‹ Philosophie moraleChapitre 158 sur 224 · PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. IV · texte numérisé non relu

PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. IV

fanto , bien que l'égoïsme y ait une large part , et que le cœur y trouve souvent de cruels désappointements. Dans toutes les autres relations que la famille établit , y a-t-il vraiment union des âmes, confiance entière , estime réciproque , désir sincère du bien des autres ? Quand tout cela s'y rencontre , c'est qu'une influence supérieure est descendue dans la famille; c'est qu'il y a en elle un autre esprit que l'esprit naturel ; car celui-là ne produit qu'une sympathie vague qui a sa source dans le sang. Mais avec cette affection pullulent mille causes d'opposition, de division, de lutte, qui déchirent presque toutes les familles et les ruinent. La jalousie surtout , symptôme infaillible de l'amour charnel , trône au milieu de la famille , et tend sans cesse à diviser pour régner. Rara est eoncordia fratrum^ s'écrie le poète païen, et la parole évangélique dit plus fortement encore en parlant du vrai chrétien , inimicî domestici ejus. Celui qui cherche pardessus tout le royaume de Dieu et sa justice, ne trouve nulle part plus d'obstacles et de contradictions que dans sa parenté, et même pour les affaires du monde et les intérêts de la vie terrestre , on peut rarement compter sur les siens. Il est bien difficile qu'un attachement profond s'établisse entre des hommes déjà liés par le sang. La chair est entre les âmes et les empêche de se toucher immédiatement. L'affection est trop naturelle pour devenir pure et désintéressée.

L'amour se fait de la personne aimée une idole ^ qu'il encense jusqu'à ce qu'il la brise. C'est une passion pleine d'illusions , qui rend aveugle et esclave. L'amitié est une affection intelligente et libre, qui veut avant tout le bien de celui qu'elle aime* La pierre de touche de l'amitié est d'oser dire la vérité à son ami ^ ou de pouvoir l'entendre de sa bouche. L'amitié est de tous les âges ^ parce qu'elle ne dépend pas de la chair et du sang. Elle est éternelle, quand elle se fonde sur ce qui ne passe point. L'amour est temporaire, comme l'objet qui l'inspire, comme l'instinct qui en fait le fond , comme la fia naturelle dont il est le moyen. Le but supérieur de Tamitîé est l'union des esprits et des âmes dans le bien. C'est pourquoi elle est un des moyens les plus efficaces du perfectionnement de l'homme, et une des plus douces consolations de la vie.

Toutes les affections bienveiUantes ont pour tronc la sympathie ; mais sur ce tronc sont entées des greffes diverses. L'amour sexuel et l'amitié ont le caractère commun du genre , mais quelle différence dans la manière et dans la fin! L amour veut posséder son objet; il cherche la jouissance , prêt à tout sacrifier pour Tob-

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