‹ Philosophie moraleChapitre 30 sur 224 · PARTIE PgTGHOLOOIQUB. — CHAP. II · texte numérisé non relu

PARTIE PgTGHOLOOIQUB. — CHAP. II

la décide en lui par la pensée et T affirme postérieurement par la parole. Seul il articule le otit et le non ; seul il juge, choisit, propose son jugement et réalise son choix 'y mais il importe de bien comprendre jusqu*où va sa Uberté, quelle en est la force et la mesure. La liberté est si peu de Findépendance, que F homme dépend au contraire de tout ce qui F entoure pour sustenter sa yie. Il ne peut échapper aux influences objectives , mais il prat discerner entre elles, choisir celle à laquelle il lui plait de s*allier. Sa volonté ne peut s'exercer que dans une alternative : placée entre le oui et le non^ il faut qu'elle dise Fun ou l'autre , elle ne peut rester suspendue entre les deux , ni les affirmer ensemble. La loi de la contradiction domine ici*bas l'ordre moral comme Fordre logique. L'esprit a toujours à choisir entre le vrai et le faux. Il a pour but dans «on travail de les trier , de les séparer ; il ne peut adhérer à la fois à Fun et à Fautre, et surtout il ne peut rester immobile entre les deux ; car deux propositions contradictoires, s'excluant réciproquement , ne peuvent subsister ensemble. On ne peut servir deux maîtres à la fois, dit Jésus-Christ; et Fun de ses apôtres ajoute : «Vous ne pouvez être en même temps F ami de Dieu et du siècle. » Paroles qui marquent nettement la position de Fhomme sur la terre, au milieu d une lutte incessante, où il est appelé à prendre parti et à décider la victoire par Fexercice de sa liberté. De là la crise oontinue de Fexistence humaine ici- bas, crise qui se déclare à tous les moments de notre vie et par chacun de nos actes ; car il s'agit toujours pour nous de juger entre des tenues contraires, le bien et le mal, le vrai

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tneot, et malgré les motifs naturels qui nous poussent à le soigner et à le conserver. L'homme peut se laisser mourir en refusant avec obstination la nourriture; il peut réMSter par sa volonté à Tentraînement de Tappétit, aux angoisses de la faim ; il peut surmonta le dégoût le plus violent, les antipathies les plus déclarées^ Alexandre buvant avec cdme la potion que lui présente son médecin Philippe, pendant que celui-ci lit une lettre où on Taccuse de vouloir enxpoisonner le roi., est un des plus beaux exemples de la force de la voIonté^, de la puissance de la liberté et de la grandeur d*âme qui en sort. Dans Tordre intellectuel, nous pouvons résister aux raisons les plus claires , aux arguments les plus paissants , même à révidence de la vérité. Nous résis-tons alors par passion, par orgueil, pour ne pas céder, et Jusqo^à devenir absurdes. Mais enfin c^st le privilège de la liberté , ou plutôt la conséquence de sou exercice, que rhomme puisse aller <x)ntre la loi et ainsi devenir immoral et déraisonnable, s*il le veut : c'est un résultat de la science du bien et du mal. On s'imagine en spécu^ lation que F homme ne peut manquer de se rendre aux meilleures raisons, et qu'il suffit de lui proposer ou de lui démontrer le vrai pour qu'il l'adopte. Il n'en va pas -ainsi dans la réalité. L'acquiescement ou l'opposition de l'esprit dépend surtout de la disposition de la volonté; et celle-ci, outre les influences mystérieuses qui agissent .sur elle, a encore le pouvoir de se décider proprio arbi^ trio, fût-ce contre toute raison et par caprice. C'est ce qoi lui arrive trop souvent, en dépit des réclamations de la conscience, et malgré les plus solides raisons. Il est

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vrai que Tusage, ou plutôt F abus de ce pouvoir, lui coûte cber ; car alors , se jetant eu dehors de Tordre et de la Justice y elle pose des actes propres qui la mettent en contradiction avec ce qui est bien, vrai et raisonnable, et Fentrainent dans une série indéfinie de conséquences et d'événements où elle se débattra péniblement jusqu'à ce qu'elle soit rentrée dans l'ordre. Ainsi, dans l'origine, la créature libre a pu entrer en lutte avec la loi divine, se révolter contre son auteur, et produire un système de choses faux et irrégulier, par lequel le mal se développe et tend à se stabiliser. Tout homme qui commet sciem-» meut le mal renouvelle cette prévarication. Il use de sa liberté contre celui qui la lui a donnée ; il repousse l'ai** liance divine ; il dit non à Dieu ; il lui déclare la guerre. Ces faits, ponrra-t-on dire, ne prouvent pas que r homme soit libre ; ils prouvent seulement que dans la collisiou des motifs ^ il est toujours entraîné par le plus fort. Chez celui qui veut se tuer, le dégoût moral de la vie l'emporte sur l'instinct physique qui l'y attache. Le martyr qui donne son sang pour maintenir sa foi espère une récompense future qui le dédommagera , et ainsi de tous les cas. L'homme , en tant qu'être raisonnable , ne pouvant agir sans motif, son action est nécessairement déterminée par un motif quelconque , sinon le meilleur, au moins celui qui lui parait tel dans le moment.

Nous ne nions point la nécessité du motif ni son influence ; mais nous faisons observer que les motifs de la volonté humaine ne sont point la même chose que les mobiles des animaux. Le plus souvent, c'est l'homme qui

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