PARTIE PSTCHOLOGIQUE. — CHAP. V
qui repoussent la parole de Dieu , ont confiance dans une parole Jiumaine , souvent même dans la plus misérable aux yeux de la raison, dans celle d*une dormeuse ou d'une somnambule : tant le besoin de la foi est inné à l'homme! Quand il a le malheur de ne pas croire au vrai Dieu , il s'en fait un à sa fantaisie, pour y poser sa confiance et son amour.
Le catéchisme dit que la foi est un don de Dieu , et l'Église a enseigné de tout temps, comme le concile d'Orange l'a formulé, que le commencement de la foi vient de Dieu et non de l'homme : ce qui est renfermé dans l'explication précédente de l'origine de la foi ; car, si elle n'est qu'une réaction, elle suppose une action préalable , qu on appelle grâce prévenante. En tout et pour tout, Dieu prévient la créature, puisqu'il est la source de son être et qu'il lui a donné tout ce qu'elle a ; lui seul est à priori , c'est-à-dire sans antécédent dont il dépende. La créature est nécessairement à posteriori^ car elle ressort d'un être antérieur qui est à la fois le principe de son existence et le mobile de sou développement. L'action de Dieu, toujours présente et substantielle, est pour tous, elle se donne à tous comme la lumière : mais tous ne veulent pas la recevoir, car les ténèbres n'ont point compris la lumière (S. Jean, i, 5). Ceux qui aiment le mal et qui en admettent les influences, s'enferment en eux, s'endurcissent et rejettent la grâce, comme la terre, obscurcie prfr ses propres exhalaisons et se voilant de vapeurs impures, repousse le soleil. Personne ne peut les contraindre à l'accepter, puisqu'ils sont libres. Quelquefois ils reviennent à désirer ce qu'ils ont long-temps dédui- I. 32
gaéy et ne peuvent pas toujours Tobtenir, à cause desobstacles qu ils oot eux-inèmes accumulés. Combieu d'hommes de nos jours ont employé les efforts de leur raison à combattre leurs convictions religieuses qu'ils regrettent! Ils ont tout critiqué, dogme, culte, morale, se faisant des systèmes sur chaque point et se remplissant la téta d'opinions contradictoires ; leur esprit s'y est enfin habitué, leur jugement en a été faussé, et ils se sont presque rendus incapables de recevoir et de comprendre de nouveau la vérité. A chaque chose qui leur est enseignée ils ont une objection, une difficulté, et ainsi leur vie est misérablement partagée entre le besoin foncier de leur âme, qui réclame la foi simple, et les besoins factices de leur raison encombrée de vaines théories. Â qui la faute, si cette foi, dont ib sentent la nécessité et qu'ils invoquent, ne naît point dans leur cœur? Ils disent qu'ils ne peuvent pas se la donner, puisqu elle vient de Dieu, et cela est vrai; mais ils pouvaient, ils devaient ne pus l'empêcher de venir , quand Dieu a voulu la verser dans leur cœur. Est-il étonnant qu'elle ne puisse y entrer, s'ils en ont obstrué les avenues; et après avoir repoussé si souvent et si long-temps la bonté divine , ont-ils droit de se plaindre de n'en plus ressentir l'effet? Cette excuse banale de nos jours est donc le plus souvent le vain prétexte d'une àme, pleine d elle-même et posée dans sonesprit propre, qui voudrait les avantages de la foi sans en subir les conditions.