PARTIE PSTGHO]X>GIQUE. — CHAP. II
éUe-mtoie qae par la coayention et par la société, Yoilà deux choses qei s'impliquent Vnne Tautre , sans qu'on puisse apercevoir le nœud d'où elles partent. L'intelligence humaine, qui rayonne si magnifiquement dans la science et dans l'art, est un flambeau qui ne s'allume point tout seul ; il faut que le feu y soit apporté. L'homme n'invente point les principes, ils lui sont donnés i il les développe et les applique ; comme il ne crée point les semences, bien qu'il puisse les multiplier et les améliorer par la culture. Le plus grand crime de la créature est de vouloir s'approprier ce qui ne lui appartient pas, et ainsi de se mettre à la place de Dieu ou de se croire semblable à Dieu. Prométhée, dit la fable, déroba le feu du ciel pour vivifier l'œuvre de ses mains. Il voulut être créateur, et il ne put en prendre l'apparence qu'en dérobant j ce qui montre à la fois son impuissance , son oi^neil et son crime. C'est un reflet de la Genèse dans la tradition païenne ; la vérité perce encore à travers le voile du symbole,
De là sort une conséquence d'une haute importance pour la philosophie spéculative , comme pour la philosophie pratique : c'est que l'homme^ parfaitement libre dans sa réaction positive ou négative, n'est jamais ni le principe premier de son acte , ni le maître des effets qu'il produit. 11 n'est ni créateur y ni agent indépendant dans le monde. Il est un organe libre et intelligent , ministre , coopéra-
teur d'un agent plus puissant auquel il s*allie. 11 sera l'auxiliaire du bien , le ministre de la providence pour le rétablissement ou le maintien de Tordre en lui-même et dans le monde , ou il deviendra l'instrument du mal pour entretenir et propager le trouble et le désordre.
Dans tout ce qa*il opère, Thomme est donc en seconde ligne, en soas-ordre, ou cause seconde. 11 n'est jamais le moteur primitif, le principe premier d'une action ou d'une série de mouvemeuts ; car en tout ce qu'il exécute, et pour tout ce qu'il est , il est obligé de recevoir d'un autre ; c'est ce qui mesure sa re^nsabUité et son mèiriU. Quand il fait le bien , il réalise une bonne inspiraUon qui lui est donnée dans la conscience. La première motion du bien ne \ient pas de lui , et ainsi le mérite priniÂpal ne doit point lui en revenir. Ce qui est de lui, c'est la ré* action de sa volonté vers ou contre ce qui lui est suggéré; car il a la faculté d'acquiescer ou de repousser. Là est son mérite , la prérogative de sa liberté ; et encore peut-on demander si ce n'est pas une nouvelle grâce que de consentir à la grâce , et de rejeter ce qui lui est contraire. De Vautre côté, il y a un fait qui tombe sons la perception claire de la consdence : c'est qu'au milieu des influences diverses qui nous portent à agir de telle ou telle manière , il y a quelque chose en nous qui dépend de nous, qui est nom-mêmes, par quoi nous pouvons dire ont ou non. Dans ce fait est l'homme tout entier. Nier ce fait ou n'en pas tenir compte, c'est méconnaître l'homme réel , ou mettre à sa place un être imaginaire ;