‹ Philosophie moraleChapitre 76 sur 224 · PARTIS PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. III · texte numérisé non relu

PARTIS PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. III

nications étaut ouvertes et faciles , les habitants de la plaine s agitent volontiers à la surface de la terre; ils aiment à changer de lieu , voir du nouveau , visiter les villes ; ils tiennent moins à leur pays, et ils sont toujours envahis les premiers par le luxe et la corruption des cités. H y a certainement moins de spiritualité dans la plaine que dans la montagne ; le sens religieux y est plus obtus ; la piété plus superficielle , moins exigeante ; la foi moins profonde y la religion en général plus formelle, et cela parce que Tesprit de l'homme y est plus attadié aux choses de la terre. Aussi les motifs de plaisir , d^intérét propre et d*utilité, ontils plus d*effet sur ces populations que la justice , le dévouement et la charité. Il lierait facile d'établir le même parallèle entre les populations maritimes et méditerranées.

Le climat est pour beaucoup dans le développement humain. Quelle variété morale et physique parmi les hommes du nord ou du midi, de Test ou du couchant ! Quelle différence entre les hommes de la Grèce , des côtes de l'Asie , de l'Italie, et ceux de l'Allemagne septentrionale, delà Russie! Et comme cette diversité ressort de tous côtés dans l'histoire des peuples, par leur civilisation , leur littérature, leurs arts , leur manière de vivre ! Dans un grand pays comme la France ou l'Allemagne , que de variétés dans l'esprit et les mœurs, suivant les provinces et en raison de la position géographique ! En général, là oil abondent la lumière et la chaleur, il y a aussi une belle nature qui parle aux sens et à l'imagina-

Kon de 1 homme, éTeille ses désirs , et le porte à se jeter aa dehors pour jooir soit avec remportement de la passion , soit par Findolence et la paresse ; œ qui affaiblit ou annule Texerdoe de la pensée, et amollit la Tolonté, habituée à eéder à lattrait do monde extérieur et n'aimant pas à lutter pour la justice et le deroir. De là , dans tous les temps, la mollesse des pays ehinds. An nord au contraire, oà régnent le firoid et rcAaonrité, la nature est plus séTère ^ plus rude, et l<Mn d'attirer FAine an dehors, elle la refoule. L'actiTité se concentre à Fîntérieur ; Thomme est continiiellement ramené et pour ainsi dire répercuté sur lui-mèine, et de là un exercice très-actif de la réflexion et nne disposition marquée pour Tétude^ la mutation et toet ce qui se rapporte au inonde intdiectnd. La raison , étant beancmip plus exercée^ prend un grand empiie dans le déiFcioppement et la conduite des hommes; ils agissent sons son influence^ plus que par l'inspiration du sentûnent et de la spontanéité du cœur. 11 en résulte une tendance spéculatÎTe très prfHKincée « qui éloigne de la pratiqoe; car en général on est plus porté à (aire «piand on sentTive* mont., et on <)ent moins à mesure qn^on réfécint da^antape,

1/influence des 5rà<ms est analosiie à celle des dimats. Chaque période de Tannée imprime me modificaiMHi à la dispositi<Hi céfiérale. à rhumcor. an moaTcmcntde lesprit. On change aTcc k temps^ : on est phis ovrert, plus actif, plus gai. pins bîeiiTeÉttanI an printemps; il T a alors dans 1 tKNmme el dans la natare nn excès

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de vie qui déborde. L* hiver produit l'effet contraire ; il resserre le ceeur , il obscurcit T esprit, comme il durcit les corps. Tout se ferme en nous et hors de nous ; on devient plus concentré , plus triste ; on se replie sur soi-même ; on s'enveloppe dans sa réflexion. La force d'attraction prépondère , et s'il ne survient quelque excitation artificielle y quelque stimulation morale, l'activité s'engourdit et participe à la mort passagère de la nature. L'été épuise souvent par l'excès de Texpan^sion ; la chaleur accable et jette dans la prostration ; d'où résultent l'inertie de l'esprit et la lâcheté de la volonté , conséquences de l'amollissement du corps. Qudquefois la chaleur nous exaspère en enflammant le sang et les humeurs , en exaltant les désirs , les passions et la volonté. Le temps de la canicule met en général les hommes dans une mauvaise disposition ; il remue la bile, dérange les voies digestives , et rend par là plus irritable. Aussi est-ce ordinairement à cette époque qu'éclatent les mauvais desseins et les ressentiments long*temps comprimés , les passions accumulées , les volontés refoulées. C'est le temps des perturbations morales , chez les individus et chez les peuples. L'automne rend aux âmes de la fraîcheur et du calme ; il les dispose au repos par une tristesse qui n'est pas sans charmes. La lumière diminue et perd de sa force ; la vie défaille lentement ; l'activité s'éteint chaque jour; c'est comme un endormement gradué de la nature qui nous entraine, ei nous fait éprouver un sentiment mélancolique , où les ténèbres et la mort se m^nt à la lumière et à la vie ,

et produiseat dans notre àme une sorte de crépascule plein de doucenr. Les derniers beaux jours de l'année sont peut-être eeux qui nous donnent le plus de jouissance , sans doute parce qu'ils vont nous échapper. Cest une joie plus calme, plus douce et phis intime qu'au printemps ; elte nous met dans une disposition d'àme ^e et bienveillante ; elle porte à la méditation et aux pensées sérieuses , et par le spectacle de la beauté qui se fane, de la fragilité de tout ce qui croit et fleurit ici-bas , elle excite dans le cœur le pressentiment de Tinfini, le désir de ce qui ne passe point et l'espoir d'une étemelle

vie.

