T»ARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. II
être , pour exister, pour agir, pour se développer, pour subsister, pour tout en un mot. Il ne peut rien à lui seul, pas plus dans les opérations de sou intelligence que dans les actes de sa volonté ; son action est toujours en raison des causes externes qui rinfluencent préalablement. Le premier fait de son existence est un fait de passivité ; il sent avant d'agir, et il n'agit que parce quïl sent ; en d'autres termes, il ne réagit que parce quMl est actionné; ce qui est la condition commune des créatures. La vie du sentiment est donc ce qu'il y a de plus foncier, de plus intime ; tous nos désirs y prennent racine ; le sentiment donne l'excitation et la substance à toutes nos facultés. C'est par la sensibilité en acte que l'âme s'unit aux choses du dehors et s'assimile leur action ; c'est par la sensation que le sujet et l'objet se pénètrent primitivement. Aussi dans la pratique et dans la spéculation, nous ne valons au fond que par notre manière de sentir. Les travaux de l'esprit n'aboutissent à rien , s'ils ne partent d'un sentiment juste de la vérité, et les hautes intelligences pressentent toujours le vrai, le goûtent avant de le voir, avant de se l'expliquer à elles-mêmes et de le démontrer aux autres ; ce goût de l'esprit est le ressort de la pensée. Dans les affections du cœur, le sentiment est la source des sympathies et des antipathies. La passion, bienveillante ou malveillante, a sa cause dans la manière dont l'objet nous a affectés; elle s'alimente et s'accroît par le renouvellement des impressions , par la continuité des rapports. L'état passionné montre que quelque chose est entré dans notre âme, en a pris possession et la subjugue. Si vous voulez
combattre la passion, allez droit au sentiment, qui en est le foyer. Il faut ou éteindre ce foyer, ce qui n'est possible qu'en lui étant ce qui Falimente , c'est-à-dire en séparant le sujet de l'objet , en empêchant leur commonication ; ou bien , ce qui est plus doux et plus sûr, il faut combattre le sentiment dominant par un autre sentiment, qui fasse révulsion , et délivre la partie malade en attirant l'inflammation sur un autre point. Chez l'artiste , qui ne vit que pour goûter et reproduire le beau , tout dépend de la manière de sentir; car là aussi le goût est dans le sentiment : la sensibilité est la première condition de l'art. Par elle seulement, le poète, le peintre, le sculpteur, le musicien, peuvent entrer dans un commerce intime avec la belle nature , se confondre , s' identifier en quelque sorte avec elle , être animés de son souffle , recevoir son esprit et manifester sa vie. Il en est de même à un degré supérieur dans la vie religieuse , provenant du rapport de l'àme avec Dieu. Plus elle est intense, profonde , pure , plus il y a de sentiment en elle , jusqu'à ce quelle devienne tout amour, toute charité, on expression simple de l'esprit divin qui s'empare de l'àme, en sorte qu'elle peut s'écrier avec saint Paul : « Ce n'est plus moi qui vis, cest Jésus-Christ qui vit en moi *. »> Rien ne donne plus de fond , plus d'énergie à la volonté que le sentiment religieux. Par ce sentiment, l'àme , communiquant avec l'infini, prend son point d'appui dans ce qui est immuable , et en même temps reçoit une lumière qui surpasse toutes les pensées humaines, une force qui triomphe de toutes les forces de la terre.
» Galal. II, 20.
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L'acte de la volonté , ou la réaction de lame vers Tobjety est immédiat ou médiat; et de là les divers degrés de la spontanéité. La réaction immé* diate est TefFet pur du sentiment ^ sans aucune intervention de la délibération de l'esprit; c'est pourquoi elle est vive, forte et naïve. Presque toutes les belles actions se font par inspiralion, par entrainement, avec enthousiasme, comme les grandes vérités se découvrent le plus souvent par intuition et par vue instantanée. Quand la pensée domine, l'acte devient réfléchi, par conséquent plus froid et moins efficace. Il se réalise alors en trois temps distincts : 1° il sort de l'âme comme spontanéité pure , comme rayon primitif; 2° il tombe dans la sphère de l'esprit, dans Fentendement, qui le brise dans son prisme, et l'analyse par la réflexion ; 3** il passe de l'entendement dans le monde extérieur, au moyen de l'action ou de la parole, qui lui donne une forme sensible et le fixe dans le temps et l'espace.
L*acte volontaire est d'autant plus intense que les denx forces dont il résulte coïncident mieux et s'unissent plus intimement. Quand le moteur externe agit directement sur la volonté , il lui communique toute sa puissance, rien ne se perd dans la transmission du mouvement ; et, si de son côté la volonté y répond immédia-
tement et avec abandon , il y aura dans l'action de la soudaineté, de l'unité, de Ténergie , ce qui la rend naturelle et efficace. Si au contraire la motion, avant d arriver à la volonté, passe par Fesprit qui Tanalyse pour en distinguer les conditions y les moyens et les conséquences ^ pour comparer les raisons d'agir ou de ne pas agir, de faire de telle manière ou de telle autre , le motif qui prévaut après la délibération et auquel Fesprit juge à propos d'acquiescer n'a plus qu'une force brisée ; il ne meut pas immédiatement l'être libre. L^impulsion natarelle et vive n'y est plus ; il y manque cette énergie que donne l'entraînement du sentiment. L'action part de la tète , non du cœur, et, par cela même qu'elle est pensée , elle devient froide , lente et bien moins fructueuse. C'est la même différence qu'entre le discours récité et la parole improvisée, l'un combiné à loisir par la réflexion, l'autre jaillissant de l'abondance du cœur. Dans l'ordre physique un mouvement qui se communique immédiatement est plus franc et plus puissant que celui qui atteint Je but par des intermédiaires. Ce dernier laisse de sa force à chaque degré ; il se divise, s'éparpille, et l'effet produit au terme de l'engrenage n'a pas la même intensité qu'au point de départ. Ainsi des actions faites avec le concours de la réflexion. Ce qui est employé à délibérer est en moins pour l'action, et ce n'est pas seu- JcirHînt le temps qui est perdu, c'est encore la force qui s'use et l'occasion qui s'en va; car la vie est une dans l' homme, et ce qu'une fonction consomme est retiré aux autres. La délibération prouve sans doute la liberté <Mi le pouvoir de choisir entre les motifs; mais ello