PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. IV
prime la sympathie particulière que nous inspire la souffrance d'autrui. Quoique le physique ait une grande part dans la pitié, elle implique un élément moral; c'est pourquoi elle est propre à Thomme , et il ne commence à la ressentir que quand il a la conscience de l'hnmanité en lui-même et dans les autres. Les êtres sans réflexion sont aussi sans pitié. L*enfant, bien que très- impressionnable, a peu de pitié parce qu'il n'a point d'expérience , et que, ne se connaissant point, il ne peut comprendre ni sentir la peine des autres , surtout les peines morales , qui ne sont point de son âge.
L'élément physique de la pitié s'explique par la coinmunauté de genre , de nature , d'organisation ; si un organe soaffre dans le corps, tous les autres s'en ressentent, en raison de leur position et de leurs rapports. Il en ya de même dans tout ensemble , dans toute association , où il y a de l'union et de la solidarité , à plus forte raison s'il y a de la. vie. Un homme ne peut voir sans trouble les souffrances d'un autre homme, à moins que l'humanité ne soit étouffée en lui. L'aspect du sang , des blessures, des maux de notre semblable, nous fait éprouver quelque chose d'analogue à ce qu'il souffre. Cette sympathie naturelle est une des causes du penchant à l'imitation , et on peut lui rapporter en grande partie la contagion de certaines maladies nerveuses, comme on le remarque dans les salles d'épileptiques ou de convulsionnaires,sur' tout parmi les femmes. La fibre organique ressemble aux cordes d'un instrument; quand l'une est ébranlée, les autres vibrent. La sensibilité dépend du système nerveux çt de tout ce qui le modifie. Le tempérament, la com-
plexion, le seie, la disposition da moment inflaeut notablement sur la compassion. Le tempérament sanguin est le plus facile à toucher, mais aussi le moins apte à garder T impression» à cause de lasncoessioo rapide des émotions. Le tempérament pblegmatiqne s*appitoye difficilement par défaut de sensibilité : Thomme de ce tempérameut ne s émeut pas beaucoup plus pour lai que pour les autres. Le tempérament mélancolique est susceptible d'une compassion très- vive, quand on parvient à triompher de sa concentration. La pitié des personnes mélancoliques se manifeste ordinairement par dès mouvemeots brusques, par des échappées de sensibilité et des boutades de bienfaisance. Le tempérament bilieux est très-irritable, très-nerveux , et sous ce rapport il serait favorable à h pitié; mais d'un autre côté, il porte tellement au commandement et à l'action , que la sensibilité est dominée par lactivité; les hommes de ce tempérament sont trop occupés à penser, à vouloir, à agir, pour entrer dans l'existence des autres et sympathiser avec leurs jouissances ou leurs peines. En outre chacun est très-différent de luimême suivant la disposition du moment, et cette disposition est le résultat de mille causes diverses , internes et externes, physiques et morales, dont les influences se compliquent à chaque instant. C'est pourquoi il faut savoir choisir le temps propice, quand on veut exciter la compassion d'une personne et en obtenir une marque d'intérêt ou un soulagement. Le même individu sera tout autre avant ou après le repas, le matin ou le soir, à son lever ou dans le courant du jour, l'hiver ou Tété, par un temps sec ou humide et selon le vent qui