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PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. III

Tabsorbe agissent Tivement sur le moral. Si la respiration est gênée par l'oppression de la maladie on par une cause quelconque, tout le corps est en souffrance; Fesprit est entrayé, et la Tolonté manque d'énergie. Quand Tair où nous vivons est malsain, épais, chargé d'exhalaisons malignes, de vapeurs empestées, il devient impropre à la respiration , à l'hématose , et Tindisposition du corps lui ôte les moyens de servir énergiquement les actes intel^ lectuels et moraux ; l'homme est peu excité à penser, et le courage lui manque pour entreprendre. Si, au contraire, un air pur et vif est reçu dans une poitrine bien constituée et en bon état , il exercera sur toutes les fonctions vitales une stimulation puissante qui réagira sur l'&me, et l'homme sera très-porté à vouloir, à penser et à faire. Il sera naturellement mieux disposé et de bonne humeur.

n en est dé même de la lumière et de la chaleur. Tout ee qui vit a besoin de lumière. Dans le monde physique et dans le monde moral , la lumière est le grand excitateur de la vie , qui dort , s'éteint ou languit partout où la luinière ne pénètre point ou n'arrive qu'avec peine. De là le désir naturel du jour chez le nouveau-né , et l'instinct qui le porte à tourner les yeux vers la lumière , ce dont il faut tenir compte dans la position qu'on lui donne, pour éviter le strabisme. De là aussi l'aversion naturelle que nous éprouvons à tout âge pour les ténèbres, et l'espèce d'horreur qui nous saisit quand nous y sommes plongés. Le rayon du jour excite l'esprit comme le corps, et le développement intellectuel des

individus et des peuples est singulièrement modifié par 1. 9

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le soleil qui les éclaire. La subtilité des scns^ la Tiyaeité de la pensée , la tournure de Tesprit et surtout la puissance et la richesse de Timagination, dépendent en grande partie de la manière dont les rayons lumineux sont réfléchis et réfractés par l'atmosphère, par la sitiiati<Mi et les objets d'une contrée; et ces modifications notables des facultés impriment un autre caractère à la sdoioe , à la littérature , aux arts de chaque peuple. La manière habituelle de sentir, de Toir et de penser, r^igit sur la Tolonté , sur la manière d*ètre, et par suite sur la conduite, sur les affections, sur les mœurs.

Le feu nous est aussi nécessaire que la lumière. H y a dans chaque être Yiyant un foyer de diakor qui rayonne par toute son existence. Ce foyer a besoin d'être outretenu , réparé ; il faut donc qu'il puise son afiment aodebors , dans le calorique ambiant. Mais il n'en yn pas ki comme dans les corps inoi^aniqnes , où le cahHÎqae se distribue à peu près uniformément et d*nne manière mécanique . tendant à se mettre de niveau dans tons les eiMrps. La chaleur vitale est pour ainsi dire digérée , animaKsée : elle se produit surtout par la respiration et dans Ihématot^. et e est lair, avec le feu qu'il contient, qui «lîînhitite principalement la calorification animale. Da n^te « il n est pas douteux que tous ks phénomènes diimtques qui s opèrent dans le corps^ et spécialement dans la iti^:estiott. ne dê^ca^^ent aussi de la chaknr. Qr, le défaut iHi l excès de cette chateor inflne notaUement sar l boittttie uMHnil. le froid g^hK ks opéralîoi» de la peikw ; il rend presque iHip«K$ibk l attivilê «a pen soutmiie Ar I V^^t. I\m!^ks hoaiaies d'etnde réprooTcnt,

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«t il faut avoir un grand zèle , une grande ardeur de tra* yail , pour persister dans la méditation ou une lecture sérieuse au milieu du froid. L'excès du froid engourdit la Yolonté et lui ôte le courage. L'homme se ramasse en lui-même, se tient coi, et si on ne le secoue, il se laisse aller à un sommeil de mort. Un froid modéré est au contraire un stimulant; il donne du ton et de TactiTitë. L'excès de la chaleur accable, dispose à la paresse, et ôte le ressort au corps , à l'esprit , à la volonté. Il semble qu'on ne vive alors que pour se reposer et dormir ; et comme la faim est en cet état peu exigente, parce qu'il y a peu de mouvement et de déperdition , l'activité est faiblement excitée, et l'homme s'affadit et dégénère. C'est ce qui se voit dans les climats très- chauds, où les hommes restent immobiles, stationnaires, pour n'avoir pas la peine de se remuer, et oik l'apathie et l'inertie passent pour du calme et de la gravité. Toutes les fois que l'homme se laisse dominer par le climat , il ne peut y avoir en lui aucun élan remarquable d'intelligence et de liberté : il végète.

