PREFACE. VII
commencé. Nous avons examiné les choses avec moins de préoccupation des hommes et des circonstances. Le temps avait éteint Tardeur de la discussion , calmé les irritations. Nous avons écouté plus froidement des hommes sages et désinté* ressés, et enfin^ au moyen de tous ces secours y la vérité s'est fait jour dans notre esprit , sans doute parce que nous l'avions toujours désirée et sincèrement cherchée. Nous avons reconnu des inexactitudes et de l'exagération dans plusieurs endroits de nos ouvrages.
Ce n'est point ici le lieu de les signaler en détail. Nous indiquerons en ce moment un seul point, celui qui a été le plus incriminé, à cause de son importance, et, nous l'avouons, parce qu'il le méritait davantage.
Dans la Philosophie du Christianisme y en combattant le rationalisme, nous sommes tombés dans l'excès contraire. Voulant renverser l'orgueil de la raison humaine, nous avons ea l'air de ruiner la raison elle-même. L'intention était droite, mais notre zèle nous a emporté au-delà du but ; nous avons péché par un excès de foi.
Deux causes 9 identiques au fond, nous y ont poussé. C'était d'abord l'antipathie la plus prononcée contre le rationalisme moderne, dont nous avions éprouvé personnellement Torgueil y le vide et les tristes effets ; puis une trop grande estime pour la doctrine de Kant, dont la Critique de la raison pure nous paraissait avoir frappé au cœur le rationalisme et avec lui le protestantisme. Nous étions ravi d'en finir d'un seul coup, par la démonstration de l'impuissance métaphysique de la raison, avec la triste doctrine du jugement privé , et il nous semblait à la fois heureux et piquant de la voir renversée par un homme qui passe pour le plus grand logicien des temps modernes, et qui est une des lumières de la Réforme.
Certes, il n'est jamais entré dans notre esprit de vouloir anéantir la raison ou de lui contester sa puissance. Nous lui refusions seulement la science des principes, tout en lui reeou-