PARTIB PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. IV
passe, écouter la voix de la conscience, constater ce qu'elle exige, même dans les temps ordinaires , an milieu du silence des passions ! Que sera-ce quand elles s'agiteront, entraînant la volonté par leurs emportements ou la séduisant à force de ruses et de sophismes ? Il faut donc que le bien , inspiré au-dedans , soit aussi proposé , imposé au-debors sous une forme déterminée et qui parle aux sens; il faut que la loi d'équité, sentie confusément dans notre cœur , se réalise devant nous , sous nos yeux, par un commandement positif qui l'explique et la coufirme. En un mot, il faut une loi positive , ajoutée à la loi intérieure; et ainsi Thomme, placé entre deux manifestations de la volonté divine, sera instruit, pénétré et dirigé par tous les côtés de son existence. Sans la loi podtive , sans le commandement parlé ou écrit, tout reste vague, cbacun se pose en juge et maître de ce qu'il faut faire ou ne pas faire, et l'arbitraire domine. La société devient impossible, et la famille elle-même ne peut subsister. L'enfant apprend à connaître le bien et le mal par la parole de ses parents ; la loi morale s'objective parleur commandement, et la famille n'est bien ordonnée que si la volonté du père s'impose obligatoirement. Supposez l'action des lois un instant suspendue dans un état , que chaque citoyen y soit laissé à son propre sentiment , à son impulsion naturelle , et vous aurez la plus horrible confusion. Les lois civiles sont la conscience écrite du citoyen. Là même ou la légidation humaine n'atteint plus , dans le sanctuaire de Ja. conscience où Dieu seul nous voit, po^r distinguer plus sûrement ce qui est bien ou mal, il faut encore 1. 31
une loi positive, et c'est pourcpioi, à côté de la morale na« tarelle, il j a toujours eu pour rhomme un code extérieur, des commandements formulés , une loi écrite ou parlée. Mais la loi positive ne suffit pas encore, tant rhomme , tout en aimant naturellement le bien , a cependant de peine à l'accomplir ; tant Tintérèt propre et les passions ont de force pour l'en éloigner! Il faut ane sanction à la loi positive; en d'autres termes , elle doit se personifier dans un agent chargé de la faire exécater, et revêtu de l'autorité et de la puissance nécessaires pour la rendre obligatoire. Dans la famille, c'est le père -, dans l'état, le pouvoir exécutif ou le gouvernement ; dans Tordre religieux, l'Église et ses ministres. Il faut que la loi reconnue soit respectée , et pour cela elle doit avoir derrière elle une force capable d'empêcher la violation et de sévir contre l'infraction. On respecte ce qu'on craint, on craint ce qui menace. Si l'enfant n'a point peur d'être puni quand il desobéit , il ne saura bientôt plus obéir, et sa volonté deviendra maîtresse dans la famille , au détriment de la famille et de lui-même. Mais s'il sait que le châtiment suit inévitablement sa faute, une crainte salutaire le maintiendra dans Tordre. A chaque commandement doit donc être attachée la menace d'une peine, et ce que la loi prescrit doit s'exécuter ponctuellement , sans quoi elle perd sa force avec sa sanction, elle devient une lettre morte. Il faut dans Tétat une pénalité bien déterminée et un gouvernement fort, afin que la peine atteigne sûrement les coupables, et qu'il n'y ait point d'exception à la justice. Quand elle est violée impunément , quand le crime puis-