PARTIE PSYCHOLOGIQUE, -r- CHAP. II
montre en même temps notre faiblesse, car nous ne sommes embarrassés de choisir que faute d'apercevoir rapidement le vrai et de sentir du premier coup le beau et le bien. L'homme s'élève à mesure qu'il discerne et choisit plus promptement. La conscience morale n'est jamais plus claire, plus sûre^ que quand elle parle seule, sans que notre raison se mêle de l'interpréter. Alors aussi nous sommes plus port& à réaliser ce qu'elle demande, et nous avons plus de force pour l'exécution. Si la réflexion intervient , le sentiment s'affaiblit , la lumière de la conscience s'obscurcit; nous nous embarrassons dans les raisons opposées , nous allons et venons du pour au contre , et nous finissons, à force d'explications, de discassions, de combinaisons et de prévisions, par ne plus savoir que résoudre.
Ce n'est pas à dire cependant que l'esprit ne soit pour rien dans une action spontanée ; il y a toujours dans mi acte libre une opération de Tintelligence qui discerne d'un coup d'œil ce qui convient ; c'est une vue et non une pensée. L'homme dans ces moments est tont sentiment, vue, action, et la vie, aussi simplifiée, aussi concentrée qu'il est possible, est à son plus haut point d'intensité. L'âme, pleine de l'influence qui l'a saisie , ne sent , ne veut et ne voit que son objet ; elle le poursuit à travers tous les obtsacles , elle ne recule devant aucun danger. C'est une espèce d'enthousiasme qui exalte l'homme au-dessus de lui-même et qui , loin d'être produit par sa pensée ou de venir de son esprit, suspend au contraire l'exercice de ses facultés et le rend momentanément incapable de réflexion. Si dans cet état
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il essaie de reyenir sur lui-même pour se rendre compte de ce qu'il éprouve et raisonner son acte , il le fait plus sien, à mesure qu'il y met davantage de son esprit propre ; mais par cela même il le rapetisse aux proportions de sa raison ; il raccommode à ses opinions, à ses préjugés , à ses passions , à tout ce qui ressort de la ik indiyiduelle et vulgaire , et finalement il en sort une ac^ tion tout humaine , peut - être plus raisonnable et plus prudente ; mais qui a moins d'élévation et de portée. C'est ce qui se montre encore dans nos affections. Plus on aime , et moins il entre de réflexion dans le rapport avec la personne aimée. L'amour produit la confiance; la confiance porte à l'abandon, au laisser-aller dans la conduite et dans les paroles. C'est le plus grand charme de l'intimité , ce qu il y a de plus doux dans l'union des cœurs, qui vivent d'un même sentiment, sans retour sur soi, sans réflexion comme sans prévision.
Le mouvement de la volonté , soumis à la réflexion de resprit , subit dans Tordre moral et analogiquement le même cbangemeut que le rayon lumineux passant dans un miheu plus deuse ; il est brisé, décomposé en nuances distinctes ; il se dégrade eu couleurs multiples. Ses éléments, ses conditions, ses motifs, ses conséquences et ses résultats sont analysés par la pensée, qui cherche à eo acquérir la conscience claire ou la connaissance ; et comme la pensée de chacun dépend de son état au moment où il pense , chaque explication rationnelle a nécessairement quelque chose de particulier et d'indiridud. L'action qui eu provient s'en ressentira donc ; elle n'aura plus celte naïveté , cette largeur que donne le