‹ Philosophie moraleChapitre 159 sur 224 · PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. IV · texte numérisé non relu

PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. IV

tenir; et cette jouissance est toujours quelque chose d'amollissant , d'enivrant , qui tient plus du corps que deFàme; c'est Isl volupté, qui énerve l'homme, le jette dans la langueur et entrave son développement moral. Nous disions tout-à-l'heure que l'amour poussé jusqu'à la passion est une espèce de folie. En effet il trouble les sens par la surexcitation qu'il y produit^ en sorte que les impressions sont altérées , et les objets ne sont plus sentis qu'à travers un milieu infidèle et des organes dérangés. Aussi l'amant voit-il la personne aimée autrement que tout le monde, et ce qui paridt aux autres vulgaire , indifférent ou même laid , le transporte. Le trouble de l'esprit suit le trouble des sens et l'augmente. Les sensations déjà exagérées s'exaltent encore par les tableaux de l'imagination. Ceux qui aiment, voient, entendent et sentent le plus souvent ce qu'ils imaginent, comme l'homme en démence, et ils prennent leurs chimères pour des réalités. La raison délire, parce que, dominée par les sens et séduite par le dâ^ir, elle n'a plus dans ses jugements et ses pensées d'autre mesure que ce qu'elle veut, d'autre principe que ce qui lui convient. Elle raisonne très-subtilemeut dans son sens, et, son hypothèse admise, elle conclut à merveille; mais son sens est faussé et l'hypothèse est absurde. U y a délire de la volonté , tellement possédée par son objet, qu'elle ne voit, ne veut et n'aime que lui, juge et apprécie tout par lui, ce qui la rend exclusive, partiale , fanatique même ; car elle perd la faculté de discerner le bien et le mal , le vrai et le faux, ce qui convient et ne convient pas. La parole de la per-

30ft PHILOSOPHIE MOEALB.

MNuie aioiée est tant poor dk ; dk y poifie tow les motth de ses jugements et de ses aetes. EDe est eonuM suspeiidue an eaprice d'une créature, et il ne ftiit qif un mot, un signe, un regard, pour Tezdter ou la désespéser. De là l'eKagération ridicnk des sentiments, des pensées et du langage. Ge qui n'appartient qu*à Diea est appfiqié à l'être créé, ^kstmnes manquent à Feultation de h passion. L'amour ne TÎt donc que d'illusioBB; il y naît et il y grandit. H s'entoure de séductions, se nonrritde flatterie, deluissetés, de vanités de tonte espèce. Itrad l'homme incapable de sentir et d'apprécier la trente, et illni Me l'envie de la dire et de Tentendre.

L'amitié est exempte du duurme i^jriqne qoi eM aa fond de l'amour, et die ne connaît point la langueur de la Tolupté. Elle naît d'une sympathie inTolontaire on da sentiment de l'estime; elle est un rapport d'àme, un commerce spirituel, moral. C'est pourquoi, bien qu'elle paisse être très^intime, très-yive, elle n'a point les joies tressaillantes de l'amoar, ni les emportements de la Tolapté. G* est un charme doux, subtil, pénétrant, qui Ta d'un cœur à Fautre, les rapproche et les unit , mais sans les tourmenter par la violence de la passion , sans les troubler par le firémissement des sens. Aujssi l'amitié laisse la liberté du jugement et delà volonté, et quoiqu'elle puisse être partiale, elle admet cependant la lumière de l'esprit et les inspirations de la conscience. Elle devient une affection inteUigente et libre qui natt dans la vérité et s'entretient par elle; car, même quand elle sort d'une sympathie involontaire , il faut encore qu'elle se justifie par de belles qualités et par l'admiration du bien. Il n'y a en

Page 1