PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. V
tjrs. Dans leur état naturel, la douleur les eût accablés, surtout les vieillards, les femmes, les enfants ; car la nature a horreur de la souffrance et de la mort , et elle n'épargne rien pour les éviter. Mais il y avait en eux un plus fort qu eux , Celui qui est plus que le corps, plus que la vie , et qui, maître de l'une et de Tautre, leur donnait le courage de les mépriser. Appuyée sur ce roc, leur volonté ne défaillait pas , et leur cœur, tout rempli de l'amour de Dieu et de l'espérance en ses promesses, élevé au-dessus des choses de la terre , n'avait plus de place pour le sentiment de la douleur. 11 en va de même dans la lutte avec nos passions ; seuls nous succomberons certainement , car la tentation est séduisante ^ pressante , et le plaisir nous attire par tous les prestiges des sens et de l'imagination. Nous désirons tant le bonheur, et l'objet de la passion est là qui nous l'offre! Dans cette crise que deviendra l'homme qui n'a point de foi? S'il peut se satisfaire sans craindre les suites , si le mal reste caché , sans scandale , s'il peut jouir, en un mot, sans danger, je le demande , qui l'arrêtera? Croit-on sérieusement au bien et au mal moral, quand on ne croit pas en Dieu? Et croiton sérieusement en Dieu, quand on ne croit pas à sa parole? La foi seule peut nous affermir, nous retenir dans cet entraînement, parce qu'elle fait pénétrer en nous une influence plus forte que celle qui nous tente. A quelle autre source rapporter cet immense courage des saints, qui sont parvenus à vaincre en eux la concupiscence et le penchant au mal, par les mortifications et les travaux de la pénitence, et cela pendant toute la longueur d'une vie humaine, tuant l'homme animal pour ressusciter l'homme
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spirituel, et , comme le phénix , se consumant par le feu du ciel, pour renaître glorieux de leurs cendres. La plus grande \ictoire , dit un ancien philosophe , est de se vaincre soi-mêrae. Cela est vrai ; mais où prendre la force pour se vaincre? En soi ? Il y aurait contradiction , ce serait s'appuyer sur son corps pour le soulever. On peut combattre une passion par une autre , la sensualité par l'orgueil; on ne se vainc pas soi-même pour cela ; car on retrouve dans l'orgueil le moi, encore plus vivant que dans la sensualité. Tel est cependant le secret de la vertu antique dont le stoïcisme est l'apogée. L'homme s'enfonçait plus en lui à mesure qu'il paraissait s'élever davantage, et sa plus haute perfection était justement le comhle du mal, l'idolâtrie de lui-même. Vertu purement humaine , dit Bossuet , et qui porte en elle sa récompense ! Dieu seul peut tirer l'homme de ce cercle vicieux, en l'enlevant à lui-même par Facte transcendant de sa grâce. C'est le secret de la vertu chrétienne, dont Tessence est le désintéressement , le dévouement ; et dont le principe est la foi, ou l'union de l'homme avec Dieu. Ce n'est plus moi qui vis, dit saint Paul, mais Jésus- Christ vit en moi. {Gai. II, 20). Par ce rapport, l'àme est enlevée aux choses inférieures, au monde, à elle-même; elle oublie tout ce qui n'est pas Dieu , laisse tomber ce qui passe , ne s'attache qu'à ce qui est éternel et alors se produisent par elle les œuvres admirables de la charité. Si vous aviez seulement de la foi comme un grain de sénevé , dit Jésus à ses disciples, vous transporteriez des montagnes. (S. Matth. XVII, 19.) Par son union avec Dieu, l'homme eal changé, relevé, transfiguré, glorifié; réhabiUté dans sa