Enfin le changement de la température, produit par le mouvement diurne des astres, affecte aussi l'état moral. On est autrement disposé le matin que le soir. Il y a dans le jour naissant et croissant une stimulation qui pousse au dehors et rend plus vif, plus actif, plus entreprenant. Après midi la tendance à la concentration et au repos l'emporte ; le corps s'affaisse; fesprit revient sur lui-même et s'applique difficilement; la volonté mollit, elle est plus portée à recevoir qu'à donner. Chaque heore du jour a son influence, qui, pour être le plus souvent inappréciable, n'en est pas moins réelle dans les affaires humaines. C'est pourquoi il importe de savoir choisir les temps et saisir l'occasion. Aux changements r^uliers s'ajoutent les variations atmosphériques, qui, en affectant brusquement le système nerveux, troublent singulièrement le moral. Un temps sombre , humide , brumeux , jette sur le monde un crêpe noir qui enveloppe

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aussi notre ftme; et alors elle sent, voit, imagine et pense aTec cette teinte. Un rayon de soleil dissipe ce voile, rétablit la clarté, la sérénité au dehors et au dedans, et nous voilà tout changés dans nos sentiments et dans nos pensées. L'approche d'un orage nous jette dans un malaise par* ttculier, dans un état d'angoisse , oà l'on devient incar pable de raisonner et d*agir. Chez quelques, personnes^ cet état va jusqu'au délire. Selon le vent qui souffle et l'influence qu'il nous apporte de l'un des quatre coins du monde, nous sommes portés au courage ou à la lâcheté, fermes ou mous , actifs ou paresseux , ouverts ou oonr centra, affables ou repoussants : septem tempora mutanitur super me ; et teUe est la situation misérable de l'homme d'aujourd'hui sur la terre, qu'il ne peut échapper à ces influences, et qu'Use consume à lutter contre elles, quand il n'en est pas entièrement le jouet et la proie. Le froid et le chaud, le sec et l'humide se partagent son existence , et il ne peut subsister et vivre convenablement ici-bas qu'en raison de leur tempérament et par leur, juste proportion.

n est aussi très-dépendant dans son- âme et dans son esprit de la nourriture qu'il est obligé de donner à son corps. Il ne se ressanble point avant et après le repas^ L'homme à jeun a plus d'empire sur lui et sur sea facultés; sa pensée a toute sa pointe, sa volonté toute son énergie. La vie n'est point partagée , absor^ par les fonctions de la digestion ; elle ne se sent point dans le corps, s'il est en santé , et elle s'applique tout entière aux choses de l'esprit. Aussi, que la matinée est bonne pour travailler, quand tout est renouvelé, rafraîchi en nous, quand les

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aoas ont leur vivacité, F imagination sa couleur, la raisoo sa vigueur, Fesprit sa subtilité, Fintelligenoe sa vue perçante ! L'âme , légère au sortir du sommeil , s'élève plus facilement avec le lever de l'aurore et envoie avec joie sa prière et ses louanges vers son Créateur, comme les juntes et les fleurs des champs exhalent plus abondamment leurs parfums vers le ciel aux premiers rayons de T astre du jour. Quand notre esprit engagé dans une méditation {NTofonde, ou enlevé sur les ailes de la eontânplation, perçoit la vérité en elle-même et dans ses rapports; ou quand notre cœur, détaché pour un temps des fantômes de la terre et des désirs du monde, est entré, par Félan de b volonté et le transport de l'amour, en rapport avec Dieu ; si tout d'un coup Iheure du repas nous interrompt , à peine nous commençons à manger, qa il s'opère une précipitation subite , et nous retombons à terre de toute la hauteur où nous avions été élevé. L'esprit supérieur qui nous avait transporté nous abandonne, et, parle seul contact de F esprit physique qui entre en nous avec la nourriture, notre disposition intérieure change et nous ne pouvons plus contempler, penser ni prier comme tout-à-lheure. ?^ous sommes redevenos hommes de la matière, en touchant de nouveau la terre qui nous alimente. Chacun a éprouvé ce qu il vaut pour le travail de lesprit après le repas. On ne peut s'y ap|riiquer sans beaucoup d efforts et toujours au détriment de la santé. Ces deux fonctions se nuisent réciproquement, en se disputant la for\v vitale; on pense mal et <m digère mal. Kien n e$t plus défavorable an moarement intdlectuil. à i èuensW uK^rale qu une alÛBccntatioo abondante,

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