‹ Philosophie moraleChapitre 183 sur 224 · PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. IV · texte numérisé non relu

PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. IV

oa à vie, suivant les circonstances et les suites du duel,

i4e tous les droits politiques et civils. Ainsi la peine serait

JU6II rapport avec le délit , et les coupables , punis par où

HBs ont pécbé, porteraient les conséquences de leur propre

i-Tolonté.

T-j Tout désir qui atteint son but procure une joie, la jouis*' '^•ance de l'objet désiré. Dans la vengeance on désire le ^ttial de son ennemi, et on jouit de tout le mal qui lui Arrive, surtout si Ton peut y contribuer. C'est une joie ^maligne et cruelle, toujours proportionnée à l'ardeur de. la Tengeance et qui doit avoir bien des charmes pour 'des âmes vindicatives, puisqu'elles peuvent s'imposer de imigaes privations , dissimuler pendant des années et porter en silence toutes sortes de peines pour se lapro- Mrer ; c'est une joie de l'enfer. Plus l'bomme est grossier, ot pins la vengeance le réjouit naturellement ; le sauvage en a soif, et se venger est pour lui le plus grand des bonheurs ; il se repaît avec délice des souffrances d'un ennemi ▼aincn, et il le torture lentement pour savourer sa douleur. L'homme civilisé préfère la vengeance morale; il aime à voir son adversaire abattu, et il jouit surtout de Forgaeil humilié. Néanmoins , dans les tourmentes des grandes passions , la vengeance va aussi jusqu'aux violeneea physiques, jusqu'à la mort , et elle ne s'éteint guère quJd dans le sang. Les femmes sont en général plus vindicatives que les hommes, et presque toujours, dans les cas horribles de vengeance, il y a par derrière un cœar de femme dont l'homme n'est que l'instrument. Les £einmes , en raison de leur centre plus attractif, de leur foyer plus profond, ont une sensibilité plus vive, plus

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absorbante , et ainsi un ressentiment {dos tenace. Elles 6*afféctent plas facilement et gardent {dus longtemps ks traces de ce qui les a pénétrées. Il est toii)oiiB*s dangereux de blesser lear ccrar ; car il peut pardonner, maà» il m'cnblie jamais. Elles enveloppent dans les replis de kar àme ce qu'elles sentent, et pœr leur nature, leur édncaAîw et leur position, elles sont pins aptes et plus habjUes à se concentrer, à dissimuler. Le ressentiment ainsi gardé fait la rancuncy et peut-être y a-t-il un raii^rt é^mologique entre ce mot et le mot ronctr» qui aigBifie Tétat d'une substance tournant à l'aigre par la feianenlation et se corrompant. Ainsi la colère long-tempe étooflSée fermente dans le cœur, laigrit, et gâte toatefilea anties affections par ce mauTais levain. Le caraotèiie rancQneux est difficile à vivre; il y a en Ini une canae permanente d'irritation, puisqu'il ne pardonne et n'onbUe point l'injure. On n'est jamais sûr de la mani^ dont il prendra les choses , ni de sa réaclion. Il y a toujours dans son atmosphère un orage , qui gronde sourdement et éclate, quand on y pense le moins.

La conséquence pratique de ce développement, c'est qu'il ne faut pas réagir précipitamment contre ce qui blesBc, et qu'on s'épargne bien des peines quand on peut absorber en silence une injure ou un tort. Presque toujours les choses s'enveniment par la réaction ; car la colère est une mauvaise conseillère : SU omnis hmo iardus ad iram ; ira enim viri justitiam Dei non operatur {Jac. m, 19, 20). L'arme la plus forte contre le mal , celle qu'il redoute le plus, est la patience ; car elle l'engloutit avec ses conséquences d'iniquité, comme le

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