‹ Philosophie moraleChapitre 18 sur 224 · PARTIE MYCHOLOGIQUF. — THAP. 11. 2t · texte numérisé non relu

PARTIE MYCHOLOGIQUF. — THAP. 11. 2t

même à un déchirement continuel , et ne pouvant vivre qu'en souffrant? Ne serait-ce pas une amère dérision que de parler de Tamour de Dieu pour le genre humain , et comment pourrait-il le rendre heureux, s'il a mis originel-' lement en lui le principe de toutes les douleurs , de tous les désordres et de tous les maux? Que serait-ce en outre que sa justice ? pourquoi imposer à F homme une loi morale qu*il lui est inutile d'accomplir, puisque la lutte intérieure est interminable ? et comment le punir d'enfreindre la loi , si l'opposition à cette loi est un résultat nécessaire de la création de l'humanité? Enfin cette opposition est un mal, le plus grand des maux , puisqu'elle les produit tous. Le mal peut-il sortir de celui qui est le Bien souverain ? Dieu peut-il vouloir et accomplir le mal ? Il n'a donc pas créé l'homme tel qu'il se trouve ici-bas, divisé en lui-même et se combattant sans cesse par ses deux natures; donc l'opposition qui existe entre ces natures ne vient pas de leur essence, et , par conséquent, elle n'est qu'accidentelle, temporaire; elle est donc l'œuvre de la créature ou au moins le résultat de ses œuvres ; comme tout mal , elle part d'une volonté finie , d'un être créé 5 qui en dérangeant , en troublant par son acte propre ce que Dieu avait établi , a porté le désordre et la guerre là où le créateur avait fondé l'ordre et la paix. La conclusion rigoureuse est donc que la division existante aujourd'hui entre les deux natures constitutives de l'homme est le fait de la volonté humaine , qui cédant à l'attrait des choses sensibles et par conséquent à l'exaltation de la nature physique en lui , a élevé cette nature au-dessus de l'autre et a ainsi bouleversé leur rapport

primitif. Les deux natures ne sont ennemies que par position et par circonstance ; dans leur essence elles sont amies , puisqu'elles sont créées par Dieu bonnes Tune et Taulre. Car, dit la Genèse, Dieu créa au commencement le ciel et la terre ^ et quand il voulut faire Thomme, il unit une àme à un corps et vivifia cette combinaison par l'inspiration de son esprit. S'il les a unis , ce n'est pas pour qu'ils se combattent; mais l'homme les a rendus ennemis en troublant leur rapport par l'abus de sa liberté; car, infidèle à la loi de son existence, sa volonté a succombé dans l'épreuve qu'elle devait subir dès l'origine , en tant qu'être libre. L'Église chrétienne reconnaît cette première faute ^ elle y rapporte tous les maux de l'humanité, qui ont rendu nécessaires les secours et les remèdes accordés par la miséricorde divine pour la guérir , la relever, et notamment le plus grand de tous , la rédemption et les faits providentiels qui en ressortent. Les traditions religieuses , les croyances communes de tous les peuples , parlent sous diverses formes de cette première prévarication du genre humain, qui a changé sa position sur la terre et en face de Dieu. Par là aussi s'explique le but de la vie présente, la destination de l'homme en ce monde. Il naît dans un état de dégradation , puisque la nature physique opprime d'abord en lui la nature morale ; à mesure qu'elles se développent l'une et l'autre, il sent et reconnaît leur opposition, et, s'il est convenablement instruit et dirigé, il acquiert la conscience de la dignité de la nature psychique et de sa supériorité essentielle sur le corps. Dèslors il se sent obligé de rétablir cette supériorité autant qu'il est en lui ; la fin de son existence ici-bas

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est de restaurer en lui rbomme déchu, pour qu'il redevienne ce qu il était dans F origine au sortir des mains de Dieu , image et ressemblance de son auteur. La véritable éducation doit donc refaire T homme, en développant son âme et son intelligence, afin qu'elles secouent le joug du corps, sortent de la servitude de la nature et des choses physiques, et remontent à leur rang avec la puissance et la dignité qui leur conviennent. Ce qui montre que réellement, dans Tétat présent de Vhumanité, d* abord charnelle et ne se spiritualisant que peu à peu et avec beaucoup d'efforts, la constitution de l'homme est faussée, et l'idée de Dieu en lui défigurée , dégradée.

De ces faits sort une autre conséquence qui s'accorde parfaitement avec la parole divine, c'est que, l'homme étant composé de deux natures , on ne peut pas concevoir un homme complet, ni l'idée de l'humanité parfaitement réalisée , sans la réunion de ces deux natures. Ainsi, le corps , quoique inférieur , est cependant une partie essentielle de l'humanité, et si l'homme doit vivre dans l'éternité, la nature physique qui lui appartient y Yivra avec lui , impérissable comme lui. La mort qui dissout l'union des deux substances ne les sépare donc que momentanément; elles devront se rejoindre à une époque marquée pour reconstituer l'humanité, et Yivre ensemble d'une YÎe analogue aux mérites de chacun. La doctrine chrétienne l'enseigne par les dogmes de la résurrection de la chair et du jugement dernier y c est ce qu'elle proclame encore par le dogme de la résurrection du Médiateur emportant au ciel l'humanité qu'il a revêtue, et la conservant dans la gloire éternelle unie éternellement à sa

'3!2 miLOeOWilt. — Mt>RALE.

dÎTinitë. Saint Paoi annonce la même nërité qoand il parie du corps ^orieux que non:» retrouireroi» on joar , si Doos aTons pas^ par les épreoTes de la purification, et qoi brillera an ciel eomme tes étoifes : Semé dam la eorruption et dans Fignominie , il ressoscitera ^ dit-il , dans rineormptibilité et dans la gloire. Alors ronioo la plos intime régnera entre Fàme et le corps , parce que le corps, épuré 7 régénéré sera à sa place, dans Tordre, scr- TÎtenr docile , manifestant la lamière et la Tie de rame, ou plutôt celles de Dieu, que Fàm*' réfléchira comme un miroir pur et brillant.

Les philosophes anciens et modernes , qui oat tooIu élaMir un spiritualisme exclusif ou l'idéalisme dans le sens transcendant de ce mot , ne Tojaot dans rhooune actoel qa'une àme, une inteUigence, un esprit d'âne autre qpbère tombé accidentellement dans la matière , et dcirant tendre par tous ses efforts à s'en séparer , n oot pas connu la véritable constitution de l homme ; ils oat tronqué, mutilé la réalité pour laccommoder à leur svstème • ife ont méconnu les faits les plus évidents de la vie humaine , et ainsi ils ont dû tomber dans de «xaTes erreurs sur sa destination et sur les moyens de la dini^r et de la perfectionner : de là une fausse morale et une éducation défectueuse. C'est l'erreur fondamentale du Katooisme : elle s est glissée, avec la doctrine de Waton dans les écrits des hérétiques des rremiers siècles en t prenant une forme plus analogue aux crovances chrétiennes. Origène lui-même pensait que i àme est unie à on corps dans ce m.>ode en punition et en expiation d'une faute antécédente: c^u. qui ont partagé cette opinion ont

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