PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. IV
consommant par la jouissance on par l'usage, T homme, être raisonnable et par conséquent prévoyant, voit l'avenir dans le présent, et se réserve s'il le peut la possession exclnsive de l'objet , afin de s'en assurer la jouissance fu* tore. Ainsi la tendance égoîstique du désir humain et la jalousie, qui en est inséparable, viennent à la fois de notre moi , qui voudrait tout absorber, et des limites des choses finies , qui ne peuvent suffire aux désirs de tous. L'égpïsme est la loi des créatures de ce monde, où Fattraction domine , et si une loi supérieure n'intervient pour le modérer ou le dominer, les êtres y sont égoïstes par nature et sans partage. Tel l'animal, tel l'homme qui ne connaît encore ni la justice ni la charité ; il suit instinctivement la loi de l'animalité , et il veut tout pour lui sans s'inquiéter des autres. L'enfant au berceau cherche à s'emparer de tout ce qu il voit. Dès qu'il se distingue de ses frères et sœurs, ou de ceux qui l'entourent, il désire être soigné, nourri, caressé de préférence, et il slndigne de ce qu'on leur accorde , s'il n'est d'abord satisfait. Il veut avoir leurs jouets, il n'estime plus les siens, quand il en voit de nouveaux entre les mains des autres. C'est encore un des traits de la jalousie de ne tenir point compte de ce qu'elle a , quand elle convoite ce que les autres possèdent. Les caresses , les signes d'affection et tout ce qui exprime l'amour excitent vivement la jalousi des enfants. Ces pauvres petits êtres peuvent déjà ressentir les tourments de cette passion, et la prédilection imprudente des parents jette quelquefois dans le cœur des enfants la semence des haines fraternelles, qui plus tard emppisonneront leur vie.
438 PHILOSOPHIE MORALB.
Le propre de la passion humaine est de irookôr posséder son objel sans partage. Elle contient donc de li jalousie; c'est pourquoi elle ne peut donner le boiiihenr. Outre la fragilité des choses auiquelles elle le deumode, là jouissance de Tobjet n*est jamais exempte d'iaquiétiide, parce que la passion demande une possession excloflite, Men difficile, sinon impossible, au milieu de nos sem- Mables. Nos soucis s' accroissent ayec nos propriéléB ci nos jouissances ; car nous excitons d'autant plus d*entie et de convoitise, et il ne se peut pas que nous n'entriom m lutte avec les autres, pour défendre et conserver œ qoe nous avons. L'amour humain est essentiellement jaloux. Celui qui est passionné pour le pouvoir est jaloux de son autorité, il veut la posséder à lui seul, la ooncentrer an lui, tout faire par lui-même. Lhomme passionné pour la gloire voudrait qu'il n'y en eût que pour lui au monde. Il semble que les autres lui dérobent celle qu'ils acquièrent , et s'il n'a point Tesprit élevé, le cœar noble, il deviendra facilement envieux. L'avare aime son trésor d'un amour de jalousie ; il ne veut pas même qu'on jette un regard sur sa cassette, et là plus qu'ailleurs il y a le désir d'une possession solitaire , l'horreur du partage et la convoitise du bien d' autrui. Passez en revue chaque passion , et vous y retrouverez ce caractère. Elles sont toutes des formes diverses de l'égoïsme; elles ont le malheur, et c'est ce qui trahit leur origine, de ne i)ouvoir jouir qu'aux dépens des autres, de ne pouvoir aimer sans s'exposer à haïr. Oh î que les hommes seraient plus heureux s'ils tournaient leurs désirs vers l'objet véritable de 1 amour, vers ce Bien infini, étmiel, nniversd