PARTIE P8YCHOLOG1QUB. — CHAP. IV
maine D*a que des motifs humains et une force humaiuey et c'est pourquoi de toutes ces belles Utopies il ne sort ni une motion supérieure , ni une puissance surnaturelle qui nous enlève à nous-méme et nous rende capable de nous dévouer aux autres. Aussi la philanthropie se réduit le plus souvent à des discours et à des livres; elle est la yertu des partis et des sectes; elle fait de grands préparatifs et beaucoup de bruit pour produire peu, et quand elle est parvenue à opérer à grands frais quelque bien, elle n'a pas asêèz de trompettes pour r annoncer au monde; elle demande aussitôt sa récompense à la renommée, et elle l'obtient.
La charité reconnaît qu'elle n est rien par elle-même et qu'elle reçoit tout de plus haut. L'homme par sa nature peut tout au plus aimer son semblable autant que lui, et encore depuis la chute d'Adam et par le péché originel il est naturellem^t porté à s'aimer par-dessus tout. Mais aimer plus que soi et jusqu'à donner sa Tîe I)our celui qu'on aime, c'est ce qu'il n'aurait jamais compris sans la panAe et l'exemple du Christ. Le principe de la charité est donc divin et par cela tout gratuit. C'est l'esprit de Dieu daignant se communiquer à l'homme et l'âeTant par l'infusion de son amour jusqu'à la puissance d'aimer comme lui. « La charité de Jésus-Christ me presse, » s'écrie T Apôtre ; et en effet il n'y a de charité que par Jésus-Christ. C'est Dieu aimant et agissant dans l'homme , comme dans la proj^étie, dans la prédication apostolique, dans l'Écriture sainte, dans les miracles, c'est Dieu qui parle , instruit , guérit et opère par le ministère de l'homme.
Hors de Jésus-Christ, sans sa parole et son eiemplc, la charité n*a plus ni motif, ni mobile. Entre égaux, et Ions les hommes le sont par nature, régalité est le droit oommun, le dérouement ou le renoncement à son droit semble aussi absurde que Fusurpation des drwts d'autrui parait immorale. Pour rhcmune raisonnaUe, la irertu est au milieu , comme Arislote Fa démontré; k ▼ice se trouTc aux extrêmes et dans les excès coatraires. La charité ou le dévouement sans bornes n'a donc point de sens pour odni qui n est pas chrétien. H ne bat rien moins que la croranee au déTooement de Dieu poor Fhomme, déTouement îneoneeTaUe sans le mjsière de FHomme-Dieu, pour comprendre le déToneoient de Fhomme à Dieu et à son prochain. D faut croire eo JfÂos-Christ, Tttr en lui notre sauTeur et notre modtte, pour iHie poussé à Fimiter; et si nous ne sœnmes convaincus qu'il a réalisé par sa vie et par sa mort ce qail a ecscî^De, nous ne croirons pas nième à la possibilité de faire quelque chose de ce qu'il a fait. Les plus grands philosophes ont présente aux hommes un idéal de voia quils n'ont jimais accompli; il y a toojoors eu an abime entne leur docirine ec leur conduite. Jésos-Christ a nealise toct c^ qu li a dit . et il n'a rien imposé aux lKVi:c:2e> qu il n'iît eornmecc^ pài rexécnter lai-mème. Il îxx>s ec^A^ A Isr sci^nre es pneninî notre croix , mais il p^HTte U sienne de^ic; nocs« et ie chemin du Calvaire où li uvMi^ evHhiui« esi m.ijrque de son sang. Noos pouvons donc auTCùer eiî f^ineîe s^r ses traces. L imitation de Je>s4i>-i hns4 isî k n>*: ( v.u-qoe e^ k ^rii mobile de la
Le but de la charité est transcendant comme son principe. Elle vient de Dieu , et elle ramène à Dieu. « Sint unumy Pater, sicut ego et tu » : « Père, que les hommes soient un entr'enx comme vous et moi sommes un ; » c'està-dire, union des hommes en Dieu, à Tinstar de Tunité dans la Trinité divine. La fin dernière de la charité est donc le rétablissement de Funité dans la multiplicité, ou la consommation de tous les hommes dans F amour, afin qu'il n'y ait plus en eux qu'une seule vie, la vie divine qui se donne à tous, et avec une même vie, une même manière de sentir, tous recevant avec soumission le don de Dieu et s'en nourrissant avec reconnaissance : avec une même vie et un même sentiment , une même volouté, tous n'aimant que Dieu, et ainsi employant leur liberté à se détourner de ce qui n'est pas lui et à tendre vers lui de toutes leurs forces , pour identifier leur acte avec l'acte divin, leur volonté avec la volonté divine. Ainsi Dieu doit être tout en tous, sans que tous cessent d'être ce qu'ils sont, sans que les individualités disparaissent et que les personnes soient anéanties. La liberté de chacun persistant au milieu de l'harmonie universelle, tous sont unis à Dieu et entre eux parce qu'ils veulent l'être, et la charité de Jésus-Christ, par Jésus-Christ et en Jésus-Christ, fait à jamais leur force, leur grandeur et leur bonheur. Ainsi la sympathie est élevée à sa plus haute puissance ; elle se transfigure avec l'humanité de Jésus-Christ et devient glorieuse et impérissable comme elle.
\20 l»HILOSOPHlE MORALE.
A la sympathie^ racine des affections bienveiU lanteSy est opposée l'antipathie, base des afifections malveillantes. Il existe entre les êtres antipathiqaes une certaine opposition dans la manière de sentir qui entraine de la contradiction ou au moins de la divergence dans les tendances et dans les actes. L'antipathie est naturelle, quand elle a sa source dans la constitution physique ou morale des individus, les esprits et les âmes pouvant se repousser comme les corps. Elle est accidentelle quand elle provient de la lutte ou de la concurrence où les moi s'engagent dans la poursuite d'un même objet. Le moi s^oppose spontanément au non -moi , et si le non-moi lui fait obstacle ouTentrave, il lui veut du mal et lui nuira s'il le peut.
Toutes les affections malveillantes partent de l'antipathie, qui consiste dans l'opposition de la manière de sentir, comme la sympathie est la correspondance dans le sentiment. Or l'impression des objets, décidant de notre réaction à leur égard , le désir, la tendance et l'acte par lesquels la réaction se déclare sont toujours Oïl raison du sentiment éprouvé ; et par conséquent, si deux êtres, sentant de la même manière , doivent sac-