PARTIB PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. IV
oa satisfasse les ambitions , sans amener Fanarebie par une diTlsion indéfinie de F autorité, et sans affaiblir Funité par la dissémination da pouvoir.
• Diaprés cette analyse on peut apprécier Famour de la patrie chez les différents peuples. Le patriotisme parfait devra comprendre les trois éléments , savoir : Fattacbement au pays^ la piété filiale envers la société mère, et enfin Fidentification avec la cbose publique. Ce qui revient à dire que la patrie n'eiiste, dans Facception complète dé ce mot, que là où la société politique, garantissant aux individus leurs droits publics et privés , les appelant à participer au gouvernement, afin de s*aider des lumières de chacun et pour s'assurer le conconrs du plus grand nombre, pourvoit si bien aux besoins de tous en ce qui concerne leur existence matérielle, intellectuelle et morale, qu'elle est réellement pour ses membres, par la justice de ses lois et la nianière dont elles sont exécutées, l'Ônage de la Providence ou d'une mère tendre et éclairée. Tel est Fidéal de la patrie , et F idéal du patriotisme serait la fusion de Finstinct , de Faffecticm, de Fintérèt bien entendu et du sentiment du devoir, réunissant leurs inspirations pour porter le citoyen à aimer et à respecter la société , où il trouve tout ce que son perfectionnement et son bonheur demandent ici-bas.
Nous ne voyons nulle part sur la terre une telle patrie ni un tel patriotisme , comme nous n'y rencontrons point non plus d'hommes parfaits et qui nous montrent par le &it tout ce dont Fhumanité est capable. Un seul a pu réaliser cette perfection, mais en lui Fhumanité était unie à la Divinité. Ainsi la patrie terrestre sera parfaite
4L4 PHILOSOPHIS HORAIiV.
quand elle s'unira à la patrie, câeste,' quand le «kl et la terre rentreront dam T harmonie primilîTe de la créatiaD. L'amour de la patriie ee modifie tui^rant Ja oonstilaition d^ la Bodété et Télément qui y domine. €heE beaaeoup on ne trouve que 1* amour du pays ou rinstînct du lieu natal ; chez plusieurs c'est un senlâmeiit filial , une espèce de culte qui ya jusqu'au lanattaiBe. -C'était le cas des républiques anciennes , et smctoat > de Sparte et de Borne. La patrie était mise autdessna -de tout-; sa : loi était sacrée^ et on deTait mourir plutôt quede l'enfreifidie. K Passant, écrit Léonidas sur le rocher .des Thermopjrles, 3ra dire à Sparte qu'ici ses enfants sont morts pour cd»éir à ses saintes lois. » Socrate condamnéiojnatement nfoae de q^tter clandestinement ses fers, pour fie pas p<M>ter préjudice aux lois d'Athènes. A Laoédémome il n'y n^ait plus de famille particulière, pour qu'il n'y eût qu'une seule famille , celle de Tétat ; tous les enfants ayaient la patrie pour mère. Les sentiments naturels du cœur ■étaient étouffés par le patriotisme; il prescrivait même contre les sentiments moraux , car on. était toujours prêt à confondre le juste et le bien avec l'intérêt de la république : ce qui explique les iniquités, les cruautés et la perfidie de ces états, quand leur inte'rêt le demandait. Puis , la liberté ou l'exercice des droits politiques absorbant le temps et l'esprit des citoyens , il fallut des esclaves pour suffire aux besoins de la vie. La liberté impliqua donc la servitude, et les philosophes eux-mêmes en vinrent à dire qu'il y avait des hommes nés pour commander et d'autres pour servir. Ainsi dignité de l'homme, sentiment du juste et de l'injuste, affections
PAETIE PSTGHOIXÏGniCn. n^ CHAP. IV. 41$
natnrdles, beisoiiis et dioits de l'immaiiité^ toat -cda fut Tioleiilé par le pfttriotume antique. La patrie fat tonft^ te eitoyen n*<lait qu'an kiBtrame&t qu'elle pouvait emr pteyer à son gré et aamfier à sa g^re. L'indiiddu dia^ paraiflaait complàtemeiit devant la cbme publique^ Qô ne peut s'expliquer ee fait remarquable que par FiiH fluenee rdigièuse; ear partout où Thomme se dévoue, i fisut qu^il peeonnaBHse quelque ebose de divin. Avant JéavHhObrîftt, il n'y avait que dei bommes et des perdes; resprit bumain n'avait pu encore s'élever à eette idée traisoendante que TÉvangile a rendue populaire, savoir que tons les bommes sont frères et que, sortis d'un même prinei^j fls doivent revenir à l'unité. Aussi la patrie était regardée par les peuples d'alors comme oe qu'il j avait de plus grave, de plus parfait;, comme le représentant ée la Divinité sur lerre. Les dieuic étaient ennemis entre eux comme les nations ; ils prenaient part à leurs que*rdies, et oe qui caractérise Rome et a le mieux montré sa fBissien providentielle, c'est qu'elle a réuni lêsdivi«*> nités de tous les peuples dansson Pantbà>n , comme elle raflSMnblait les peuples eux-mêmes dans scm empire. £Ue contribuait à son insu à former cette grande unité da genre bumain que VÉvangile allait annoncer à la terre, et que les institutions dirétiennes travaillent depuis ce temps à constituer et à consommer. Chez les nations «Miennes, la loi était à la fois politique et religieuse, le législateur étmt ordinairement [^phète, pontife ou interprète des oracles , et les premiers magistrats étaient prêtres. Obéir à la loi «'était donc obéir à Dieu même/ et par conséquent le resped; pour les décrets de l'jétat
deTenait un deyoir religieux. Voilà comment leur patriotisme touchait au fanatisme. L'état politique des an« eiens, fondé sur la religion, pouvait commander le dé- Youement et Vimmolation, et, le salut public étant de droit divin, le citoyen était une victime, toujours prête i être sacrifiée sur fautd de la patrie, quand la ym des dieux ou le salut de la république le demandait
Depuis le christianisme , ce fanatisme politique n est pins possible. Les hommes ont ^pris à eonnaltre et i aimer quelque chose de plos haut , de plus pur qoe la patrie terrestre. Uétat n est plos tout pour eux, il n est plus le but de leur existence, c*est un moyen subcndimné à une fin supérieure et qui doit s*y acoommoder. Loin de s*y attacher exdosîTenient , le chrétien sait que son bonheur n est pas là , et que, tout en remjdisBant les devoirs que la loi impose, il ne doit cependant lui Touer ni toutes ses forces, ni tout son amour, ni toute sa vie ; il aspire à une patrie qui n'est point de ce monde, en laquelle il espère sur la foi de la parole divine, et qo*il salue de loin comme une terre promise. Dès lors la patrie terni^tne n a plus pour lui le même caractère, ni la même valeur. Dieu n*est plus en elle, mais au-dessus d'dle ; et par conséquent oa ne peu t demander au citoyen de se dévouer, non plus à Tintên^t ou à la gloire du pays, mais seulement à la justice et à b Tenté . expression de la Tolonté dixiiie. £a un mot« le patriotisme devient un devoir €\>n)me un autne, qui na point le drwt de prescrire touln? les dutnes et qui e^t domiaé par un devoir supérieur, t>ar «lui qui les ivinpi^end tocs, le devoir envers Dieu. Au-desi^tts des- oUicitioas politiques rt civiles il y a