Tout organisme sain et dispos tend à se développer, à se mouvoir, surtout dans les périodes de croissance. La nourriture porte à la concentration et au repos, quand le travail de la digestion commence et attire à Testomac le sang et les forces vitales ; dés qu'elle est assimilée, la force augmente et pousse au mouvement, dont le besoin instinctif

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agit vivement 9iir rhomme intellectuel «t moral. Par le mouTement les forces s'épuiswt; les orfanes et les memiyrçs se fatiguent, et alors T^tre 'qui s'est jeté au^-dehors sent le i^esoin de revenir ^u«dedans^ de rentrer en luirmême pour s'y reposer et s'y. refoire. De là le désir du repos» qui o'est complet que dans le sommeil.

Le besoin du mouvement est iiuaé à tonte eréatore TÏTante et se rétUse ea tdiacone d*nne manière analogae à sa nature ^ ^ 8(« organisation. Il s'eiprime dms li plante par la croissance soocessiTe et renouvelée; par h croissance et la locomotion dans Tanimal , qui ne TépicuTC jamais plus vivement qoe dans l'Age de Fae» froissement et quand ses forces ont été r^^arées paris mtritiom De là un trop plein qui déborde, l'agite, et prodnit en grande partie la vivacité dn jeone Age. Les enfants ont beancoup de pdne à restar en j^ace, il £B«t tonjonrs qu'ils «e remuent , et qnand ils ne penvoit agir, ils parlent sans avoir rien à dire , afin de se débarrasser de l'excès de vie qui les tourmente. C'est pourquoi il est SI difficile de les instruire; car il faut parvenir d'abord à~ fixer leur attention sur l'objet dé renseignement, et comme le plus souvent c'est une chose intellectuelle ou abstraite, la difficulté est double. Leur esprit est si mobile, si instable, que l'instituteur expérimenté sent le besoin de s*accommoder à cette nécessité de lenr éM et de leur âge. Il se prêtera jusqu'à un certain |^nt li leur inconstance, variant souvent les objets d'étude pour ranimer leur attention et profitant du moment trop ra-

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pide de zèle et de ferveur, dû à la curiosité, à la mm-^ reauté. U se gardei^ aussi de les tenir long-temps à la même place et dans la même position ; leur corps ne le souffre pas , et c'est peut-être un des avantages les plus positifs de la méthode d'enseignement mutuel, que d'avoir introduit dans les écoles, par l'usage des cercles, une variété de mouvements et de situations qui satisfait au besoin de l'enfant et le délasse. La tendance au mouvement agit sur la volonté comme sur r esprit. L'enfant est aussi volage dans son désir que léger dans son attention. L'un et L'autre se portent sur tous les objets qui les excitent ; s'it est abandonné à lui-même , il réagit à toute impression , va d'une] ebose à l'autre comme le papillon de fleur en fleur; mais celui-ci en tire sa nourriture, tandis que l'enfant distrait effleure les objets sans y rien puiser. Si la^ discipline de l'éducation ne règle point cet instinct naturel , l'homme deviendra incapable d'instruction et de développement moral.

Ce que nous disons des enfants , nous pouvons le dire des adultes , qui sont parfois de grands enfants. Combien d'hommes ont besoin d'être toujours en mouvement pendant la veille! S'ils ne se remuent pas, ils s'endorment. La vie du corps les entraine, et leur âme tout entière passe dans les sens et dans le monde physique, par l'action et par la parole. Ils s'ennuient dès que leur activité ne peut plus se poser au*dehors. Le silence , la solitude , le calme, leur sont insupportables. Ils craignent de se trouver seuls, parce que, n'étant pas habitués à penser, c'est-à-dire à converser avec euxmêmes pour se rendre raison de ce qu'ils éprouvent, ils

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font à Tide ausfdiôt que les impressions sensibles ne leur arriTent plus. Ce besc»n de moinreiiiait pousse Tesprit et la volonté comme le corps ; et souvent quand le oorps est en repos, l'esprit s*agite , divague, tourbillonne au milieu de miUe distractions et avec toutes les apparences de la méditation ; ou bien la volonté, excitée sans cesse par la fantasmagorie de Fimagination, se tourmente dans la multiplicité de ses d^irs et de ses caprices.

