‹ Philosophie moraleChapitre 68 sur 224 · PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. III · texte numérisé non relu

PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. III

miner la direction de sa vie. Celui qui est sous Taction prédominante de la bile a un tempérament de feu ; mais c'est un feu qui tend à se manifester, à passer en lumière, ce qui le distingue du tempérament mélancolique, où la vie cherche au contraire à s'envelopper, où l'ardeur se concentre. Il y a donc dans le bilieux un penchant naturel au développement , à Texercice de la puissance. 11 a besoin d'agir, de se poser au dehors et surtout d'établir, de fon^ der, de consolider; il a besoin d'objectiver sa pensée et sa volonté, de les imposer et de les étendre dans le monde ou dans le cercle de son activité. De là le caractère impérieux, dominateur, la pensée hardie, la parole haute et pleine d'assurance, tout ce qui donne l'ascendant sur les hommes. Le feu par son mouvement naturel tend à monter : ainsi des hommes qu'il anime; ils sont toujours poussés en haut par l'ambition, et, comme le feu encore, ils consument, absorbent tout ce qu'ils touchent. Les plus grands ambitieux que le monde connaisse avaient un tempérament bilieux ; ainsi Alexandre, César, Bichelieu, Napoléon.

Le sanguin tient singulièrement de l'air, qui est un feu atténué par l'eau ou enveloppé d'humidité. Il est actif à la manière de l'air, c'est-à-dire mobile, instable, changeant, sans consistance. L'homme de ce tempérament est très-impressionnable et se laisse facilement entraîner ; mais sa réaction est plutôt organique ou instinctive que partant de l'âme et de la volonté. Il est dominé par le monde extérieur^ tandis que le bilieux domine le monde. Le sanguin a en général une grande facilité de compréhension et de travail ; mais il oublie aussi promp-

IGï PUILOSOPHIE MORAtE.

lemeiit qu'il saisit; il n'y a pas de profondeur dans sd pensée, il s'empresse trop de Tex poser, pour qu'elle puisse mûrir en lui. C'est une nourriture l^ëre, à peine assimilée et qui ne répare point foncièrement. H se passionne facilement, s'engoue et prend feu pour la moindre chose ; mais c'est un feu de flamme qui pétille et brille un instant, sans laisser de chaleur. Ses désirs, ardents dans le principe , faiblissent devant les obstacles ou se refroidissent par leur manifestation. Puis vient un autre objet qui emporte la pensée et la volonté dans une autre voie. Aussi tes hommes de ce caractère entreprennent beaucoup et ne finissent rien ou peu de chose. Us sont pleins de zèle au commencement; mais leur zèle ne va pas loin, ils se dégoûtent aussi vite qu'ils s'engouent. Ce sont en général des hommes aimables, d'un caractère ouvert, jovial , franc , voulant bien vivre et être bien avec tout le monde, mais ayant besoin du succès pour approuver, pour s'attacher, et surtout ne sachant point lutter contre la mauvaise fortune. Au milieu des revers, leur l^èreté les sauve du découragement : ils ne sentent pas profondément le malheur, s'en consolent vite et sont comme les enfants, toujours prêts à rire au milieu des pleurs. Le caractère français, surtout par son élément gaulois, tient beaucoup de ce tempérament.

Le tempérament phlegmatique dispose au calme, au sang-froid, à Tapathie. Par l'excès de la lymphe il y a empâtement dans Torganisme. Les nerfs sonl

Page 1