‹ Philosophie moraleChapitre 157 sur 224 · PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. IV · texte numérisé non relu

PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. IV

naturelle. Elle peut avoir une base morale, et alors elle s'établit lentement, par un long commerce, par des épreuves répétées et après des luttes pénibles. On peut parvenir à aimer tendrement une personne qui nous inspirait dabord de l'éloignement, et dont la nature répugne à la nôtre. Ces attractions et ces répulsions simultanées s'expliquent par la complication de nos deux natures, dont le péché a troublé le rapport primitif, en sorte que rbomme est toujours plus ou moins divisé en lui-même , en guerre avec lui et ce qui Fentoure. Ainsi deux personnes peuvent se convenir par Fâme et ne point se convenir par le corps. De là un premier cboc à essuyer quand eUes se rencontreront, un premier repoussement à subir, et par conséquent des répugnances à vaincre. Cependant les âmes se sentent à travers les oppositions de Teur veloppe , et si une médiation bienveillante les aide à se rapprocher et qu'une heureuse circonstance les oblige à vivre ensemble et à se mieux connaître , elles finiront par se pénétrer, par s'aimer et par s'unir. Ainsi se fondera une amitié soUde , cimentée par une estime réciproque et qui ressemblera beaucoup à de la vertu , puisqu'elle aura coûté des sacrifices. Ces graves affections ne se forment que par un motif et un secours supérieurs. Le sentiment du devoir , la reconnaissance , la vénération et par-dessus tout la foi reUgieuseen sont les principaux moyens.

Quelle que soit la manière dont l'amitié se produise, elle vit et s'accroît par la confiance. Bien de plus doux an cœur que de se confier, se versant dans un autre , lui communiquant ce qu'on sent, ce qu'on désire , ce qu'on aime. C'est un commencement de la vie du ciel, où

390 I^HILOSOFHIE MOBALX.

Umi doiTent être unis par Fainoor , ci n^9[fmt qm'im esprit et qu'une âme, par Irar rappcnrl airec Wea el en Dieu 9 leur principe : Cest l'état parfait et le bofilieiir infini auquel TÉvangile nous appelle par le commaBdement nouveau : « Aimez-yous les uns les antres. » Dam la véritable amitié la confiance est sans bornes; cm vit deux en un, on ne se cache rien, et on ne le pourrait quand on le voudrait, tant on est habitué à se mettre i jour, à s'exposer F un devant l'autre. La moindre rétieaioe refoule le cœur, le resserre, et l'on s'en aperçoit bientôt ù la contrainte mal dissimulée, à la gêne extérkore, i cette espèce de froid produit par la concentration de la vie. Et cette confiance, source de joie, est aussi une source de force. Quelle ressource que de s'appuyer sur un autre dont on est sûr, qui ne vous manquera ni dans la bonne, ui dans la mauvaise fortune ! Quel soutien dans l'épreuve! quel maintien dans Tcxaltation du succès ! quel remède contre la lièvre de l'orgueil, contre toutes les passions humaines! Kn se découvrant à son ami, on se révèle à soimOine, et si cest un ami vrai, nous voyons aussitôt sur son visage, comme dans un miroir, le reflet de notre état, rimpression de nos affections, la contre-épreuve de nos sentiments, et sa voix douce et sévère à la fois dissipe les funuH's do 1 imagination et les illusions de l'amour propre. Do Tossence de Tamitié dérive sa perfection. Elle n existe que {)ar 1 union intime des âmes ou la commuuauté do vie; donc elle n est complète que si on aime sou ami ci>nimo soi-mt^me, et plus que soi : comme soi-nu^mo, rostimaut à Tégul de soi et faisant pour lui w que mms voudrii^ns qu'il fit pour nous , c est la justice

dans Tamitié , c est le droit commun des amis : plus que soi, cardans toute communauté le bien général doit passer avant le bien privé, et ainsi Ton doit préférer le bien des autres au sien. Du reste, dans l'amitié comme dans toute affection supérieure, se montre la loi de r amour divin, qui donne sans retour, à tous et autant que chacun veut ou peut recevoir. Il n'y a point d'amitié sans dévouement , par conséquent sans désintéressement , sans renoncement. Elle n'est donc possible qu'entre les âmes honnêtes , qui veulent la justice , la vérité pardessus tout et qui sont capables de sacrifier leur avantage et leur plaisir au devoir et à l'amour. Deux créatures ne peuvent s'unir intimement que dans un terme supérieur; Dieu seul est ce médiateur des âmes. Jamais deu^ volontés posées en elles-mêmes, et ne voulant que pour elles, ne se fondront ; elles ne s'uniront qu'à la condition d'une abnégation totale ou partielle^ et l'union sera d'autant plus profonde que le renoncement sera plus complet. Les méchants ou les gens passionnés ne peuvent s'associer que par l'intérêt, et ainsi dans le lien même de leur société est le dissolvant qui la détruira; car, rapprochés par l'espoir du profit, ils se diviseront pour le partager. L'accord dans le mal est une conspiration , qui cesse nécessairement quand le but est atteint.

L'amitié est une des affections les plus belles et les plus nobles du cœur humain. Elle n*a au-dessus d'elle que le patriotisme et la charité. Aussi très-peu d'hommes sont-ils capables de la parfaite amitié. L'antiquité nous en a laissé deux ou trois exemples , et de nos jours euçore rien de plus rare qu'un véritable ami. « C'est un trésor,

.ditlapuroUNUirée, et ilTiat ploal^'Wem^fÊUk'ifm ^ d'agaxt. ■ Les (iegriis iuférieiirs de l'amitié sont Tufigaires. la monde est pleiu de liaisons qai s'appellent de ceoom, et qui n'en ont que le Utre. Tods les homma ont beaoÎD d'aimer quelque chose et surtout quelqu'un ; .car tons ont nne Ame, et à l'actiou d'eue àme il faal la .FéaetiOB d'oae autre àme. Elles cherchent la satisfaction de ce besrâlâans les relations que la uatare et la société établissent, fa nature par les liens du sang, la société par les contacts ni varîds des persouucs. RnssenibléB dans nn milieu commun, où ils a'^prouveut sans tx^e, les esprits se redierebent on se Ment', repoussent en rùson de mille «inonBtaieesi.t9ft!lMtt qu'on appelle les amitiés dn monde, monde lainnëme, qni est nne seène gare qoi passe, et si bien dépeûles dans «wjivMk l'Ecclésiastique : • Eit enim amictu KnmdiiM Umim ttium , «I non permanebit in die tribuîationit. Eit amicus tocius mensœ , el non permanebit in dû neettàla^ lis.- (Ëccl. VI, H, 10). Il est gaperda anjoard'hai de montrer la fragilité de ces affecti<HiB ; l'expérience de aoi temps, si féconds en révolutions et en revers de fortimt, en a fait justice , et le monde lui-même n'est pins dop; de ses œuvres. 0 mes amie, il n'y a point d'amis, disiit spiritaeliement nu philosophe qoi ne croyait point i h vertu. Nous affirmerons, nous, qu'il y en a très-pen it véritables , et qu'ancuu motif humain ne peut ra foiie Que dirons-nous des affections de famille? Là encore il y a beaucoup d'illosions et de fréquents méeonpta' Nous ne parlons point des lient ie» parents avec If» «■'

Page 1