortune est répreuve de l'amitié.
Toute impression reçue est une semence d'activité, une cause de réaction; d'où la tendance à agir yers ou contre l'objet, suivant sa convenance ou sa disconvenance avec notre existence. Dès que nous entrons en sympathie avec une personne , nous inclinons tcw elle ^ et nous sommes portés à l'aimer. L'amour est au
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fond de toutes les affections. La fin de Tamour est de s*unir àTobjet^ de devenir un avec lui, s'il est possi-^ ble. Aussi le propre des affections est de rechercher l'union avec les personnes qui les excitent , de se plaire dans leur société , de vivre de leur commerce , de s'at* tacher à elles de toutes les manières, parce qu'en effet là où la sympathie existe , la communication entre les âmes est ouverte ; elles peuvent se pénétrer plus pleinement, et plonger pour ainsi dire l'une dans l'autre. Le complément de la vie est dans l'amour; il rapproche les êtres et les parfait les uns par les autres, au moyen d'une affection réciproque, et tous par l'amour infini qui les unit indissolublement dans l'esprit de Dieu ; et il en est ainsi dans les créatures, parce qu'il en est ainsi en Dieu, la vie divine étant un conmierce éternel d'amour.
Enfin la sympathie produit le désir du bien-être de la personne aimée , désir qui nous porte à y contribuer se* Ion notre pouvoir, et quand la sympathie est à son plus haut degré , celui que nous aimons nous est aussi cher que nous-méme. Nous ressentons ses joies et ses peines comme les nôtres, et notre existence est tellement harmonisée avec la sienne que son désir devient notre désir, et ce nous est un besoin de cœur de faire ce qui lui est agréable. C'est l'épreuve des affections vraies, On n'aime bien qu'à ses dépens, c'est-à-dire en donnant quelque chose de soi , ou soi-même tout entier. Plus l'af^ fection est pure , plus elle est désintéressée.
Tels sont les éléments essentiels de la sympathie morale : nous les retrouverons dans toutes les affections sympathiques particulières que nous allons considérer^
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La pHié ou la compassion excitée par la vue ou le récit de la peine des autres est la plus i asti active des afFections bienveillantes. Elle a une partie physique et une partie morale. La première dépend de Torganisation et principalement des nerfs, du tempérament et de la disposition actuelle du corps. L'âge la modifie, Thabitude Témousse, l'expérience la calme. Il y a dans la seconde deux éléments principaux : 1° le sentiment naturel de l'équité, qui est choqué de voir souffrir les autres, quand nous ne souffrons pas nous-méme; aussi notre pitié est d'autant plus vive que la souffrance nous paraît moins méritée ; 2"^ un retour sur soimême, par lequel on se met à la place du patient; c'est pourquoi on sympathise mieux avec les douleurs qu'on a éprouvées. Le but de la pitié est de soulager celui qui souffre. La pitié factice s'arrête à l'émotion agréable que donne l'appitoiement, et ne va pas au but. Celle qui fait grâce au coupable, ou se relâche de la stricte justice, s'appelle miséricorde. Elle se nomme clémence quand, pouvant venger une injure, elle la pardonne. Le manque de pitié est dureté de cœur, insensibilité.
Le mot compassion a étjmologiqucment le même sens que celui de sympathie, et néanmoins dans T usage il ex-