‹ Philosophie moraleChapitre 74 sur 224 · PARTIE PSYOHOLOGlQUe. — CHAP. III · texte numérisé non relu

PARTIE PSYOHOLOGlQUe. — CHAP. III

C'est aussi Tâge de la générosité, du dévouement, parce que le cœur, plein de vie et d'amour, a besoin d'expan^ sien, et se soulage eu se donnant. Il prend feu pour tout ce qui lui paraît juste, noble, sublime ; il s'indigne contre l'iniquité , la fausseté , la bassesse. L'idéal l'emporte en lui sur la réalité; la triste expérience des hommes et des choses n'a pas encore refroidi son ardeur ni abattu son zèle.

L'âge mûr est l'époque de l'ambition , en prenant ce mot dans le sens le plus large , comme besoin d'agir , de faire, de produire, de manifester sa puissance d'une manière quelconque. C'est l'âge où Thomme est le plus porté à se mêler des choses humaines et surtout des affaires politiques. Il se sent formé , posé , constitué , dans la plénitude de ses forces, et il veut en jouir; il aime le pouvoir. Sa volonté est donc fortement portée à l'action, non plus par des impulsions vives, saccadées, capricieuses comme dans l'enfance et l'adolescence , non plus par l'enthousiasme et le zèle de la jeunesse ; mais par un besoin profond, qui agit régulièrement, constamment, et qui donne à toute sa conduite de la suite, de l'unité et de la fermeté. A cet âge tout tend à la consoUdation.

La \ieillesse est le temps du dépérissement ; elle en a le sentiment, et tout l'y précipite. C'est la contre-partie de la jeunesse ; elle tend à se concentrer, comme celle-ci à se répandre. L'une revient sur le passé et vit de regrets; l'autre se porte vers l'avenir et se nourrit d'espérances. Comme la vie lui échappe , le vieillard en devient avare, autant que le jeune homme en était prodigue. Peu im-

176 PHILOSOPHIE MOBALE.

pressionnable , il réagit aussi moins TnrcmeDt. Sa sensibilité émoossée , son imaginatioD afEublie n'apportent presque plus d* excitations à sa Tolonté ; il ne se met plos guère en activité que par l'impolskm da besœn. H n*aime point le mouvement des afihires, parce qu'il n'y peut plos prendre part, ni surtout le diriger ; il est mécontent de tout ce qui se fait , parce qu'il ne peut pas le faire, et il est convaincu qu'eu sou temps et quand il s'en mêlait tout allait beaucoup mieax. De 1k Fapologie du passé , qui revient souvent dans ses diseoors et qoi n est au fond que l'apologie de lui-même, où se ^iBse presque toujours une critique amère du présent. La vieillesse craint le changement et le nouveau j d'abord parce que ses habitudes sont prises et qu'il loi coûte d'en former de nouTelles ; ensuite, parce qne le nouveau se faisant dans un autre esprit que le sien, elle ne peut le plus souvent le comprendre ni le goûter. Enfin , dans les hommes de cet âge, tout tend à la fixité , tout aspire au repos; chez les uns par épuisement des forces physiques, chez les autres par T espoir et le désir des choses qui ne passent point. Heureux ceux qui entrer oiout uue nouvelle aurore au-delà des ténèbres de la tombe ! Leur àme , communiquant par la foi avec la lumière d'un autr^ monde . sent déjà se rallumer le flam- U'au de la vie , et la mort n est plus pour elle qu'une tnuisformatiou et le commencement d'une résurrection.

Page 1