‹ Philosophie moraleChapitre 35 sur 224 · ARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. II · texte numérisé non relu

ARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. II

lions de ce monde, k bien et le mal. 11 faut qu*il discerne ce qui est bien ou mal, bon ou mauvais, dans toutes les influences auxquelles il est exposé; et cest pourquoi il ne peut vivre sans juger; car le discernement, c*est le jugement. Mais pour juger il faut une unité de mesure, un terme de comparaison. Il ne peut les trouver dans sa nature ; car sa nature est double , et les deux substances qui le constituent ne sont pas plus en harmonie dans son être que dans le monde qu*il habite. Elles se combattent sans cesse; ce que Tune veut, l'autre le repousse, et le bien et le mal ne sont pas les mêmes pour toutes deux. Il est évident que si l'homme est abandonné à lui-même dans un tel état, si une parole ne lui vient de plus haut pour l'éclairer sur sa véritable destination, lui montrer la voie qui j conduit, et lui donner en même temps la force d'y entrer, il sera incapable de perfectionnement , non par le manque de facultés , mais faute de l'impulsion né^ cessaire à ses facultés pour entrer en mouvement et prendre leur Traie direction. 11 n'y a de développement de sdence et de moralité dans l'homme qu'à cette condition; et si nous trouvons sur le globe des races d'hom-* mes qui ne font aucun progrès, comme par exemple les indigènes de l'Amérique, sur lesquels tous les efforts de la civilisation ont été impuissants jusqu'ici, c'est que cette race ou n'a point encore reçu , ou a rendu inutile pour elle cette influence supérieure qui peut seule chan^ ger les hommes. C'est pourquoi elle a été laissée à soa développement purement naturel , sans connaissance pi^ise du bien et du mal, de la vérité et de l'erreur, et représentant dans le genre humain les sauvageons du

80 PHITX>50PHiE MOEALE.

règne végétal dont la greffe peat seule adoaeir l'Ap^. Toutes les peuplades sauvages sont dans cette position ; ce sont des hommes non greffés, vivant dans toute la crudité de la vie teri^estre.

Cependant il y a déjà dans le sauvage an certain discernement naturel du juste et de l'injuste, a^u moins en ce qui le touche immédiatement et dans la sphère de ses besoins et de ses affections. C'est le sentiment de l'équité qui se développe spontanément par le contact des individus, et par Topposition et le balancement de leur moi. On apprend d'abord à reconnaître l'injustice en réprouvant; c'est pourquoi il est bon de réprouver, car on ne s'instruit qu'à ses dépens, et cela seul profite bien qu'on a vivement expérimenté. A mesure que la volonté se pose, se développe , surtout au milieu de la civiUsation , elle est continuellement sollicitée par le bien et par le mal, qui cherchent à pénétrer en elle par toutes les voies, afin de conquérir son assentiment et de s'en faire un auxiliaire. Celui qui réagit plus habituellement vers les bonnes influences devient un homme de bien ou du bien, un homme honnête , vertueux. Le mal , de sonj côté , tâdie d'envahir la volonté ou de s'y glisser sous toutes sortes de formes, par les sens, par l'imagination, parles facultés inférieures , sur lesquelles il a plus de prise , parce qu elles tiennent davantage du corps. La volonté ne peut être entraînée malgré elle , car il faut qu'elle consente; mais ce consentement lui est quelquefois surpris , arraché. Elle peut être faible; eUe l'est trop souvent, mais elle reste toujours libre; et quand elle succombe, efle a encore la conscience qu'elle pouvait résister, et de

Page 1