‹ Philosophie moraleChapitre 26 sur 224 · PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. II · texte numérisé non relu

PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. II

Après ayoir assigné à la volonté sa place dans la hiérarchie des facultés, il resterait à déterminer ce qu'elle est en elle-même , qnelle est sa nature : question pour laquelle la psychologie expérimentale n'est point compétente 9 car elle procède par Tobservation, et aucun de nos moyens d'observation ne peut atteindre la nature des êtres. A la psychologie transcendante seule il appartient de donner la solution de ce problème. Néanmoins , si nous ne pouvons le résoudre démonstrativement par les données de rexpérience , il n'est pas impossible d approcher de la solution , an moins d'en frayer la voie par une in-^ duction intelligente , qui saura exploiter tous les éléments des faits naturels et psychologiques. C'est ce que nous allons essayer en passant , dans la double intention d'é claircir la question , autant qu'il dépend de nous pour le moment, et de montrer par un exemple la puissance en psychologie de l'induction bien conduite.

Soit donc la question : Quelle est la nature de la volonté ? nous pouvons la traduire en cette proposition identique : Quelle est la nature de l'àme ? car la volonté, c'est l'àmc voulant, l'àme en acte ou à sa première puis-^ sance. Or la nature d'une chose est toujours indiquée par son origine. Savoir d'où elle vient , c'est savoir ce qu'elle est ; c'est pourquoi tout va se résoudre en définitive dans la question du principe. Le problème peut donc être ffosé ainsi : Quelle est l'origine de l'âme humaine? quel est son principe ? voilà ce qu'il s'agit de reconnaître expérimentalement , par l'observation des faits de la nature et de l'homme.

Trois faits principaux peuvent par leur euchainemeqt

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nous mettre sar la voie de la solution. Le premier est celui-ci : Toute créature a besoin de nourriture et ne peut se nourrir foncièrement que du principe dont elle est.

C'est l'expression d'une loi générale. Le besoin de l'alimentation est inné à l'être créé, par cela môme qu'il est créé. U dépend nécessairement d'un autre, nonseulement pour être posé en existence, mais encore pour être conservé. Toutes les créatures relèvent en dernier ressort du Créateur, mais immédiatement ou plus ou moins médiatement , selon leur rang dans l'échelle des êtres. Chacune tire son aliment de l'ordre de choses auquel elle tient le plus prochainement , ou de l'élément dont elle est ; comme dans une chaîne chaque anneau, dépendant en définitive de l'anneau principal^qui soutient le tout , reçoit cependant sa force directement de celui auquel il s'attache : ainsi de la nutrition de chaque être. Le genre de sa nourriture montre ce qu'il est au fond, ou le degré de sa nature ; car il ne peut être nourri que de ce qui lui est homogène, et il n'y a vraiment nourriture que par l'assimilation de l'aliment ou la transformation d'une substance objective en la substance du sujet. Ainsi, les êtres qui vivent de substances physiques prouvent par le fait que leur nature est physique; leur vie physique et Tespèce d'aliment qu'ils recherchent indiquent l'élément dont ils ressortent ou qui prédomine dans leur constitution.

Le second fait, purement psychologique, et constaté par la conscience, s'énonce ainsi : L'âme humaine a besoin de nourriture; il y a en elle une faim toujours renaissante, insatiable. Quelle nourriture veut-elle? ce n'est

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point la substance physique ; Tbomme ne vit pas seulement de pain , mais aussi de toute parole de yérité. Il lui faut donc un aliment analogue à sa nature ; c'est le bien moral pour la volonté, le vrai et la science pour rintelligence, le beau pour l'imagination. L'àmcTeut vivre moralement et bien vivre, c'est pourquoi elle désire et chercbe ce qui lut est bon, ce qui peut lui faire du bien; elle aime spontanément, par instinct, ce qui loi donne de la vie , de la force , de la lumière , de la nourriture, de Têtre, en un mot. Elle ne vit qu'en aimant , parce que c'est par l'amour qu'elle se nourrit, on attire en elle de quoi se reposer et se soutenir. Heureuse , quand elle aime ce qu'elle doit aimer ! Comme intelligence , elle cherche le vrai ; elle a faim de savoir et de connaître; elle est avide de la parole d'instruction ; elle la mange pour ainsi dire , la dévore afin d'en retirer par la digestion un aliment substantiel pour la pensée, et qui contribue à accroître son entendement, à fortifier son esprit. De là le besoin extrême qu'elle éprouve de voir, d'entendre , de converser, de lire , de penser.

Or, si l'àme ne peut vivre de ce qui est physique, matériel, si elle veut un aliment moral, spirituel, psychique ; si l'intelligence s'alimente de vérité et de science, de ce qui est purement intellectuel, nous pouvons déjà en conclure que cela seul qui est intellectuel et moral est homogène à sa nature , laquelle par conséquent n'est point matière.

Mais de quel principe est-elle? car la connaissance

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