PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHÂP. II
sentiment; elle sera mesurée, compassée, tirée à la règle, si Ton peut parler ainsi, et plus égoïstique. En outre , comme la pensée ne vit que d'opposition , puisque le principe de contradiction en est la première loi , Faction réfléchie entre par le fait en lutte avec d'autres actions du même genre ; et même quand elles paraissent tendre à un but commun, elles y vont encore par des voies différentes , avec d'autres motifs et des moyens divers. Les hommes ne s'accordent jamais complètement par la pensée; car en pensant chacun se met d'abord à son point de vue, qui ne peut pas être celui d'un autre ; puis , se repliant sur soi par la réflexion, il s'enferme dans une sphère qui l'isole des autres existences , ou ne lui permet de communiquer avec elles que par un seul point, comme deux sphères en contact.
Le dernier terme de l'acte est la réalisation dans le monde extérieur par le mouvement physique , par l'action ou la parole. Ici l'esprit prend un corps pour se manifester dans le monde des corps , il revêt la forme du milieu où il doit agir, et, par cela même qu'il s'y pose et y prend place , il s'enchaîne , au moins par sa partie extérieure , dans la série des faits physiques. Par sa volonté, par son activité, toujours productives, il modifie pour sa part l'ordre et le développement du monde ; d'où résultent des événements de sou fait , qui , se mêlant avec les circonstances du dehors , forment ce tout complexe qui est la vie de l'humanité sur la terre. Devant la société, qui ne peut juger du fond que par la forme, l'agent moral n'est responsable de ses volontés
que si elles ont oommeDcé à se manifester par TactioD ou par la parole. Le juge humain ne counidt que ce qui tombe sous les sens; il n y a de crime pour lui que là où il y a commencement (Inexécution. Devant Dieu , qui voit les pensées les plus secrètes et scrute les reins et les cœurs, Fintention, le désir du mal sont criminels, Celui qui aime, qui veut l'injustice sans pouvoir Tac* çomplir, est déjà coupablCt
La réaction volontaire dépend de l'impressiop reçue ^ du sentiment éprouvé. Elle est positive ou négative, tendance vers ou contre l'objet, suivant qu'il agrée ou répugne, cause du plaisir ou de hi douleur, et semble propre à réparer et à réjouir l'existence, ou à la troubler et à la détruire. Ici est la racine des deux mouvements contraires de la volonté, qui sont au fond de tout ce que nous faisons et de tout ce que nous sommes, à savoir l'amour et la haine, le désir et l's^version,
Dans tous les règnes de la nature nous retrouvons ces deux faits fondamentaux, qui expriment les rapports et déterminent les mouvements des êtres, depuis les molécules élémentaires de la matière qui s'attirent ou se repoussent, jusqu'aux âmes humaines qui s'aiment ou se haïssent. Les affiaités chimiques sont une forme de Ta-» mour, eu prenant ce mot dans le sens le plus général , comme tendance de l'être à s'unir à ce qui lui convient,