Cette mobilité de corps, de cœur et d'esprit dépend beaucoup du tempérament des individus et des circonstances où ils sont placés. Le sanguin et le bilieux sont plus portés au mouvement que le mélancolique et le lymphatique. Une contrée sévère, rude, peu attrayante , refoule au -dedans et resserre; l'activité se conc^itre et peut même acquérir plus d'énei^e par la réflexibn. Une nature riante, tiède ou chaude, brillante de lumière et de beauté , excite vivement les sens ; Fàme est entraînée au-dehors, toute son acti\ité s'y porte. De là une distinction remarquable entre les individus comme entre les peuples. Les uns sont plus enclins au mouvement , d'autres à la concentration , et chez quelquesuns ces deux tendances se balancent. Chez les premiers, la force expansive domine. Le repos ou l'inertie lear est insupportable ; ils sont toujours prêts à changer de place , à commencer quelque chose de nouveau , à entreprendre. Courageux , audacieux , ils poussent en avant avec ardeur, sans trop savoir où ils vont, et à plus forte raison sans s inquiéter comment ils retiendront. Tout leur est bon pourvu qu'on avance. Ils sont nés conquérants; mais ils ne savent point garder, et surtout ilsn#

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laveDt point fonder. Ils passent partout et ne restent nulle part , parce que rester les ennuie , et qu*après une chose faite il leur en faut une nouvelle à faire. S'ils ayaient conquis le monde , ils regretteraient , comme Alexandre, qu'il n'y en eût point un autre à conquérir. Nous sommes ce peuple , Trais enfants de ces Gaulois qui dans tous les temps ont erré en armes sur la terre , cherchant fortune dans tous les pays connus du monde , ou plutôt ayant besoin de se remuer dans le monde, pour épuiser l'excès de leur activité. C'est le Français qui au moyen-âge a poussé l'Occident sur l'Orient ; il est chef dans les croisades, et chaque fois qu'il monte à cheval pour aUer en Terre-Sainte, il entraîne l'Europe à sa suite. C'est encore lui qui a remué le monde de nos jours, et a jeté les peuples les uns sur les autres pour les refondre et les reconstituer en eux-mêmes et dans leurs rapports. Il s'est arrêté quand il a été épuisé ; il recommencera probablement quand les forces lui seront revenues et au premier signe de la Providence ; car il est remarquable que dans le monde moderne le peuple français a toujours été l'instrument de Dieu pour changer la face de la terre. Nous sommes toujours en tête de la civilisation ; notre activité comme notre langue domine les autres peuples. Oui , certes , la mobilité et la légèreté françaises ont coûté bien du sang et des larmes au monde ! mais aussi que de vie , quel élan , quelle grandeur sous ce mouvement! quelle noble tendance à l'idéal, au parfait , au divin dans ce besoin continuel de changement, qui ne change après tout que parce qu'il a'est content de rien ici-bas. Il semble que nous ne vi-

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yion» sur la terre que pour y réaliser les idées divines ^ pour préparer et exécuter les desseins de la Proyidenoe^ pour y faire les grandes choses , en un mot , toajonrs à nos dépens et au profit des autres on plutôt au profit de l'humanité entière^ dont le peuple français est L'aYantgarde et comme Féclaireur dans la voie du progrès.

Les peuples où la concentration remporte ont nue destinée toute contraire. Ils sont peu portés au diangement physique et moral : tout chez eux ya plus lentement , avec plus de calme , d*nne manière plus réfléchie. Ils aiment le staiuquo, et s'arrêtent Tolontiers dansée qui existe. Le fait a diez eux plus de puissance que le droit, ei le réel que l'idéal , au moins dans la vie pratique. Gomme ils se concentrent facilement, ils vivent plus par la réflexion que par le sentiment et la spontanéité. L'habitude de réfléchir et de se réfléchir les pose fortement m eux-mêmes, dans le moi, d'où la prédominance de régoîsme dans la conduite , par suite moins d'abandon et de géoérosité , peu de capacité pour le déTouement , et par suite encore un plus grand isolement des hommes, des familles et des peuples , et un fractionnement dans la société qui rend impossible une grande unité nationale. Cependant « comme il y a toujours de lactiYité dans r homme et qu'elle doit s'exercer d'une manière queltouque, chez ces peuples , c est dans la pensée et par la spéculatiou intellectuelle qu'elle se donne carrière ; s'il y a peu de penchant au mouvement extérieur, et par conséquent à la réalisation par T action, en revanche la pensée déborde par la parole , et produit ce déluge d'écrits qoi inonde 1 Allemagne ; écrits toujoui^s plus ou moins re-

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