‹ Philosophie moraleChapitre 34 sur 224 · PARTIE PSTGOOLOGIQUE. — GHAP. II · texte numérisé non relu

PARTIE PSTGOOLOGIQUE. — GHAP. II

ear sans la liberté humaine il n'y a plus ni mérite moral, ni responsabilité, ni justice ni injustice, ni droit ni devoir, ni loi ni législateur. Cette Yue de notre insuffisance à opérer le bien par nous-mêmes justifie philosophiquement la parole chrétienne qui affirme que de nous-mêmes nous ne pouvons rien ; ou , comme FEglise Ta défini contre les Sémi-pélagiens , que sans la grâce de Diea nous ne pouvons ni Taimer comme il convient, ni croire en lui , pas même avoir une bonne pensée , dit saint Paul. D'cù se tire la raison profonde de Ihumilité chrétienne, base de la morale évangélique et de toute vertu.

D'un autre côté, et c'est une pensée bien consolante, quand nous commettons le mal, nous cédons à une mauvaise suggestion, nous réalisons une inspiration maligne; nousn'avons donc pasl'horrible mérite d*inventer le mal ; BOUS ne sommes jamais Fauteur ou la cause première du désordre. Le principe objectif du mal est hors de bous; et notre mal à nous, ou ce qui nous rend coupables, criminels, c'est de l'admettre, de recevoir son influence , d'y adhérer et de le suivre. Nous sommes, sous ce point de vue, plutôt le complice que l'auteur du crime, ou du moins nous n'entrons dans la culpabilité que pour une part de faiblesse et d'entraînement qui diminue d'autant notre responsabilité. En un mot, rhomme n'a l'initiative ni du bien ni du mal ; c'est pour* quoi la miséricorde divine est si abondante à son égard* Elle ne Ta point abandonné après sa première faute , quelque grave qu'elle fût , parce que le mal ne partait p(Hnt de son fond et qu'il y avait moyen de le ramener

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à Vordre par une surabondance de grâce. De là tonte réconomie de la charité providentielle à Fégard de r homme pécheur, soit pour Ihumanité dans son ensemble par le développement merveilleux de la religion à travers les siècles , soit pour chaque homme en particulier par les moyens de régénération et de salât qui lui sont offerts.

Une autre conséquence, c'est que, tout en étant pour la part de notre volonté dans nos actes et dans les événements qu'ils amènent , cependant nous ne restons jamais maîtres du cours des événements, et qu'il nom est aussi impossible de le prévoir complètement que de le diriger; car avec la force qui nous est propre concourent d'autres forces dont nous ne pouvons calculer ni gouverner la portée. Nous sommes toujours englobés , uoiis, notre volonté et nos actes , dans une sphère d'aetivité plus vaste , où nous avons à remplir une fonction subor» donnée. Si nous sommes dans la ligne du bien , nous suivons le mouvement providentiel , nous entrons dans le plan divin pour le développement légitime des choses. Les effets de nos actions coïncident avec ce que Dieu veut ; et de là Tefficacité, la grandeur, Texaltation même de la puissance humaine , qui peut alors produire des merveilleus. C'est ce qui nous donne aussi du calme , de Tassurance pendant et après l action, parce que nous nous sentons dans une bonne voie , dans l'ordre, portés en avant et comme soutenus par quelque chose de plus fort, r exécution franche de la loi, en sorte que tous nos mouvements réalisent ses exigences et coïncident avec ses applications : telle est la seule manière de mettre è

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couvert notre responsabilité. Si nous ne faisons rien de nous-mêmes, si nous ne posons point d*acte propre, nous ne répondons de rien ; nous ne sommes passibles d'aucune conséquence ; nous suivons la volonté divine ; c'est la perfection chrétienne : « Non quod ego volo, sed quod tu; non mea voluntasj sed tua fiât ' !» Il en va de même , mais en sens contraire, dans laligoe du mal, une fois que la volonté s'y est engagée. Elle est tenue par la puissance maligne qui la pousse ou lentraîne au désordre. Elle est entrée dans la sphère d'attraction d'un centre terrible qui la fait tourbillonner dans son orbite , et il lui devient bien difficile de s'en échapper. Elle peut à peine s'arrêter pour se reconnaître, reprendre haleine , se calmer ; elle ne peut point dire, «Je n'irai que jusque là,» carie principe du mal est en elle ; il se mêle à tout ce qu'elle fait ; il la presse, la fouette, la pousse en avant , jusqu'à ce qu'elle se précipite. Les actes réalisés sont irrévocables ; tombés dans le temps et l'espace « ils s'y propagent par l'impulsion même que la volonté leur a donnée , impulsion fortifiée et accélérée à toat instant par l'énei^ie incessante de la causalité. Ce sont des semences jetées dans le monde, qui produisent i travers les siècles et dont nous ne verrons les développements qu'au dernier jour , quand il sera rendu à chacun suivant ses œuvres.

L'homme^ essentiellement libre dans l'acte de sa volonté, dans son pouvoir de réagir positivement

' Marc xiTy 36. — Luc. xxn, 42.

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OU nëgalivement vers ce qui Timpressionne^ est pUcé en ce monde entre deux influences absolumenl contraires, savoir l'influence du Bien souverain, du Principe de la vie^ qui agit sur lui immédiatement ou niédiatement, et celle du mal qui le tente el t'atteint par toutes sortes de voies. La volonté ainsi sollicitée par des agents contraires ne peut rester indifférente. Il faut qu'elle réagisse vers l'un on l'autre de ces deux termes. Libre dans son ehoîX) elle est forcée de choisir, et elle ne peut accepter l'un sans repousser l'autre. C'est par la nécessité de cette alternative entre le bien et le mal , que la liberté métaphysique devient liberté morale^

La liberté métaphysique est le ûtit ou le non par et «impie, que toute volonté intelligente peut prononcer et effectuer dans son rapport avec une iofluence quelcoo* que. La liberté morale est le oui ou le non prononcé entre deux termes contradictoires , le bien et le mal, de manière à exclure nécessairement l'un des deux. G'estM fond la même puissance , mais modifiée dans le second cas par Falternative où elle est placée , et s'exerçant sous une autre forme. La liberté morale est , avec la raison^ le caractère spécifique de l'homme ; car elle résulte, comme la raison, de l'union de ses deux natures et de sa position complexe. Etre mixte, l'homme est placé dans un monde où tout est mixte, et il ne peut y vivre qu'en puisant dans ce qui l'entoure l'alimentation de son existence. Il faut donc qu'il s'adresse à l'un des deux termes •où \iennent se résoudre en définkive toutes les opposi-

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