‹ Philosophie moraleChapitre 216 sur 224 · PARTIE PSYCHOIiOGIQUE. — CHAP. V · texte numérisé non relu

PARTIE PSYCHOIiOGIQUE. — CHAP. V

est la vie de la science ; Tesprit qui l'éprouve a un besoin continuel de vérité, il la cherche partout, et la journée, qui ne lui apporte point une connaissance nouvelle, lui semble une journée perdue. La vérité devient son pain quotidien , et plus il s'en nourrit , plus il est affamé. Aussi le caractère de la science est de ne jamais s'arrêter. De là le désir du progrès , l'horreur de revenir en arrière, de rester stationnaire. L'ambition de la vraie science n'a point de bornes ; elle tend à l'iufini , en im-* mensité comme en durée ; elle aspire à se dégager de l'espace et du temps , à secouer les entraves de la matière et les chaînes du fini. Les faits et les phénomènes ne sont pour elle que des ombres , des fantômes qui lui cachent les lois et les causes , lesquelles lui servent à leur tour de marche-pied pour s'élever aux natures et aux essences et jusqu'au principe même de la nature , jusqu'à la raison dernière de l'essence, savoir : l'idée divine dont le fait est la réalisation, et qui contient la semence immortelle de la créature. La science n'est complète que par l'idée qui en est à-la-fois le principe et le couronnement ; le principe, comme source de la réalisation ou du phénomène; le couronnement, parce que Texplicalion définitive delà chose ne se trouve qu'en elle. Puis la science véritable est aussi immense que profonde ; elle aspire à être une et universelle , comme Dieu qui est un, comme la vérité qui est une : elle est encyclopédique , c*est-à-dire embrassant dans une seule idée tous les objets de la connaissance pour les ramener à leur principe unique. L'instinct de ceux qui ont senti de bonne heure l'impression de la vérité, est de chercher toujours

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à 8*agrandir par l'esprit, de vooloir le yrai avant tout, par dessus tout, et d'en préférer la possession aux trésors et aux joies de la terre. Ces hommes ont lentendément large , capable de grandes conceptions , Tesprit éleTé , aspirant toujours au monde intelligible , et dédaignant tout phénomène qui n'est point le symbole ou rindication d*ane idée. On les appelle hommes de génie^ quand ils engendrent spirituellement, et deTieunent dans Tordre intellectuel les instruments de la yie de Fesprit, ou les canaui qui la propagent, comme les pères selon la chair transmettent la \ie physique. Le génie féconde par la parole ou par tout autre moyen d'eipression. Quand il a reçu la lumière d*en haut, et qu'il se l'est assimilée par Tidée , en communiquant l'idée aa monde , il Tengendre à son tour dans Vàme des hommes qu'il éclaire de sa lumière et vivifie de sa vie. Celui qui ne conçoit point V idéal de la vérité, qui n'est pas enflammé par le désir de la posséder, qui nen ressent point l'amour et l'enthousiasme , celui-là n'a point de science, ne peut pas en avoir et il ne sait pas même ce que c'est que savoir.

Si la raison domine dans l'homme, il concevra rinfini sous la forme rationnelle et comme Tidéal auquel la raison aspire. Or, la raison humaine est une faculté mixte, participant de Tintelligence et des sens, du monde intelligible et du monde phy-

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