APERÇU GÉNÉRAL
Nous avons, dans la première partie, exposé et discuté les principes généraux et théoriques de la morale; il faut, dans la seconde , descendre sur le terrain de la pratique pour y faire l'application des principes établis.
Toutefois, la philosophie morale, comme nous Ta vons montré dans V Introduction, n'ayant point pour objet de définir et de déterminer pratiquement les règles de la conduite humaine, elle ne doit jamais devenir une casuistique destinée à marquer les limites du bien et du mal dans tous les cas où Thomme peut être placé ; la faire descendre à ces détails , c'est lui enlever son caractère philosophique. Rant et à sa suite plusieurs rationalistes sont tombés dans ce défaut.
Quel est donc le précepte général du Bien, ce précepte premier et universel dont tous les autres ne peuvent être qu'une émanation ou une application ? Ce précepte suprême peut se traduire par cette formule impérative : t^etix ce que Dieu veut, maintiens l'ordre qu'il a établi. La vérité de cette proposition a été prouvée dans la première partie. Toute la question maintenant est de savoir comment ce précepte général se particularise, comment il engendre des préceptes particuliers et par là des devoirs particuliers. Il reste à examiner quel est réellement l'ordre établi de Dieu, quelle est sa volonté. Voilà ce que doit déterminer avant tout la seconde partie de la morale.
Le précepte général du Bien se particularise et s'applique
selon les différents ordres âe rapports que l'homme soutient. Or les rapports de l'homme peuvent se classer ainsi : i<> rapports avec Dieu ; 2<» avec soi-même (1) ; 3" avec ses semblables. On pourrait ajouter les rapports de l'homme avec les créatures irraisonnables; car dans cette sphère même il ne doit faire que ce qui est dans l'ordre, ce qui est conforme au plan conçu et voulu par Dieu. Nous ne traitons pas en particulier de ce dernier point, parce qu'il a peu de portée.
Nous distinguons donc trois sortes de préceptes particuliers découlant du précepte général, lesquels engendrent , à leur tour , trois genres de devoirs spéciaux : i"" le précepte qui engendre nos devoirs envers Dieu ; 2« celui qui crée nos devoirs envers nous-mêmes ; 3** celui qui produit nos devoirs envers nos semblables. L'étude de ces différents genres de devoirs et des droits qui s'y rattachent forme l'objet principal de la seconde partie.
Aprési avoir exposé ces trois classes de devoirs; après avoir montré comment la loi morale se particularise et s'applique aux divers genres de rapports que l'homme soutient, nous considérerons l'homme lui-même en face de ces prescriptions particulières de la loi, dans ses relations pratiques avec celle-ci. Or rhomme est mis en rapport pratique ou en rapport d'action avec la loi morale par la conscience et par le libre arbitre. De là la nécessité d'étudier, à ce point de vue, la conscience et l'arbitre.
Il resterait ensuite à examiner la conduite de l'homme en présence des préceptes de la loi. C'est alors que se présente l'étude des vertus et des vices en particulier, suivant que rhomme observe ou transgresse ces mêmes préceptes. Nous ne dirons que quelques mots sur ce sujet. Enfin nous terminerons en rappelant les conséquences qu'entraînent pour l'homme, et dans cette vie et dans l'autre , ces vertus et ces vices.
(1) Car il peut être coDsidéré comme sujet et comme objet de ces rapports.