PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. III
ancienne sont Tenaes ces expressions proverbiales, èpa^ nouir la rate ^ désopiïer la rate , pour dire égayer an homme triste en le faisant rire. Ce que Texpérience constate, sinon anatomiquement, du moins psychologiquement, c'est qu'il y a en effet chez les hommes mélancoliques par tempérament, une humeur noire qui pénètre toute leur existence et la teint de sa couleur. Ds voient tout à travers un crêpe. Cette humeur a une force astringente qui arrête le développement de la vie, et l'en*flamme en la concentrant. C'est un feu latent qui bouillonne an fond du cratère et s'en échappe par des éruptions violentes. Aussi l'activité de ces hommes se repUe et tourne sur elle-même, tant qu elle n'est pas forcée de se jeter au dehors ; et de là une pensée très-énergique, mais presque toujours faussée par un point de vue partiel , par l'insuffisance des observations, par l'exagération d'une imagination ardente et sombre ; de là une volonté très-forte en elle-même, mais très-exclusive et toujours impuissante à se réaUser. Ces hommes n'ont à proprement dire qu'une passion, celle d'eux-mêmes. Ils s'exaltent en se concentrant, et, à force de se poser en soi, leur moi n'aime plus que lui et ne croit plus qu'en lui. Ils ont une grande confiance dans leur jugement, ce qui les rend dédaigneux de tout ce qui ne pense pas comme eux. Ils se défient de ceux qui les entourent. Ils craignent toujours qu'on ne veuille pénétrer dans leur intérieur pour les subjuguer, et ils ne tiennent à rien tant qu'à ce qu'ils appellent leur indépendance. C'est pourquoi ils sont soupçonneux et disposés à tout prendre en mal. Ils fuient le monde, parce qu'ils le méprisent et k
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craignent, et sortoat parce qa'ils n'y sont ni aimables ni aimés. Ils s'en dédommagent en le condamnant, en s'en moquant et en le tourmentant y s'ils en ont le pouvoir. Us aiment passionnément la domination , non comme le bilieux, pour poser au dehors leurs idées ou leur yolonté, et se faire un royaume sous le soleil; ils veolent plus que cela; ils veulent posséder les âmes, pour en user et en abuser à leur gré, suiyant leurs caprices, afin d'en jouir, de les dévorer, de les absorber s'ils le peavent , comme l'araignée qui entraine sa proie au centre de sa toile, ou plutôt comme le père du mal et du m^songe , Satan , qui tourne autour de l'homme pour k dévorer. 11 y a en effet dans ces caractères quelque étum de satanique et comme un instinct de l'enfer. Aussi sontils toujours malheureux, et ils rendent malheureux tous ceux qui les approchent. Jamais d'ouverture de cœur, de laisser-aller, d'abandon , de parole naïve et sincère; toujours une arrière-pensée, un désir secret, une volonté cachée; puis de la défiance, du soupçon, de Tinquiétude ; leur âme est sans cesse environnée de nuages que la réflexion produit et redouble, en sorte qu'il n'y a jamais de sérénité ni de jour pur en elle. Le plus souvent tout est morne, silencieux au dehors; ou s'il y a nécessité d'agir, le mouvement est brusque , saccadé, comme jeté avec colère. Si ces hommes ont une joie, c'est une joie amère; leur rire a quelque chose de sardonique, et leur gaîté fait peur. Leur imagination travaille beaucoup, justement parce qu'ils agissent peu au dehors ; et de là une tendance marquée à la rêverie ou à la spéculation, mais toujours avec une prédilectioD